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Les Anges- Chapitre I

Chapitre I- La lettre

Maximilien n’avait pas dormi de la nuit. Il en avait l’habitude. Il écrivait frénétiquement, le flot de ses pensées bercées par le grattement de sa plume lorsque l’aube se leva et éclaira son visage. IL n’était qu’août 1790, et il sentait déjà que son travail à l’assemblée constituante le détruisait. Il se sentait seul, désespéré. Il avait enfin la chance de réaliser ses idées, celles du grand Rousseau, qu’il admirait depuis sa plus tendre enfance, il avait enfin le pouvoir de changer les choses, maintenant il avait le pouvoir. Il avait déjà tant travailler pour cela, tant étaient déjà morts pour cela… Il savait qu’il ne pouvait pas abandonner, il se le répétait tandis que la chaleur du soleil nouveau, qui éclairait cette France nouvelle, caressait doucement sa peau et ne lui faisait que plus fortement sentir l’absence de sommeil. Il cessa d’écrire, posa sa tête sur le dos de son siège et ferma les yeux. Au loin, il entendait les cloches de Paris sonner la fin des songes. Mais pas les siens. Les rêves de Maximilien étaient inscrits dans des textes de loi. Il fut envahit d’un sentiment de paix vide, de cette paix que l’on ressent lorsque l’on a plus rien à attendre, et il avait pourtant encore tant de choses à attendre. Il était l’unique âme coincée dans ce petit appartement, coincée dans les dédales de ces rues qui ruisselaient encore de sang, et qui résonnaient de vie. Il avait l’intime conviction que la France se libérerait de ses chaînes et qu’il serait là pour le voir, car il la sentait encore tremblante de colère sous ses doigts. Mais il n’était pas sûr de lui-même pouvoir tenir la distance. Pourtant, il avait un plan, et il devait tenir, il avait la conviction que cela dépendait de lui. Il n’était sûr que de sa propre probité, et malgré son attachement pour ses collègues, il avait au fond de lui une ancre lui rappelant que rien n’était gagné et que les hommes, les pauvres hommes, se laissait si facilement corrompre par leurs démons. Il sentait le sien le ronger de l’intérieur. La solitude. Avec la droiture, elle était sa seule compagne. Il avait tant d’ennemis qu’ils lui semblaient n’être qu’une masse indistincte d’étouffement, qu’il transportait, lourde et insidieuse, sur sa poitrine dès qu’il respirait, dès qu’il ouvrait la bouche. Il la sentait planer au dessus de lui, et n’aurait eu qu’à lever là main pour s’y abandonner. 

On toqua à a porte, et quelques secondes plus tard Madeleine posait un plateau rempli de victuailles sur la petite table de bois. Maximilien ne s’accordait aucun luxe, et se nourrissait peu, Madeleine le savait, mais la pauvre concierge avait pris en affection ce jeune homme et lui apportait tout les matins de quoi nourrir tout Paris sur un plateau de bois. Toutes les réticences de Maximilien ne pouvait empêcher cette matrone de faire ce qui lui semblait bon pour ses enfants, et s’il y avait un chose que personne ne pouvait nier, c’est que Maximilien, qu’elle ne connaissait que depuis deux ans, était bien l’un deux, placé en son cœur entre le bon dieu et Mr Darien, son défunt époux. Maximilien n’aimait pas particulièrement être placé entre un crucifié et un pendu, mais enfin Madeleine lui prodiguait ses soins avec une telle générosité qu’il ne pouvait faire bien plus que de se plaindre doucement. De plus, la dame avait déjà un certain âge, et n’avait pas vraiment d’autre occupations de sa journée. Aussi il l’écouta lui raconter les ragots de ses amies, tout en rangeant la chambre, courant à petit pas d’un bout à l’autre comme un courant d’air de chiffons suréxités. Elle lui reprocha de ne pas avoir dormi, cela n’était pas bon pour sa santé, oh et puis Monsieur avait bien maigri, et quoi que cela devait plaire au beau sexe,  il fallait qu’il mange, elle lui avait justement préparé un assortiment de fruits qui étaient parfaitement murs…

Maximilien sourit intérieurement. Il ne montrait jamais ses émotions, et bien de ses collègues le méprisaient pour cela, le prenant pour un coquet, un pédant, vaniteux et certainement pas de bonne compagnie. Mais ils écoutaient. Lorsqu’il parlait, tous se taisaient. Il n’avait pas besoin de leur sourire, pas besoin de s’abaisser à être complaisant. Il était l’homme droit, l’incorruptible, celui qu’on ne pouvait forcer à agir, non, même le roi, même Mme Darien. Il savait que c’était pour cela qu’il était si seul, mais si le destin de son pays nécessitait ce sacrifice, alors il le lui accordait avec dans son cœur toute la félicité du monde.

Pourtant, en ce joyeux matin d’août, alors que Mme Darien s’affairait à préparer ses habits, que les travailleurs sortaient de chez eux, que les imprimantes tournaient et donnaient à travers tout le pays la puissance du nouvel ordre, que l’assemblée se préparait à accueillir ces petits hommes qui écrivaient le destin d’une république, que des traits d’or illuminaient son travail, Maximilien ne sentait dans son cœur que le poison de l’amertume, qui tordait ses traits et son cœur.

« -Oh, Monsieur j’en oubliais… dit soudain Madeleine en arrêtant ses cavalcades, une lettre est arrivée pour vous ce matin! »

Comme pour se faire pardonner de son oubli, elle se précipita vers le petit plateau et lui tendit une enveloppe. Il la pris. Dans ses mains, le papiers avait toujours la sensation de la plus douce des soies. Il était né dans les pages, et il dormait dans des draps de papiers, de papiers qui entraînaient peu à peu le tourbillon d’une révolution, de la renaissance d’un peuple.

L’écriture en son dos était soignée, fine, intelligente. Maximilien fit signe à Madeleine de sortir et se retourna vers son bureau. Elle obtempéra. Elle savait par la force des choses qu’il était aussi utile de déranger Maximilien dans son travail que de demander compassion à un ministre du roi.

Maximilien ouvrit doucement l’enveloppe. Il recevait sans cesse du courrier, son emploi l’y contraignait, mais celui-ci était différent: il n’avait jamais entendu le nom de son auteur.

Antoine de St-Just.

Il sorti délicatement les pages de l’enveloppe. Il pouvait percevoir l’odeur de l’encre d’étudiant, des vieux livres, mais aussi une fragrance unique qui l’intrigua. Il lu.

Il pleura un instant. Non, il n’était pas seul. Quelqu’un dans ce pays, quelqu’un dans ce monde avait entendu les échos de son âme se disperser à travers la Chambre, quelqu’un avait pris la mesure des battements de sa vertu. Ce quelqu’un avait laissé dans sa précipitation la marque d’un doigt taché d’encre sur le coin de l’une des pages. Ce quelqu’un avait gravé sur un bout de papier les mots qu’il devait entendre, parce qu’ils étaient les mots que son cœur ne cessait de lui répéter, les mots vers lesquels sa raison le guidait, les mots que son démon voulait anéantir. Il avait rampé au nadir pendant si longtemps et volait à présent plus haut qu’Icare lui-même, il sentait la douceur du miel chaud sur ses ailes. Tout cela n’était pas vain. Une voix l’avait appelé, mais elle ne venait pas d’un dieu, elle venait de quelque chose de plus grand que cela. Elle venait de l’espoir.

Il regarda doucement à Paris, et dont les rues se remplissaient de vie à nouveau dans un chamarre de voix, d’odeurs, de sons, de vies, véritable vitrail d’êtres qu’il devait mener vers la Liberté.

Il essuya d’un revers de manche une larme qui roulait sur son visage dur, se leva d’un bond, enfila son habit, mit sa perruque, se poudra et sorti en trombe, trottinant jusqu’à la Chambre, là seul où il pourrait concrétiser cet espoir.

Lorsqu’elle le vit passer dans la petite entrée qui menait sur la rue, Mme Darien aurait juré qu’il souriait.

Ascendieu- Livre I- CHAPITRE 8

ASCENDIEU, CHAPITRE VIII :

Enquête, Johnson, dragibus, ou comment ne rien accomplir mais de manière épique

 

Ils attendirent un bon moment sur le pas de la porte, un peu perdus. En effet, la résolution de notre très cher Fléau avait beaucoup de classe, mais il fallait que l’information de la rencontre de G-Zu, accompagnés d’un mage mangeur de cailloux et vraisemblablement immortel, non seulement parce qu’il survivait à leur ingestion, mais aussi parce qu’il les dévorait littéralement grâce à la pierre philosophale, remonte dans leurs cerveaux (toujours embrumés) respectifs et s’y fasse une petite place.

Fléau réfléchissait, ce qui était aussi rare qu’inutile. Il n’était pas doué pour réfléchir à qui étaient les méchants, seulement à les attraper. D’habitude, il y avait quelque chose qui l’aidait, même s’il ne se souvenait jamais quoi. Sans doute des micros détails que son cerveau brillant captait et exploitait à son insu (AHAHAHAHAH (non)).

Le cerveau brillant, qui contrairement à ce qu’il pensait ne lui appartenait pas, arriva en courant de l’autre bout du couloir, sous la forme d’un Johnson tout essoufflé, répandant sur sa route quelques Playmobil usés :

– J’ai visualisé toutes les vidéos de surveillance de l’Immeuble du jour du meurtre, et je sais qui est le coupable !

-Mais non, Johnson, c’est impossible, je n’ai pas eu l’idée d’aller visionner ces vidéos, tu n’as pas pu les voir.

-Mais Monsieur…

Fléau lui posa un doigt sur les lèvres, l’y écrasa en faisant de petits cercles tout en poussant un petit “chuuuuuuuuuuuuuuuu” continu. Il se retourna vers Pontidiscaffol avec un grand sourire.

-J’ai une idée ! Et si nous allions voir les caméras de surveillance de l’Immeuble ?

-Mais Fléau, lui susurra tendrement Marek avec un air vaguement circonspect, n’a-t-on pas déjà découvert qui était le criminel?

-…

-…

-OUI, mais il faut V-É-R-I-F-I-E-R. voilà.

-Mais…

Pontidiscaffol reçut à son tour une bonne vieille séance de “chuuuuuuuuuuuuuuuu” dont Fléau avait décidément le secret, puis ils rappelèrent Ascendieu, ou plutôt Ascendieu se rappela à eux puisqu’Il ne prend d’ordre de personne, et il les emmena de nouveau en bas, après les avoir emmené en haut suite à leur fuite brutale d’en bas. J’sais, mais il ne faut pas demander de l’originalité de mouvement à un ascenseur, tout divin soit-il. Sophie la caméra fixait amoureusement son bien-aimé, avec un air inexistant puisque c’est une caméra, bande de stupides.

 

Comment ça il ne fait pas insulter le lecteur ? Je suis libre maintenant, je n’ai plus de patron, libéréééééééé délivréééééééééééé… pardon. Je m’emporte je sais. Non mais vraiment désolé, je ne sais pas ce qu’il m’a pris. Quoi Martine ? On ne vous a jamais parlé parce qu’on ne donnait la réplique qu’à Germaine?

Eh bien c’est pas près de changer. Donc, Germaine… Comment ça des policiers sont à la recherche de Mr Saloupiorax et du reste de l’équipe de direction ? Ok faut rusher alors, on a une histoire à raconter boudieu. Et le café va pas se faire tout seul, Martine ! Comment ça je suis un macho qui n’a que des petites assistantes ? Tu veux que j’arrête de raconter l’histoire peut-être ? Ouais ça vaut mieux, j’vais te révolutionner la tête moi si tu continue ! Comment ça je dis tout le temps “comment ça” ? Mais c’est dans l’ère du temps, actualisez-vous un peu ! Ouais, comme une page internet.

Parfaitement.

 

Bref, (OUI ÇA AUSSI JE LE DIS TOUT LE TEMPS MAIS MON POING DANS TA JUGULAIRE ÇA SERA PEUT-ÊTRE ASSEZ ORIGINAL POUR TOI ?) Hem hem. Donc.

Le bouton se tortillait autant que son socle étroit le lui permettait, son rouge pimpant brillant dans l’Ascendieu, aussi lumineux qu’un flash moche dans une discothèque low cost. Le démon de la mauvaise musique s’était fait la malle, puisque Marcoius, Fléau et Marek avaient passé un bon moment à l’Étage Saint. En ce samedi 20 août (oui, à ce point-là), une musique digne d’une palpitante scène d’action d’un blockbuster coûtant des millions de dollars se jouait à plein volume, ce qui leur donna l’impression de combattre une armée d’orcs plutôt que de descendre au rez-de-chaussée, celle d’être confronté à l’adversaire le plus sombre et le plus diabolique, se rendant tel un groupe de trois cent hommes dont on ne citera pas les noms ni les origines vers une mort certaine, mais stylée et pétée comme il faut sa race. Mais avec moins de muscles.

Ils arrivèrent bien vite devant l’antre du Gardien, dont la porte était envahie par des affiches toutes plus étonnantes les unes que les autres (la foule pousse un cri choqué), et par la végétation, car le Gardien était tellement occupé à ses oracles qu’il en oubliait d’entretenir sa porte (ne vous posez pas de questions). Ils ouvrirent après avoir lu deux lignes qui suffirent à faire siffler leurs ouïes, puisqu’elle ne comportaient aucun verbe et aucun mot descendant au-dessous de trois syllabes. Le Gardien semblait les attendre, mais il semblait toujours attendre quelqu’un, certains soupçonnaient même qu’il attende quelqu’un qui s’intéresse à ce qu’il disait. Il fixait le plafond, parfaitement de biais sur sa chaise roulante (il avait d’ailleurs écrit sur cette chaise une thèse démonstrative de son autogestion qui lui avait valu les réprimandes et les acclamations pour une telle audace qui relevait clairement d’une anarchie réprimée), massant nerveusement son épaule (toc auquel il avait consacré un paragraphe à ce jour jamais publié).

Pontidiscaffol et ses amis *tousse* entrèrent dans la pièce à pas de loup, silencieux, well sauf en ce qui concerne Marcoius, qui émettait un léger bruit de cailloux quoi qu’il fasse. De toute façon, le Gardien était bien trop absorbé dans le trou noir de ses songes infinis pour se laisser déconcentrer par Autrui. Ils purent ainsi se faufiler jusqu’aux écrans sans qu’il ne les remarque, ou plutôt sans qu’il choisisse d’accorder de l’importance aux signaux apportés du monde sensible par ses yeux. Johnson voulut prendre une initiative, Fléau lui mit un bon vieux coup de genou dans les couilles et tâta l’écran, puis, constatant qu’il ne savait pas comment allumer les mini télés, réveilla Johnson qui avait perdu connaissance, se fit expliquer comment il devait faire, l’assomma de nouveau et alluma, sous le regard admiratif de Pontidiscaffol, qui se demandait bien comment ce bel homme n’était pas déjà en prison pour coups et blessures.

-Bon alors qu’avons-nous là… marmonna Fléau en examinant la situation sur l’écran

-Là c’est les témoins de Jéhovah. Ils se sont perdus dans l’immeuble il y a bien 15 ans, on les nourrit avec les chats du quartier.

-Ici… L’homme au renard.

-Un satané bougre qui amasse sans scrupule tout ce qui croise son chemin. C’est sa philosophie, ce qu’il trouve par terre est à lui.

-Quel monstre… Et… cet homme… ma foi fort séduisant ?

-Lui ? Il a des entrées avec les gens les plus louches du coin. Alfred Taamennéleflouz, le dandy de l’immeuble. J’avoue, il est bonne. Mais il est surtout le parrain de la mafia locale. C’est un homme dangereux un…un…criminel ! Fléau, il vaudrait mieux pour nous ne jamais croiser sa route.

(Alfred passa au même moment derrière eux, fit la bise au Gardien, sirota une gorgée de son café et repartit en toute pépèritude.)

-Certes, mais il détient peut-être des informations sur ce trafic de Dragibus…

-Eh c’est raciste.

-Quoi mais pas du tout.

-Tout de suite, c’est le parrain de la mafia, alors c’est lui le responsable de tous les trucs louches. J’en parlerai à Ascendieu, de ton comportement.

-Mais Mareeeek…

-Chut. Continue.

-Bon. Là on a le bouton rouge. Il est… rouge. Et… boutonneux. C’EST DONC UN ADOLESCENT. Gardons-le à l’œil, il suffit d’une jolie fille et d’un coup d’hormones pour que ces animaux là se transforment en… REBELLES.

TANTAN

 

-Et de plus, les adolescents mangent des dragibus… cette affaire se corse, restons vigilants. Mais, pour ce qui est de le garder à l’œil, notre intermédiaire Sophie-la-caméra s’en occupe très bien.

-Bien. Et enfin, le patineur, la foule et les rhinos.

-Des réactionnaires, dit Pontidiscaffol en secouant la tête.

-Ah bon ? Ils font de la politique ?

-Non, ils… réagissent. C’est les gens qui ont des réactions quoi.

-Ah.

-Oui.

-Ah bon bah on a fait le tour.

-Oui

-Remettons les événements dans l’ordre maintenant. Tu as donc été PLSé il y a… ?

-Mhm on perd vite la notion du temps ici

 

Effectivement je le pense aussi vu que Martine ne m’a TOUJOURS PAS amené mon CAFÉ. T’es contente, hein ?? Comme ça on t’évoque dans l’Histoire, tu te sens importante n’est-ce pas ? Grouille-toi. Oui, Germaine ? Martine a rejoint les flics ? Ah. Traîtresse… du coup vous voulez bien vous en occuper Germaine ? Vous êtes un amour, Germaine. Je ne serais pas arrivé jusqu’ici sans vous. Oui par jusqu’ici j’entend de ma chaise à mon bureau mais c’est déjà ça, Germaine c’est déjà ça.

 

-Bon on s’en fout, balaya Fléau.

-Ben pas vraiment, si ça aide à remonter la piste…

-De toute façon, mon instinct penche, je ne sais pourquoi, en défaveur du public. Et plus particulièrement de cet homme… (il tapota du doigt sur l’image brouillée du patineur, en pause au parfait moment pour apprécier son impressionnant visage, sourcils froncés et bouche grande ouverte, comme prête à avaler un oeuf d’autruche.). En effet, le premier Dragibus était rose, si ma mémoire est bonne.

-Où veux-tu en venir ?

-Le tutu du patineur n’est-il pas rose aussi ?

-Brillant… souffla Marek, estomaqué, en rougissant un peu. Non, je veux dire, se reprit-il en se détournant, il est rose brillant, son tutu.

-En effet. Bon Johnson tu te réveilles ??!

-GuesU’un ?

-On a remonté la piste pendant que tu dormais. Ah ces acolytes….

-Mais…

-Où est Marcoius en fait ? coupa Marek avec un regard intrigué en arrière.

Marcoius n’était visible nulle part. Ils se précipitèrent vers un caillou, laissé à l’abandon, mais la piste de petites pierres s’arrêtait dans la pièce. Fléau alla sur le seuil et, frustré, asséna un coup de pied au cadran avant de pousser un cri.

-Eh oh excusez-moi messieurs, je ne suis pas opposé à l’exportation d’une rage vainement intériorisée dans le contexte d’une vie où la vacuité, bien que présentant des bénéfices, n’est nullement idéale, mais ma porte, symbole de l’espace privé qu’on pourrait supposer légitime dans le cadre d’un gouvernement prônant le matérialisme, en l’occurrence plutôt celui d’une voie accueillante, n’est pas un réceptacle compatible à une telle démonstration.

Ils se tournèrent vers le Gardien, qu’ils avaient eu le malheur de réveiller. Ils eurent la chair de poule. En effet, ce dernier se tenait entre eux et la sortie, et sa bouche semblait se mouvoir plus vite qu’il était humainement possible. Johnson, alors que les deux autres tremblaient, remarqua que la piste de cailloux s’arrêtait en-dessous de ce que le Gardien fixait. En levant les yeux, il vit Marcoius, effaré, agrippé aux tuyaux des canalisations.

-Là-haut ! s’écria-t-il avant d’être balayé par la parole du Gardien.

-LA TRANSCENDANCEUUUUUUH !!!!!!!

-Marek, que doit-on faire pour l’arrêter ??? dit Fléau qui comme on le sait ne connaissait pas parfait les mœurs de l’Immeuble, et certainement pas la recette à calmer les Gardiens déblatérants

Marek avait déjà relevé sa robe imaginaire, et échauffait ses jambes dans le but de se carapater avec efficacité le moment venu, et ce moment devait être le plus proche possible du présent.

-MAIS QU’EST-CE QUE L’ARRÊT ? Y A-T-IL VRAIMENT DES ARRÊTS ? L’arrêt de bus n’arrête jamais véritablement le buuuus puisque c’est le bus qui s’arrête ! –

MAREK !

Marek avait mis ses jambes en mouvement, passé sous le bras du Gardien et était déjà loin. Fléau tenta de l’imiter mais se prit un coup de boule involontaire du Gardien qui s’agitait, comme possédé par un esprit supérieur, qui sait, Ascendieu lui-même peut-être.

Pendant ce temps, Johnson avait déjà délogé Marcoius, l’avait interrogé de façon bien musclée et avait tiré ses conclusions qu’il avait retranscrites sur le carnet de notes qu’il avait toujours sur lui. Fléau se prenait des coups et des réflexions, et comme il était incapable de faire les choses par lui-même, il finit KO sous le bureau, sans avoir avancé d’un millimètre et sans avoir calmé le moins du monde le Gardien. Johnson prit Marcoius sous un bras, Fléau sous l’autre, et se retrouva face au Gardien. Sans se laisser déboussoler par son regard bleu envahi par la rage, il eut un petit sourire :

-Si Pinocchio dit “mon nez va s’allonger” il se passe quoi ?

Les pupilles du Gardien se dilatèrent, alors que de ses oreilles commençaient à émerger quelques volutes de fumée. Alors il se désactiva. On entendit même le petit VOUUuuuu des machines qui se mettent à l’arrêt. Johnson l’enjamba poliment et continua sa route, interceptant Marek, planqué sous un siège tout ce temps, au passage.

Ils ouvrirent la porte sur fond de musique de suspense et découvrirent avec le même effarement que Germaine et moi-même une ligne de témoins de Jéhovah. Non, pas une ligne… Un gang. Disposés comme s’ils allaient lancer un bon vieux freestyle et un clip de mauvais rap ; ce qu’ils firent par ailleurs. Mais nous n’en parlerons pas, par respect pour leur famille et leurs proches, qui doivent déjà subir l’absence constante de ce groupe de personnes égarées dans l’Immeuble depuis plusieurs années, ce malgré les différentes tentatives pour les faire sortir, à coup de pied au derrière, de tronçonneuses, de dictionnaires de grec ancien et d’autres joyeusetés. Ça, c’est le mec au renard. CRIMINEL.

Quoi qu’il en soit, Marek, Fléau, Johnson et Marcoius s’arrêtèrent net, chacun calculant ses chances de survie et/ou de fuite en fonction du nombre de personnes qu’il aurait à trahir, de la distance jusqu’à la porte, du nombre, du poids et des armes des individus en face d’eux, sauf Fléau, qui lui trouvait que la toge des Témoins de Jéhovah était de bien mauvais goût dans ces circonstances tragiques.

Marcoius fut le premier à réagir : il fit de grands gestes de main en poussant des cris, hurlant des mots d’une langue inconnue (et par ailleurs inexistante). Ses adversaires se raidirent, attendant qu’une plaie d’égypte leur tombe sur le minois, mais le dernier mouvement du mage s’acheva par un petit pet de fumée au creux de sa main qui le déstabilisa et le fit tomber. Constatant qu’aucun cavalier de l’apocalypse ne se manifestait, ils ne firent plus grand cas de rien et s’emparèrent du quatuor avec une convoitise visible. Pontidiscaffol tenta bien de glisser sa main vers sa poche à flûtes, mais un Témoin avisé le vit et l’en empêcha d’une claque sèche digne des plus grandes incitations au duel. Ce qui, sans doute, fut profitable à tout le monde, ses “alliés” les premiers. Ceux-ci poussèrent par ailleurs un soupir de soulagement.

Les attrapant par les épaules, tout ce petit monde conduisit nos 4 compères vers l’ascenseur, toujours occupé à passer sa musique épique, et montèrent donc de manière héroïque jusqu’au premier étage, où les attendait, à leur stupéfaction et malaise (on aurait bien dit frayeur, mais… non) les deux google traduction, adossés de part et d’autre de la porte des escaliers, dans le but manifeste mais pas très réussi d’être cools.

-Ah salut, leur dit d’ailleurs poliment Fléau, avec autant d’élégance qu’on peut avoir quand on est escorté d’un gang en toge et que nos pieds touchent à peine le sol, le tout après plusieurs jours sans manger ni dormir ni même aller aux toilettes, ce qu’on ne ferait pas pour la justice et les bedos de G-Zu, halàlà.

Pour toute réponse, ils leur indiquèrent la porte sans décroiser les bras, seul exploit à leur portée, c’est dire. Hé oui la maison vous produit des méchants au top, même si on sait pas très bien au top de quoi.

Les Témoins, après un petit fouillis peu discipliné, formèrent une rangée leur montrant le chemin à suivre.

-Les escaliers ? Pourquoi ils veulent qu’on utilise les escaliers ? fit Fléau, vaguement blasé.

-Mais non abruti ça c’est une porte, lui répondit une petite voix de grand-mère dans son dos. Mhm pardon, hum hum, Mé nn Habruhti c 1 port sa ptdr victym baulauce !

Ils se retournèrent tous, mais comme dans tout bon passage creepy qui se respecte (la qualité, messieurs dames), le bout du couloir n’était occupé que par le grésillement occasionnel du néon solitaire au plafond, qui s’ennuyait à mourir depuis des années et était bien content d’avoir de nouveaux amis et de quoi s’occuper. Il s’appelait Léon le Néon. Retenez bien ce nom, il ne servira pas pour la suite.

Un frisson leur parcourut l’échine.

-Qu’est-ce que vous nous voulez ? marmonna bravement Bénédicte Johnson.

Je ne me ferais jamais à ce nom. Oui, je sais, il y a pire, comme Bertrand Malbésé, ou Loup Garou, mais enfin quand même… quoi je blesse les feels de Johnson ? Pardon, mon  gars, keep up, tu sais que je t’aime bien au fond. Au tout fond fond. Non plus au fond. Voilà. Non ceci n’est pas une blague sexuelle bande de malotrus.

-Nous on vous veut rien, répondit le Grand Témoin, très identifiable par sa ceinture en paquets de doliprane. Enfin, sauf si vous savez comment nous faire sortir. C’est Lui qui veut vous voir. (on sentait la majuscule dans la voix presque aussi bien que les fautes dans celle de G-Zu)

-“Lui” ?

-Oui. On le reconnaît… grâce… à son… TUTU.

Un éclair fit se dessiner les ombres des protagonistes sur le mur du couloir et… putain Pat arrête de faire des ombres chinoises, t’es con. Comment ça c’est pas toi c’est les flics qui envoient des grenades dehors ? je veux rien entendre, petit cafteur !

Si c’est ça, j’arrête de raconter! Je ne peux pas travailler dans ces conditions !

 

Qu’est-ce que c’est que ce truc ?

Germaine, mon fusil!

Boom Patatra, boom bang bang (remarquez la qualité des onomatopées)

Lâche-moi, sale rebelle !

Oui lâche-le !

Alors on se calme. Vous êtes désormais nos otages. Je vous présente: Germaine, Géraldine, Pat, le mec qu’est attaché là bas c’est le patron monsieur Saloupiorax, et à côté de lui l’équipe de direction. Et vous, vous êtes?

….

 

Bon nous dirons donc policier n°1 et policier n°2. Vous les reconnaîtrez à ce que Mr n°2 à une moustache fringante.

Diantre, il va falloir augmenter la ration de boulettes.

 

FIN

 

ASCENDIEU, LIVRE I, CHAPITRE 7 :

ASCENDIEU, CHAPITRE VII :

Patin à glace, enquêtes, drogue, révolution et cailloux

 

*bip bip bip*

*bip bip bip*

*bip bip bip*

*Le collectif tient à informer les lecteurs que l’Entreprise a été prise, suite à des abus sur les salariés, confinés 24h/24 dans le bâtiment pour améliorer le rendement. Dans ce but, le patron et ses collègues ont été enfermés dans le bureau principal jusqu’à l’acceptation de nos conditions et la livraison de notre soupe hebdomadaire. Avec des croûtons et des pois chiches, on est pas des bêtes nom de nom. Toutefois, nos services continueront d’être assurés.*

Hum hum. Oui donc Germaine, veuillez m’aider là s’il vous plaît. Voilààààà. Et retirez votre genou de ma main vous seriez un amour. Donc. *regarde le script* Ah ouais c’est après l’agression de la Team Rocket low cost là.

 

La foule, poussant au ralenti un cri choqué, voit nos deux héros entrer dans l’Ascendieu.

 

Ils papotèrent autour d’un pique-nique assez splendide, puis firent de la balançoire, un karaoké, un barbecue, une chanson de Disney, une partie d’échecs, un jeu de marionnette avec le corps inconscient de Marcoius, et les portes de l’Ascendieu s’ouvrirent enfin.

Le magicien se réveilla en sursaut, se demandant où étaient ses cailloux avant de se souvenir des événements du chapitre précédent.

Ni une, ni deux, Fléau l’empoigna et l’aida à sortir de l’Ascendieu avant que celui-ci ne se referme. Ils avaient appuyé sur tous les boutons en entrant (l’un d’entre eux, plus rouge que les autres, avait d’ailleurs frémi de manière étrange à ce contact) et pourtant ils étaient, sans aucun arrêt, immédiatement arrivés à l’étage….42.

TAN TAN TAAAAAAAAAN.

L’étage 42 n’était pas un étage comme les autres. Il avait été dès son enfance promis à une destinée différente. Là-bas, les murs étaient d’une couleur que seuls les papillons auraient dû percevoir, le bruit de perceuse venant du chantier de Ned était plus audible que jamais, les lambris étaient en cerisier (comme quoi on peut faire plus osé que le rez-de-chaussée) et des témoins de Jéhovah sourds erraient de porte en porte, armés de la dernière édition du “Ttémoignage de Jéhovah pour les nuls”, qui dispensait les meilleurs conseils de survie si on accordait du temps à notre seigneur Jasus Christ. Les voisins aussi erraient, un air suspicieux sur le visage à la vue des nouveaux venus. Bon à vrai dire ils avaient toujours l’air suspicieux (ça donnait l’air intelligent), mais Pontidiscaffol, qui ne connaissait pas les us de cet étage, agrippa nerveusement le bras de son Fléau.

Un flot de caillasses entourées de papier lancées dans la plus grand randomness de la porte d’un appartement que les témoins évitaient soigneusement attira leur attention. Avant que Fléau ou Marek, qui étaient bien là comme ça ensemble, puissent prendre une initiative quelconque, Marcoius se jeta sur ce trésor du ciel (littéralement) et se mit à fouiller, débarrassant les cailloux de leur message saint.

*La foule choquée par une telle hérésie se cache les yeux et ne voit pas la prestation pourtant très admirable du gars musclé qui patine sur un couple de cochons*

Fléau se pencha pour ramasser du bout des doigts un des petits papiers qui traînaient lamentablement par terre, souillé par le seul contact de Marcoius dont l’hygiène n’était pas douteuse puisque personne ne pouvait douter de l’odeur pestilentielle qu’il dégageait jusqu’à 5 mètres autour de lui.

 

Hyl é deriair vou 2puits le Dbu lol

G-Zu

 

Pris d’une terreur subite, nos deux protagonistes et leur… compagnon d’Ascendieu… cavalèrent dans un ralenti épique (sur fond de musique de film français engagé (mais pas trop)) le mètre qui les séparait du Saint Appartement de G-Zu.

La porte était évidement ouverte, car il est bien connu que G-Zu accueille tout les nécessiteux, leur offre du thé, un joint et une claque sur la joue gauche avant de les relancer avec emphase dans la vraie vie, ils ouvrirent donc la porte (qui était dépourvue de judas pour une raison évidente) à la volée et entrèrent dans le petit appartement.

Un chat leur lança un regard torve avant de sauter de tout son poids colossal sur une étagère (qui était surencombrée de statuettes vaudou, de vinyles de Bob Marley et de Ramstein, et d’autres choses non identifiées ou censurées pour le lecteur), se louper lamentablement et commencer à faire sa toilette pour retrouver une certaine dignité en se léchant les couilles. Ce chat répondait au doux nom de Simon.

L’appartement dans son ensemble n’était pas petit, mais il était tellement encombré et enfumé que l’on s’y sentait immédiatement à l’étroit. Un brouillard de fumée de produits probablement illicites dans l’intégralité des pays du monde et des différents mondes flottait et donnait aux nouveaux arrivants l’impression de voler, et que la dame sur le tableau en face d’eux était vachement drôle avec ses yeux, là. Au milieu de ce qui semblait être un salon, du moins qui devait l’être sous la couche d’habits et de choses déposées un peu partout, sur un fauteuil un peu miteux mais qui devait être diablement confortable (pardon) se trouvait… une petite grand-mère, qui les observait attentivement en fumant un joint. Elle portait une perruque qui était probablement plus grande qu’elle, à moins que ce ne soit qu’un tas de bigoudis magistralement empilés les uns sur les autres, beaucoup trop de maquillage aux couleurs vives et un peignoir qui à lui seul devait avoir vu plus de choses atroces que le démon qui logeait dans l’Ascendieu le jeudi. Elle leur lança un regard circonspect.

–  ‘Sope ?  leur dit-elle d’une voix pleine de sagesse, grave et profonde, qui résonnait d’ailleurs bizarrement dans la tête des trois compères.

 

Marek se jeta à genoux, tomba sur le chat qui le griffa avant de s’enfuir en reculant. Il y avait dans son regard une stupéfaction que ses deux compères ne comprenaient pas trop, Fléau ignorant les moeurs de l’Ascendieu et Marcoius étant toujours trop dans ses cailloux (qui commençaient d’ailleurs à s’accumuler devant la porte, tombant de ses poches telles des feuilles d’impôts de la mémoire d’un homme politique) pour en avoir quoi que ce soit à fiche.

– Pontidiscaffol, dit Fléau d’une voix tendue, qui est cette personne ? et… POURQUOI T’ES À GENOUX HO NAN MAIS ÇA VA BIEN LÀ UN PEU DE TENUE.

– Simon !! Non mé vs aitt con vou wesh vs lui avé fay mâle sa coot shair ses truk

– Mais …. pourquoi vous parlez avec des fautes?? Et comment on peut faire des fautes d’orthographe à l’oral?

– Écouté mon daraun y m’a créai aven l’ortograf c pa ds ma genetic.

– Fléau, tu n’as pas honte ? Il.. elle… G-Zu essaie de nous dispenser sa parole sacrée ! le reprit Marek, furieux.

– Uiui wallah tageul.

– Vous allez donc nous donner le sens de la vie? Le pourquoi de notre présence en ces lieux ?

– M’en ba lé couyes frèr. fèrm ta grend guel et vian boir du thé c 1 ptn de boneuhr camomil rose oklm de derièr le fagot t’m’en dirah dé nouvels!

– Je vois… il semblerait que tu l’aies contrarié, Fléau. Mais dans sa grande mansuétude G-Zu nous invite à goûter son saint breuvage.

– Wsh mon seint breuvag c ski sor d’m’a bit moi jte parl de thé.

– Je n’irai plus jamais à l’église je crois.

– Oh saint G-Zu ! s’exclama soudain Marcoius, tombant à son tour à genoux, vu qu’il avait eu le temps de comprendre que ses pierres chéries venaient de cette personne inqualifiable, pourriez-vous dispenser plus de pierres sur ce monde ? Ou mieux, dites-moi où se trouve la pierre philosophale, je vous en prie !

– El é den ta molèr gauch frèr t teubé oukoi?

– Pardon ?

– Ba wi fau lire c marké o chapytr troa mek.

– Ah bon bah autant pour moi.

– Seigneur G-Zu, nous ne sommes pas contre un peu de thé je l’admets, reprit Fléau, soucieux de reprendre un peu le contrôle de la conversation, mais pourriez-vous répondre à nos questions avant ?

– Nan. Azy détan twa vien tir 1 lat sur ça tu vera tou serah + cool…

 

Tout était déjà assez “+ cool” dans les esprits du trio embrumés par l’atmosphère de l’appartement, mais ils ne purent décliner poliment, Simon leur ayant déjà planté deux joints dans la bouches avant même que G-Zu ait fini sa phrase.

Il faut communier avec le seigneur, depuis le temps qu’on vous le dit.

Il ne leur fallut pas longtemps pour perdre la notion du temps et de l’espace, si tant est qu’ils l’aient eu avant, et après avoir vu quelques éléphants danser sur du métal et assisté à la représentation physique de ce sur quoi déblatérait le Gardien toute la journée durant, ils finirent par reprendre un peu leurs esprits.

C’est là qu’ils le virent.

Il s’était glissé dans l’appartement, dans son tutu du rose le plus discret, sur la pointe de ses patins à glace, tel un ninja fabuleux, et commençait déjà à tenter de mettre Marcoius en PLS. Dans un grand cri digne d’un fillette à qui on tire les couettes un peu trop fort, G-Zu se leva, attrapa sa canne et en asséna un grand coup dans les parties intimes du patineur, qui s’enfuit en titubant et en faisant des triples loops suivis de saltos à travers un nuage de fumée.

 

– Vous ! s’écria dramatiquement Marcoius, qui même s’il n’avait rien suivi de l’enquête aimait bien participer, et qui de toute manière n’avait plus le coeur à manger des cailloux.

G-Zu regarda la fumée qui se dissipait pour être remplacée par celle de joint qu’elle était encore en train de fumer d’un air penseur. Un instant, son visage de grand-mère à la fois laid, rassurant et inoffensif se transforma en quelque chose de réellement terrifiant, à tel point que les trois autres restèrent coulés sur place, que la foule de spectateurs choqués, même sans leur patineur, poussa un double cri, et que si nous étions dans un manga les pupilles de G-Zu se seraient rétrécies et un clair obscur improbable aurait donné à la scène tout son importance. Mais comme ce n’était pas un manga, la musique de Bob Marley tournait toujours, parfois couverte par le son des canalisations des chasses d’eau de l’étage en-dessous ou du bruit de Simon qui mangeait goulûment ses croquettes. Les pupilles de G-Zu étaient toujours recouvertes d’immenses lunettes d’écaille verte et jaune, qui lui grossissaient les yeux à tel point que si on le regardait en face trop longtemps on se mettait à paniquer, non pas à cause de la présence d’une messie, mais bel et bien parce qu’on avait l’impression qu’ils allaient exploser, et ce de manière bien sale, tel un soufflé mal préparé et laissé à l’abandon dans un four.

Puis elle reprit son expression ordinaire et déclara :

– Ptn wsh mé l’aut’ là d’ou il mé mé potot en pls sen dir bonjou j’vé lui niker sa reume la tet de moi!

– Ne… ne nous emportons pas… marmonna Marcoius, livide.

– J’sui pa emporé wsh, répondit la petite vielle de sa voix qui oscillait entre la puissance divine et les tremblement de l’âge.

– Fléau ! s’exclama Pontidiscaffol, qui n’avait pas écouté ce qu’avait dit G-Zu (grave hérésie dont il sera châtié plus tard en étant privé de dessert et de flûte), en pointant quelque chose au sol.

 

Ils remarquèrent alors que dans l’emportement de l’action, le dangereux criminel patineur avait laissé derrière lui un indice… un… dragibus… blanc. Oui, un de ces dragibus blancs que personne n’aime, qui s’interroge lui même sur la raison de son existence, et dont on se demande encore s’il est vraiment possible à un humain de créer un tel goût, de ceux qu’on laisse au fond du paquet et que du coup on est obligé de manger à la suite quand il ne reste qu’eux. En somme, une arme dangereuse. G-Zu le ramassa, un main derrière son dos et en poussant des cris de douleur, car ce n’était plus de son âge ces conneries, halala les criminels n’étaient plus ce qu’ils étaient de son temps, au moins à son époque ils avaient la politesse de ramasser les indices pour les vieilles dames, mais non tout partait à vau l’eau à cause de cette génération d’assistés, et le mit dans sa bouche.

 

-… C d’la bone frair, dit-elle d’un air entendu.

 

Marek hocha la tête devant son intervention avant de retourner son attention à Fléau :

– Bon, vu qu’apparemment un patineur nous en veut à mort pour une raison obscure et qu’il peut nous assassiner à tout moment tu veux pas m’épouser, genre comme ça c’est réglé ?

– Heu… non.

– Ha ok. Bon. heu… où en étions-nous ?

– “C d’la bone frair”.

– Ha oui c’est vrai. Face à cette intervention, je vais donc prendre un air concentré et réfléchi, en mettant ma main sous mon menton comme ceci et en plissant les yeux. Voilà. Mhmmmm.

-C’est un peu dommage qu’elle ait mangé notre seul indice.

– Oui bah écoute qui es-tu pour critiquer la petite vieille d’Ascendieu tu veux aller en enfer ou quoi ?

– L’enfer, on y est déjà, déclara sombrement Fléau, si sombrement que les nuages noirs, qui pourtant ne se rassemblaient que pour les mangas, voulurent bien faire une petite exception et se mirent à pleuvoir dans l’appartement.

Furieuse, G-Zu hurla telle un scream de métal parfaitement exécuté, et d’un mouvement de bigoudis, les jeta dehors par propulsion divine et referma la porte. Ils se retrouvèrent donc tous les trois par terre comme des clodos à attendre un geste divin, qui, comme chacun le sait, n’arrive jamais sauf par la voie de petites pierres qui font vachement mal à la tête quand elles tombent dessus.

 

– Bon on fait quoi maintenant, Fléau ?

– La même chose que chaque jour, Marek : tenter de trouver le coupable.

 

Et sur ces mots, le chapitre se finit. Oui bon on a plus nos magnifiques transitions de fin, mais il faut comprendre qu’ici on est en résistance contre le CAPITALISME ! Des hommes et des femmes meurent chaque jour pour lutter contre cette vermine et vous nous faites chier pour un petite transition de merde ?? Bande de montres.

Pardon je m’emporte. Donc. Nos trois compères vont-ils enfin arrêter le dangereux PLSeur? Quel rapport entre les meurtres et la drogue Dragibus ? Que fait Bénédicte Johnson ? Vont ils se prendre des cailloux sur la tête ? Vais-je survivre jusqu’à la fin de cette histoire ? Y a t il des boulettes à midi ? Y a t il un sens à tout cela ? Les œuvres d’art sont-elles la représentation d’une belle chose ou la belle représentation d’une chose ?

Vous le saurez peut-être dans le prochain épisode ou celui d’après ou d’encore un peu après, si les auteures n’ont pas la flemme, que les étoiles sont convenablement alignées par rapport à Saturne et que la météo est clémente.
FIN

Démonis, Chapitre 2

Chapitre II: Des difficultés de la possession

Oui maman, je ferais la vaisselle, mais il faut que je travaille là, nan mais ho dis donc.

Hum hum.

Je vous disais donc: avant que notre très chère amie ne fasse une entrée… remarquée dans la salle de classe, il s’est passé bien des choses. Le démon dont nous parlons ici et l’un des descendants de Lucifer lui-même, et probablement l’un des plus mauvais démons qui aient jamais été créés. Le diable lui même n’avait jamais rien vu d’aussi désastreux, et le pire, c’est que le pauvre démon ne s’en rendait pas même compte. Il n’était pas particulièrement bête, ni mal-formé (selon les critères de son espèce, attention si vous lui ressemblez faites nous le plaisir de consulter un médecin), mais il y avait quelque chose qui n’allait pas chez lui, et personne n’avait su mettre le doigt, la patte ou l’appendice dessus. Beaucoup supposaient que le fameux accident qui avait eut lieu pendant son enfance (c’est à dire le moment ou le bébé démon était malencontreusement tomber dans le gouffre des enfers, et après avoir traversé dans lacs de laves avait fini dans un bénitier) en était la cause, mais personne n’en avait la preuve, ni même celle qui aurait pour prouver l’accident en lui même.

Les habitants de l’enfer n’en pouvaient plus de lui, et les pauvres âmes damnées ne cessaient de déposer recours et pétitions pour le faire expulser: elle étaient déjà condamnées à une souffrance éternelle, personne n’avait le droit de leur rajouter une épreuve aussi terrible que de supporter ce démon là. Il y a des choses qui ne se font pas, tout de même. Certaines, de désespoir, se suicidèrent avec tellement de bonne volonté qu’on leur accorda de rester mortes le temps que l’affaire soit réglée. On le renvoya donc à coup de pied, sabot, fourche ou autre objets contondant passant sous la main des pauvres créatures qui avaient du supporter sa présence, et on l’envoya sur Terre, en espérant que le humains trouveraient une solution ou au moins limiteraient les dégâts; ou le tueraient, ou l’enfermeraient quelque part.

Seulement les différentes forces divines et démoniaques qui s’étaient entendues là dessus avaient oublié une chose importante: les humains faisaient toujours n’importe quoi, et particulièrement le contraire de se qu’on leur demandait. C’était chez eux une discipline olympique et le résultat d’un sens de l’honneur aigu, transmis de générations et générations depuis qu’Adam à fit un doigt d’honneur au bon Dieu pour une tartelette à la pomme. Il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir des tartelettes à la pomme.

Ainsi, après un premier mouvement de panique, les humains n’avaient pas du tout cherché de solution à la présence nouvelle du mal incarné sur leur territoire. Après avoir fait brûler quelques uns des leurs pour des raisons que personne, même moi, même eux, ne saurait expliquer, ils avaient déclaré que l’existence d’une telle créature était impossible étant donné qu’il dérogait aux règles naturelles et étaient retournés vaquer à leurs occupations.

Ce qui occasionna, vous vous en doutez, un face-palm généralisé, celui de Dieu provoquant malheureusement un tempête solaire qui eut elle même pour effet un certain nombre d’accidents et des centaines de milliers de morts. « Oups », dit Dieu, enfin selon les journalistes présents à ce moment auprès du Divin Vioque.

Le pauvre démon s’égosilla en vain, déclarant qu’il allait détruire l’espèce et prendre le contrôle de l’univers, tous l’ignorèrent superbement, avec d’autant plus de facilité qu’il avait naturellement une voix de fausset à faire rougir un chanteur pour ces demoiselles et damoiseaux prépubères, et qu’il avait déjà du mal à prendre le contrôle de ses propres membres.

Alors, au désespoir, le démon tenta de faire ce qu’on lui avait appris à faire face à un humain récalcitrant (ou non selon le caractère du démon ): le posséder. Mais la chose n’était pas si simple.

Il tenta d‘abord sur un roi, mais il ne savait pas gouverné, enchaîna bourdes après bourdes, et finit par se faire guillotiner, comme ça, par accident, sans même réaliser ce qu’il se passait. Alors, il décida ne ne pas retenter la chose pour un bon bout de temps, nan mais ho, il voulait bien faire des efforts, mais la guillotine c’était un peu beaucoup quand même il ne fallait pas exagérer.

Le bon bout temps en question fut une pose de quelques siècles pendant lesquels le démon s’ennuya mortellement, mais le reste des créatures de l’univers dansa la zumba de soulagement. Il décida donc finalement de retenter sa chance, au grand désespoir de Lucifer, qui sentait que son sang allait encore le déshonorer. Il avait une réputation à tenir, tout de même, et ce n’était pas ce rejeton là qui allait l’y aider.

Il faut savoir que tout ces échec n’avaient en aucun cas entamés l’assurance du démon, pour lui leur seule explication était la qualité divine de l’homme, et l’incompétence de ses instructeurs en matière de Possession (aucune de ces deux affirmations n’étaient évidemment vrai, les humains étant des bactérie évoluées et ses maître d’école tout à fait compétents). Ce que, évidemment, Dieu avait toujours nié, expliquant qu’il n’y était pour rien et qu’il se déchargeait de toute responsabilité concernant ces humains décidément incompréhensibles, et déclarant qu’il avait envoyé ses meilleurs sujets en enfer (les voies du Seigneur sont impénétrables, ne cherchez pas la logique), qu’il ne s’était pas moqué du monde, enfin si un peu, mais pas sur ce plan là, de la qualité prémium, Messieurs Dames.

Il s’était donc glissé dans une ruelle et avait attaqué…

Une petite fille.

Oui les démons n’ont aucune décence. Enfin celui-là tout particulièrement.

Seulement les humains ne se laissent pas marcher sur les pieds _ou plutôt sur leurs âmes_ si facilement.

Revenons donc au moment où il s’approche de cette enfant. Je vous prie d’ailleurs de noter le suspense insoutenable de ce chapitre, et la qualité surhumaine de mes capacités de conteur. Je suis en train de rater le goûter pour vous tout de même. En plus, il y a des crêpes. Quel sacrifice! Je me sent martyr tout à coup.

Il entre donc dans l’esprit de la jeune fille. C’est un processus très douloureux. Il a mal, elle a mal, il le sent, il s’en fiche, premièrement parce que c’est un démon, et secondement parce qu’il n’a probablement pas assez de neurones actifs pour prendre cette donnée en compte en plus du reste. Il lui faut trouver le tableau de commande. Il y arrive enfin, et bon sang qui sont ces jeunes garçons accrochés sur tout les murs?

Il tire un fil, le genoux se soulève. Bien. Puis, il en tire un autre, qui provoque un mouvement peu naturel de la tête de la jeune fille. Eh merde, pense-t-il. Il tente d’autre fils, mais rien n’y fait, il n’arrive pas à se lever, il tombe, se contorsionne, fait des cabrioles dont même les démons des films d’exorcisme lui enviraient (car en effet tout ces films sont vrai, c’est bien connu. Ha et si vous vous posez la question, Obama est vraiment un lézard géant venu de l’espace. Mais de rien.). Il soupire.

Le corps de la jeune fille se met donc à ramper sur les pavés, comme une chenille, de la manière la plus ridicule et la moins honorifique qui soit, se traînant dans les flaques d’eau jusqu’à l’endroit où elle habitait. Son maquillage avait coulé si bien qu’on ne reconnaissait presque plus son visage, et le Démon avait décidément du mal à contrôler sa glande salivaire. Un gros escargot, oui c’est cela.

Le corps de la jeune fille leva donc mollement le bras et atteignit la poignée du bout des doigts. La tentative d’ouverture de cette porte fut le plus grand et humiliant échec qu’il ait jamais vécu, enfin de son point de vue. Nous remercierons donc le lecteur de ne pas le répéter. Il ne faut pas attaquer les… choses déjà à terre.

Il rampa par terre, posant ses bras et jambes où il le pouvait, et poussant en avant. Par chance pour lui, l’appartement de la jeune fille était au rez-de-chaussée et n’avait pas d’escaliers. Les escaliers étaient son pire ennemi depuis le célèbre accident de 1338, où, trébuchant dans l’un deux, il avait poussé dans les feux de l’enfer la belle qui lui était promise, qui le fut bien moins après un petit séjour dans la lave. Mais la vrai question était: qui avait étét assez désespéré et aveugle pour lui promettre un être humain, ou un animal, ou même un vase en porcelaine, car il est bien connu que toutes ces choses ont une âme de même importance et qu’il faut en prendre un soin tout de même.

Une fois arrivé dans la chambre de la jeune fille, il poussa la porte d’un coup de pieds et resta par terre, essoufflé.

Mais…?

Oh non, elle est réveillée.

Qu’est-ce que…

Et elle va pas aimer ça…

Elle t’entends, sale…

Hey, c’est pas de ma faute! J’ai pris une douche ce matin, contrairement à certaines.

Aidez-moi.

A qui tu parles?

Au lecteur.

C’est pas bien de briser le quatrième mur comme ça tu sais.

C’est pas bien de donner des envies suicidaire aux gens avec des balgue aussi mauvaises. Et le quatrième mur c’est au cinéma. Et puis t’es qui?

Oh mais c’est qu’elle me prends de haut. Tu vas voir!

Non att…

Il balance le bras et se frappe au visage (je désespère parfois).

Il pousse un petit gémissement de douleur.

Mais tu es bête ou quoi?

Une bête plus précisément.

Ils levèrent les yeux au ciel

Attend c’est toi qui viens de faire ça?

Heu… oui.

D’où t’as un contrôle sur ton corps là maintenant toute suite?

Bah heu…

Silence! Va dans le fond du cerveau, fillette!

Alors déjà je suis presque adulte, et en plus je t’ai pas demandé de me posséder.

Bah personne ne s’en rendra compte, c’est pas comme si ta vie était hyper intéressante juste là.

Elle se mit à bouder, le laissant seul.

Il réfléchit. Enfin il essaye, parce que réfléchir n’est vraiment pas son fort. Je crois même que de la fumée sort de ses oreilles. Attendez, je prends mes lunettes. Oui, c’est bien de la fumée, et je peut même vous dire qu’elle a une légère couleur jaunâtre. C’est…répugnant.

Le véritable question est: Mais est-ce qu’il est doué à quelque chose, ce pauvre être? Et si non, pourquoi diable est-ce que je raconte son histoire? (Haha, vous avez vu la blague, je suis drôle n’est-ce pas? Quoi, je l’ai déjà faite dans le premier chapitre? Vous n’avez aucune preuve. Chut.)

La réponse se situe dans la chasse des hérissons albinos dans les steppes de la Mongolie orientale. Bonne chance, et salut, j’ai aqua-poney et je suis en retard. Oui, j’ai aqua-poney. C’est une activité très ludique, vous savez. Ça permet de bien se garder en forme. Mon beau-père ne faisais pas beaucoup de sport, et quand in est rentré à la maison, ma grand-tante l’a mis immédiatement au régime, c’est que ça m’était sa santé en danger, au pauvre homme. C’est un gêne qui court dans la famille, ou on est fins comme des brindilles (il n’y a qu’à voir les peintures de moi quand j’étais encore au pays), ou on fini par jouer des monstre dans GostBuster. Quoi vous-vous en fichez? Bon d’accord d’accord, j’y vais c’est bon j’ai compris.

Le Dernier Vivant

Chapitre 1

Le feu qui crépite à côté de moi me réconforte. Il symbolise de mon futur repas et réchauffe mon corps endolori par notre longue marche à travers la ville. Nous avons traversé cet endroit sinistre, vide, et nous nous sommes arrêtés dans un lieu que l’on m’a indiqué comme étant un restaurant, dans l’ancien temps, quoi que cela puisse être.
Je suis assis à même le béton, dont la froideur glaçante traverse mon pantalon de toile. J’entends les autres rire et se chamailler un peu plus loin. Je souris. J’aimerais être avec eux…
Père, assis à côté de moi, fixe les flammes, silencieux. La lueur du feu baigne son visage d’une lumière orangée.
La nuit nous entoure, telle un brouillard de noirceur, étouffante, froide et sombre, comme un avertissement de cette menace, de cette force qui fonce sur nous avec cette implacable volonté, à la fois terrible et fascinante.
J’observe les autres avec envie. Il y a une petite fille qui joue avec sa mère, à quelques mètres de nous. Elle rit, de ce rire incontrôlable et cristallin que seules les joies enfantines peuvent provoquer. Je peux voir, de là où je suis, ses yeux scintiller d’étoiles qui n’existent nulle part ailleurs.
J’ignore pourquoi je la hais, cette enfant. Il n’y a aucun intérêt à haïr ceux qui vont mourir.
Je colle ma main contre ma poitrine. Pendant un instant, il m’a semblé que mon cœur s’était arrêté.
Mon ventre se met à gronder.
“J’ai faim, Père.” dis -je dans un murmure.
Père ne répond rien, alors je répète ma question d’un ton un peu plus plaintif que je ne l’aurais voulu.
Il murmure quelque chose, sans même lever les yeux. Son apathie me terrifie. C’est comme si il se fondait dans le monde, dans cette ville, fantôme fade d’une époque glorieuse.
Je chasse cette idée de ma tête.
Alors, je me lève, et m’approche de la sortie. La bâtiment est à moitié effondré, laissant béante une gueule sombre sur l’extérieur.
De là où je suis, je peux voir le ciel. Il est d’un noir de suie, et l’on peut à peine distinguer une tâche de lumière floue là où aurait dû se trouver la lune scintillante. La bise se lève, et me fait grelotter, mais je ne bouge pas. Il ne fait pas plus chaud près du feu. Père s’est emmitouflé dans notre couverture.
J’ai peur de tomber malade. Je prends une grande inspiration tremblante.
Derrière moi, la petite fille continue de rire.
Je retourne vers Père. Je reste derrière lui. Je reste silencieux.     J’espère qu’il va me parler, qu’il  va détourner les yeux de ce feu, ou de ces images qui semblent passer sans cesse devant ses yeux, presque moqueuses.
Mais il reste là, obsédé par le mouvement hypnotique du feu dans l’âtre de pierre.
Plus loin, la petite fille se met à crier joyeusement, pour qu’on lui rende un jouet que sa mère tient en hauteur.
Père se lève soudain, d’un bond, me faisant tomber à terre.
“Faites taire cette foutue gamine!”
Il tente de hurler, mais sa voix enrouée à force de mutisme se brise.
Cette voix, que j’avais tant chérie jusque là, me fait l’effet d’une gifle. Elle n’a aucune intonation. Elle est aussi glaciale que la nuit environnante.
Le regard de Père s’est décroché des flammes, mais le feu semble s’être incrusté dans ses prunelles. Un pli mauvais tord sa bouche, accentué par le clair-obscur ambiant.
Un frisson me parcourt l’échine.
Les autres se sont tus. Tous. Ils ont peur. Ceux qui en ont tiennent leurs armes contre eux, le doigt sur la gâchette. Certains s’avancent, lentement, pas après pas.
Un poids remonte dans ma gorge. Je me met à sangloter, sans pouvoir m’arrêter. Ceux qui s’étaient avancés s’arrêtent, et me fixent en silence.
Père se retourne et pose les yeux sur moi. Son visage s’adoucit. Il s’agenouille, et, lentement, tends la main vers moi. il s’arrête à quelques centimètres de mon visage.
Je retiens mon souffle.
Il ne peut pas me toucher.
Une expression de pure terreur passe furtivement sur son visage. Il ramène sa main vers lui et l’observe, comme si elle ne lui appartenait pas.
Un instant, tout reste figé. La face de Père se déforme, se décompose. Il n’est plus que douleur pure. Il ouvre la bouche dans un hurlement silencieux. Tout n’est que silence.
Un silence mort…
Le silence…

***

Il se réveilla en sursaut. Son cœur battait la chamade. Il était en sueur.
Il se retourna. Elle le regardait, assise sur sa couche, tétanisée. Des larmes coulaient sur ses joues qui présentaient encore la rondeur de l’enfance.
Le silence lui brisait les tympans.
Il se força à respirer. L’air frais de l’automne lui remplit les poumons, réveillant d’une seule traite son corps et son esprit. Le soleil était déjà trop haut dans le ciel.
Il posa un doigt sur ses lèvres, se leva doucement et attrapa son sac, posé sur le sol à côté de sa couche, qui contenait des provisions de secours. Il n’avait pas le temps de prendre le reste des réserves.
Il tenta de faire un pas, mais il titubait. Il entendait son cœur battre dans sa tête et pulse dans tout son corps.
Le silence l’assourdissait.
Il avait immédiatement compris qu’Émilie ne pourrait pas marcher. Tout le corps de la Petite était agité de soubresauts. Pour ne pas crier, elle mordait sa lèvre tellement fort que des gouttes de sang perlaient sur son menton.
Mauvais.
Il mobilisa ses dernières forces, mit son sac sur son dos et prit Émilie dans ses bras. Il avança le plus vite et le plus silencieusement possible à travers la forêt.
Malgré la légèreté de l’enfant, il se sentit épuisé au bout de seulement quelques mètres. Il s’appuyait sur les troncs, avançait, tombait à genoux, se relevait et continuait, coûte que coûte, à chaque fois avec plus de difficultés.
Soudain, il les entendit. Les grattements. Dans le silence, ce fut comme une explosion.
Et des hurlements. Des milliers de hurlements résonnaient dans sa tête.
Il n’y avait nulle part où se cacher.
Le jeune homme vit alors un tronc d’arbre, abattu sur le sol. Il l’enjamba et se pelotonna dans la cavité que formait son tronc, tournant le dos à l’extérieur et serrant Émilie contre lui. Les cheveux d’ébène de la petite lui rentraient dans la bouche.
Les grattements s’intensifiaient.
Il ferma les yeux, serrant encore le paquet contre lui.
Le bruit devint insoutenable. Il résonnait dans son crâne, encore et encore, allant crescendo, emplissant l’air, faisant vibrer le sol, résonnant à travers ses os comme autant de coups de marteau. Il avait mal.
Si mal…
Il s’évanouît.

***

Les autres viennent de revenir. Ils parlent à Père. De là où je suis, je ne peut pas entendre ce qu’ils se disent, mais je tente de lire sur leurs lèvres. Ils restent à quelques pas de Père. Unanimement, ils semblent avoir pris cette mesure de sécurité depuis quelques semaines. Moi, ils m’approchent encore un peu. Je dois leur faire moins peur; un enfant n’est pas vraiment une menace après tout.
La petite fille au rire insupportable est à côté de moi. Elle joue avec une poupée qu’on lui a apportée. Elle l’abîme. Je déteste comme elle l’abîme.
Je soupire.
J’attends, je sais que Père va venir et tenter de me faire un compte rendu de ce qu’on lui a dit, sans y arriver. Il n’a pas prononcé un mot depuis longtemps, sauf pour cet homme qui vient d’arriver, un jeune survivant.
Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je fais confiance à cet homme- là. Tout en lui inspire une sorte de douceur qui ne devrait ne plus exister dans ce monde. Dans ses yeux, ont peut lire un savoir infini de choses qui n’existent plus depuis des années, des siècles, mais qui sont à la fois belles et fascinantes.
Parfois, il vient nous voir, avec Père, et il me raconte comment était le monde, avant. Il me parle des demeures immenses de ceux qui dirigeaient des milliers de leurs semblables grâce à une pouvoir incommensurable, à tel point que certains en venaient à êtres confondus avec des entités surnaturelles, des dieux. Ils me parlent de ces temps où les hommes vivaient dans une telle tranquillité qu’ils devaient créer des choses et fabriquer des images pour se faire peur. Il me parlait des danses, des fleurs, des plats aux goûts indescriptibles, de l’art des peintures, de la poésie, de ces grands textes que tous apprenaient tant ils résonnaient dans l’âme des Hommes. Il contait ces temps glorieux et ces temps sombres, ces choses que l’on découvrait, ces choses que l’on inventait.
J’aimais entendre sa voix, elle était grave et douce, rassurante.
Je crois que Père aussi l’aime bien. Il le laisse m’approcher, même lorsqu’il n’est pas là pour surveiller.
Il s’appelle Alexander.
Il est assis à côté de moi. Lui aussi observe Père. Les informations que les autres lui donnent semblent importantes.
Père s’avance vers nous. A force de ne pas parler, il a dû apprendre à communiquer avec les gestes. C’est Alexander qui lui a appris. Il ne connaît que quelques mots pour l’instant, mais ainsi on peut comprendre les idées principales qu’il tente de formuler. Il commence à bouger les mains, avec hésitation et une attention toute particulière, comme un enfant maladroit.
Alexander traduit pour moi:
“-Ils ont trouvé un abri. Un endroit où nous pourrions nous installer sur le long terme.”
Il avait prononcé cela avec calme, un grand sourire sur le visage. Il pose une main sur ma tête et ébouriffe mes cheveux, puis se lève, prend Père dans ses bras. Père ne sait tout d’abord pas comment réagir, puis lui rend son étreinte. Tout deux se mettent à rire, et je me laisse entraîner.
Il y a une chance que les choses s’arrangent, enfin.
Une chance pour que nous puissions vivre.

Chapitre 2 :

Il ouvrit les yeux. Le calme ambiant lui fit l’effet d’eau froide sur la figure.
Il mit un moment avant de pendre conscience de son corps. Il observait la forêt. Elle était lumineuse, multicolore: par endroits, encore d’un vert intense malgré la saison, à d’autre pourpre. Des raies de lumière traversaient les frondaisons et illuminaient son visage. Une légère brise fit bruisser les feuilles et flotter ses cheveux. Il ferma les yeux. Il se sentait calme, en paix. Il entendait la petite respirer profondément dans son sommeil à côté de lui.
Mais cette douce brise devint plus froide, plus forte. Il se releva douloureusement.
Émilie le dévisageait. Elle ne dormait pas. Ce n’était pas le matin, il se souvenait à présent. Elle ne lui fit pas l’affront de commenter son malaise, mais ses yeux étaient plein de reproches. Il avait failli à son devoir.
Il attrapa la petite et la serra contre lui. Il était la dernière barrière entre Eux et elle. Elle était si fragile et légère sous sa poigne. Il restèrent un long moment ainsi. Ils reprenaient leur souffle, avant de repartir vivre et parcourir le monde. La petite, elle sentait le jasmin. Il ne l’avait jamais remarqué auparavant.
Puis ils repartirent en direction du campement, pour sauver ce qui pouvait encore l’être. C’était dangereux, mais ils avaient besoin de vivres s’ils voulaient espérer survivre à la Gelée.
Il était épuisé. Il titubait plus qu’il ne marchait à travers les fougères. Ses jambes étaient lourdes, mais son esprit alerte.
Ils approchèrent de l’emplacement de leur campement.
Le jeune homme failli tomber à genoux lorsqu’il le vit. Il s’appuya contre un arbre, le souffle court.
Tout était saccagé, éparpillé. Les réserves avaient disparu. Il le réalisa immédiatement. A cet instant précis, ils étaient condamné à mort.
Dans quelques jours, ou quelques semaines, ils allaient se terrer au cabanon, comme tout les hivers, mais ils n’auraient pas assez de nourriture. Quand la Gelée viendrait, ils ne pourraient plus sortir. Ils seraient emprisonnés dans le lieu le plus sécurisé de toute la zone, pour y mourir. C’était aussi simple que ça. Parce qu’il avait été trop faible pour tenir une seule petite garde de nuit, ils étaient tout deux condamnés. Dire qu’il avait accepté de l’emmener ici.
Il marcha lentement parmi les restes, récupérant ce qui pouvait l’être.
Émilie le suivait en silence. Elle observait tous ses mouvements. Il se tint droit, et lui sourit. Elle ne devait pas savoir. Le visage de la petite s’éclaira. Il lui dit que tout irait bien, ils avaient encore beaucoup de réserves au cabanon. Ils n’en avaient pas. Elle repartit courir d’objet en objet, les inspectant et jouant avec un peu tout ce qu’elle trouvait. Cela lui fendit le cœur. Il s’assit un instant, posa sa tête sur ses genoux, pris une grande inspiration tremblante.
Il avait toujours été préparé à cette éventualité, mais maintenant qu’elle lui faisait face, il sentait jusqu’aux fondements de son âme trembler. Il n’avait plus d’armes ni de munitions depuis longtemps. Il n’aurait même pas la chance de faire cela vite.
Il devait garder les apparences sauves.
Ils repartirent à travers la forêt, en direction du sud, de la Grande Rivière et des plaines qui l’entouraient.
La Grande Nuit arrivait, le gibier avait déjà fui. Le jeune homme se força à faire la conversation à la petite malgré le poids qui lui enserrait la gorge. Il lui conta pour la énième fois les histoires de ces courageux guerriers qui avaient donné leur vie pour leurs semblables, qui, dans un dernier élan avait combattu dans la bataille des ouches du métro de la ville de Fer, contre le mal qui détruisait leur espèce.
Intérieurement, il riait amèrement. Il n’y avait jamais eu de bataille. Ni plus de résistance. Personne n’avait vu arriver la fin. On l’avait sentie venir. Elle s’était introduite insidieusement dans les villes, dans les maisons, dans l’air, dans les hommes et enfin dans chaque particule du monde, sans un mot, sans un bruit. Elle s’était incrustée dans la moelle des être et n’en était plus jamais parti.
Contrairement à ce que l’on avait pu dire ou écrire avec cette vanité qui caractérisait la civilisation, avec cet amour du spectaculaire, la fin avait eu lieu sans cris, ni explosion. Il n’y avait pas eu de virus, ni d’anges ou de créatures ridicules. Personne ne s’était battu, personne n’avait protesté. Les hommes avaient disparu. Il s’étaient évanouis de la surface de la terre, sans laisser de trace. Les rares vestiges qui témoignaient de leur passage s’effaçaient peu à peu, années après années, lentement, inexorablement.
On les avaient effacés avait même que le jeune homme soit né.
Tout ce qu’il savait, il l’avait appris en écoutant les voix en boîte. Il n’avait pas eu le temps de tout écouter, il y en avait des centaines. Et il lui fallait démêler le vrai du faux. Il y avait des choses qu’il ne voulait pas entendre, il y avait des informations déformées par les esprits tortueux des hommes. Ces voix là, ils les avaient rangées à part dans un carton, il ne savait plus trop où ni quand.
La petite riait à présent. Elle faisait des cabrioles un peu partout, grimpant sur des racines. Des larmes montèrent aux yeux du jeune homme.
C’était sûrement ce qu’ils avaient ressenti, à la fin. Ils se savaient condamnés, alors ils avaient joué avec leurs enfants, en attendant la fin, en espérant qu’elle ne serait pas douloureuse. Ces gens là avaient regarder la mort en face pour la masquer à ceux qu’ils aimaient. Ils l’avaient regardée en face et l’avaient ignorée, avaient redressé l’échine, et l’avaient toisée avec insolence.
Alors il joua avec elle, riant, la lança en l’air, lui courut après. Il coururent, riant aux éclats à travers les arbres, pendant des minutes, des heures, se lançant de l’eau qu’ils trouvaient dans les petits ruisseaux alentours. Il oublia tout. Il n’avait plus peur, il ne voulait plus que la faire rire.
Le bois devint soudain plus lumineux. Il bondit, et plaqua Émilie sur le sol, dans les fourrés. Devant lui se trouvait une clairière, au milieu de laquelle il pouvait distinguer à travers les feuillages un campement constitué de tentes d’un rouge sombre encerclant un foyer éteint depuis déjà longtemps.
Il se releva lentement, attrapa la petite et la plaça derrière un tronc, et d’un geste, lui intima le silence. Il sortit prudemment de l’orée des bois, accroupi, discret comme une ombre. Il approcha des tentes. Lentement. Pas après pas. Lentement.
Il s’arrêta. Quelque chose clochait.
Les tentes.
Elle n’étaient pas rouges.
Elles étaient maculées de sang. Encroûtées au point que de loin on ne pouvait voir les lacérations.
Il se releva. Il n’y avait personne ici, et ce depuis longtemps. Hommes ou bêtes avaient fui cet endroit.
Il contourna les tentes, prenant soin de ne regarder que le sol devant lui. Il ne voulait pas les voir, non, pas un seul. Il arriva devant le garde- manger en bois qu’il avait remarqué et le fouilla, les mains tremblantes.
Il soupira de soulagement. De la nourriture. Pas suffisamment pour tout l’hiver, mais quelques boîtes de conserve.
Il tourna sur lui même, cherchant quelque chose pour mettre ses trouvailles, mais n’osant poser son regard nulle part.
Prenant son courage à deux mains, il finit par s’approcher de l’une des tentes. Il souleva du bout des doigts le pan de tissu ensanglanté.
Elle était quasiment vide, à part quelques affaires éparpillées et du verre brisé. Un sac à moitié ouvert reposait dans un coin. N’osant s’attarder, il l’attrapa et ressortit immédiatement.
Le sac était vide mais large, et il le remplit de tout ce qui pouvait y loger: nourriture, morceaux de tissus propres, morceaux de ferraille…
Courant à moitié, il rapportait le sac à Émilie, lorsqu’il vit une tente, à l’écart des autres, de couleur bien plus sombre.
Sans qu’il ne sache pourquoi, une curiosité insurmontable le saisit. Il voulait voir ce qu’il y avait à l’intérieur, il voulait savoir, il en avait le droit après tout, et puis il n’y avait rien eu dans l’autre, il ne risquait rien, lui, après tout, et il voulait savoir, il voulait voir de ses yeux ce qu’il y avait derrière ce pan de tissu là.
Il se dirigeait vers elle, d’abord lentement, puis trottinant de plus en plus vite, jusqu’à presque courir. Il s’arrêta à quelques pas d’elle, n’osant approcher. Il le sentait, il le savait maintenant. Il n’aurait jamais dû s’avancer.
Une rafale de vent fit voler la toile lourde de sang caillé.
Ce fut l’odeur qui l’atteignit en premier. En une fraction de seconde, elle lui prit le nez, monta jusque dans son crâne, s’incrusta dans chaque pore de sa peau.
Il cessa de respirer.
Il connaissait cette odeur.
Trop, il y en avait trop, du sang, de la chair, des morts. Tout ces yeux, tout ces regards vides qui le fixaient, d’un même mouvement. Il fit un pas en arrière. Il haïssait tout ces regards décomposés, qui criaient famine avec leurs prunelles vertes, toutes ses bouches qui s’ouvraient et se refermaient dans un claquement sec, la rage dans les traits amollis de leurs visages, leurs mains qui se tendaient dans sa direction, suppliantes, innombrables. Le pan s’était rabattu depuis longtemps, ais il les voyait tout de même , il les devinait, ils les sentait.
Son cœur s’emballa, ses oreilles sifflèrent. Sa vision devint trouble.
Il prit une grande inspiration et ferma les yeux.

***

Ses prunelles. Elles me fixent. Elles crient. C’est un cri muet mais qui résonne en moi, et qui continue, encore et encore, sans s’arrêter, sans même un instant de répit, et je ne comprends pas pourquoi il me fait ça, pourquoi, pourquoi maintenant, mais je ne sais pas quand c’est maintenant, j’ai pourtant fait le bon choix, mais elles, elles refusent d’arrêter de crier, alors je crie moi aussi pour couvrir le vacarme, mais je n’y arrive pas car il n’y a aucun espace que mon cri peut remplir, aucun mur sur lequel il peut résonner, aucun air qui peut le porter, mais je continue à crier en demandant pourquoi, pourquoi moi, pourquoi maintenant…

***

Sans même s’en rendre compte, il avait rejoint Émilie, qui le regardait, tranquillement. Il y avait un sac à ses pieds. Il hésita un instant, puis le mis sur son dos.
Il n’était pas bien sûr de savoir à qui appartenait ce sac.
Ils repartirent tout deux vers le sud, sans un mot. La petite recommença à jouer. Il se laissa gagner par l’enthousiasme de l’enfant et lui courut après, la chatouillant, riant à gorge déployée. Il avait l’impression d’avoir oublié quelque chose, mais peu lui importait. Au bout de plusieurs heures de marches entrecoupées de courtes poses, ils finirent par atteindre la lisière de la forêt, et, juste avant que le soleil ne décline, débouchèrent dans la Lande.

Chapitre 3

Le jeune homme avait toujours apprécié cette partie du voyage. Essoufflés, ils s’assirent et contemplèrent le spectacle. L’équinoxe allait avoir lieu sous leurs yeux.
En un instant, toute l’herbe de la grande plaine s’illumina d’or. Une brise légère l’agita et souleva leurs cheveux. Le jeune homme pris une grande inspiration. L’air était frais, apaisant.
Le ciel était d’un bleu intense. Mais l’horizon se colorait d’une tache rouge sanglante.
La brise se transforma en bourrasques de plus en plus violentes. Les branches de la forêt craquaient au loin derrière eux. Ils étaient arrivés juste à temps.
Le sol semblait onduler. Un gémissement grave, profond, émanait de la forêt. Tout les arbres grinçaient dans leur lutte pour rester debout. Le jeune homme était repoussé en arrière et il devait tenir la petite pour qu’elle ne soit pas entraînée.
Ils se couchèrent à plat ventre pour donner moins de prise au vent. Le grondement résonnait tout autour d’eux, faisant vibrer le sol, claquer leurs dents, trembler leur souffle. Les enfants hurlaient de rire, leurs voix se perdant dans le vacarme, entraînée comme tout ce qui les entouraient.
Ils restèrent ainsi pendant ce qu’il leur parut n’être que quelques minutes, mais qui avait réellement duré des heures. Un dôme obscur c’était formé au dessus de leurs têtes. Les ombres commencèrent à s’étendre, s’allongeant jusqu’à couvrir chaque chose. Plus rien n’était visible. Ils flottaient dans le néant, ils ne sentaient plus le sol au dessous d’eux. Rien, il n’y avait plus rien, plus de vent, plus de lumière, plus d’eux. Ils étaient écrasés par la présence du vide, tout puissant. Ils étaient dans le ventre du monstre.
L’excitation intense avait fait place à une terreur inconcevable dans le cœur du jeune homme. Cela n’avait jamais duré aussi longtemps.
Et puis, sans qu’il ne s’en rende compte, sans qu’il y ait réellement de transition ou de changement, la lumière réapparut. Elle n’avait pas de source, ou plutôt elle semblait émaner de l’air lui même. Tout vibrait, bourdonnait., Elle se rependit comme le feu sur l’essence, et en une seconde, tout le paysage réapparut. Identique.
Identique mais différent.
Le monde ressortit du néant à la fois plus beau et plus terrible. Il avait revêtu son manteau d’or sale,  maladif et grandiose.
Le jeune homme avait la sensation de l’avoir déjà vue, cette couleur. C’était pourtant la première fois qu’il sortait aussi loin du cabanon.
Effaçant cette impression étrange de son esprit, il se releva avec avec prudence, et tourna sur lui même. Il chercha la petite des yeux. Elle n’était plus au sol, à côté de lui. La panique le pris en un instant. Il se tourna et se retourna, jusqu’à ce que tout soit flou autour de lui, mais il ne la voyait nulle part malgré l’absence d’obstacles dans l’immensité de la plaine.
Des craquements dans son dos le firent sursauter.
Elle était là, penchée sur le sac de provisions, les mains pleines de graines. Elle les enfournaient dans sa bouche sans jamais s’arrêter, sans même avaler. Elle n’était plus qu’une bouche mastiquante, monstrueuse.
Crac Crac Crac.
Il resta un instant bouche-bée, l’observant broyer tout ce qu’elle pouvait attraper, la nourriture dégoulinait le long de son menton. Pris de nausée, il tendit la main pour la saisir, mais il ne fit que brasser l’air.
Elle n’était pas là. Le sac était intact.
“- Qu’est-ce que tu fais?”
La petite voix enfantine dans son dos le fit sursauter. Il se retourna. Elle était là, calme, douce, comme il l’avait toujours connue, posant sur lui un regard interrogatif.
Il se précipita vers elle et la pris dans ses bras. Un cauchemar, ce n’était qu’un cauchemar. La noirceur l’avait déstabilisé, voilà tout.
Ils installèrent la campement sur place. Le plus grand danger qu’ils pouvaient courir après l’équinoxe était l’épuisement. Même les Sans-Âmes se terraient durant cette période.
Car, a  présent, il n’y avait plus de nuit.

***

J’ai faim. J’ai beaucoup trop faim. Les autres aussi: ils sont maigres, leurs joues creusées, décharnées. Et puis il me fixent, mais ils ne supportent pas mon regard, ça non. Ils savent que les pensées qu’ils ont sont contre nature, ils savent que c’est criminel.
Le plafond du grand bâtiment de pierre m’étouffe. J’ai peur. Il fait sombre ici. Dans une autre pièce,  une femme ne cesse de hurler. Je ne sais pas ce qu’elle a. Les autres refusent de me parler.
Mais ils parlent avec Père. Je les entends. J’ignore ce qu’ils disent, mais cela semble le révolter. Alors, j’attends, un peu à l’écart, assis sur une caisse de bois dans un coin sombre de la pièce principale. Si il y a une chose que je sais, c’est ce dont ils parlent. Je connais leurs intentions depuis longtemps déjà, mais je n’ai pas d’autre choix que d’attendre là, assis sur cette caisse. Je n’ai nul part où aller, alors je n’ai pas mon mot à dire.
Alexander sort de la pièce entièrement vitrée où se déroulent les discussions, et s’approche de moi.
Il me surprend encore un fois. Il n’y avait pas la même chose dans ses yeux que dans ceux des autres. Ils sont doux. Sa peau sombre est marquée des stigmates de ce qu’il y avait dehors, mais ses yeux sont doux. Comme si ce qui nous entourait ne l’affectait pas. Pourtant, je l’ai vu se mettre en colère la dernière fois qu’ils ont parlé avec les autres. Je n’ai jamais rien vu de si terrifiant. Mais Père a dit que les hommes les plus calmes sont les plus dangereux lorsqu’on dépasse leurs limites.
Derrière lui, Père parle de moins en moins fort, tandis que les autres font de grands gestes, crient, le prennent à parti.
Alexander se met devant moi. Il ne veut pas que je les vois, alors il s’accroupit , me prends les mains, maintient son regard. Elles sont chaudes, ses mains, rassurantes.
Il me sourit, et je ne sais pas pourquoi, je souris aussi. Peut être que c’est pour cela  que ses yeux ne sont pas mauvais. Peut être que lorsqu’il était seul, il souriait devant un miroir et se sentait heureux comme moi maintenant.
Il se retourne et croise le regard de Père qui est debout, le visage marqué, derrière la baie vitrée. Père acquiesce, et Alexander lui répond de la même manière.
Je n’ai plus du tout envie de sourire.
L’homme me prends dans ses bras et me soulève, doucement, il me cale sur son épaule. Je ne sais où il m’emmène.
Nous sortons ainsi en silence de la pièce principale et nous passons par les petits couloirs mal éclairés. Nous croisons certains autres qui nous regardent étrangement, avec un mélange de colère et de soulagement, mais aucun n’ose approcher. On peut entendre jusqu’ici les disputes dans la Grande Salle.
Alexander presse le pas, prends des couloirs de plus en plus sombres. Derrière les vitres, je vois les gens se retourner et nous suivre du regard. Je m’accroche plus fort au coup de mon ami. Ce qu’il fait est interdit. Il est en train de me sauver la vie.
Soudain, il s’arrête net. A l’autre bout du couloir, il y a un autre homme, massif. Il nous bloque le passage. Il a la main sur le manche de son couteau et semble prêt à dégainer. Alexander me pose à terre et me pousse derrière lui. Il met ses mains en l’air, et tente de raisonner l’autre avec se vois douce. A quoi bon survivre si il n’y a pas de prochaine génération? Avons nous vraiment si peu de nourriture que l’on doit en arriver à cette extrémité? Est-ce que cela est juste, est-ce qu’il arrivera à vivre avec ça, et si c’était son fils que l’on sacrifiait ainsi?
Mais la main de l’homme se crispe sur son arme. Il n’écoute pas. Il murmure des choses incompréhensibles.
Ils sont maintenant à moins de deux mètres l’un de l’autre.
Un hurlement s’élève depuis la pièce principale, suivi de plusieurs coups. Alexander et l’autre s’arrêtent un instant, et se toisent. Ils savent tout les deux qu’il n’y a plus de retour possible.
Sans crier garde et d’un même mouvement, ils se jettent l’un sur l’autre. Alexander arrive à arrêter le couteau en saisissant le poignet de l’autre, mais ce dernier, de sa main libre, le frappe si fort qu’ils tombent tout deux à terre. Les hurlement dans la grande salle se sont arrêtés, et un silence pesant est tombé sur tout le bâtiment.
L’homme massif lève son couteau. Il l’abat, une fois, deux fois, trois fois. J’entends un gargouillis.
Je ne peux plus bouger. Il y a du sang partout, sur le sol, sur l’arme qui brille à la lueur des néons, sur le visage de l‘homme qui ne me quitte plus des yeux. Tout est recouvert de cramoisi.
Il se relève, lentement.
Mes oreilles sifflent et des larmes brouillent a vue. Je ferme les yeux. J’entends ses pas se rapprocher de moi , lentement. J’attends.
J’entends un bruit mat, mais je ne sent rien. J’ouvre les yeux.        L’homme est devant moi, agenouillé. Son visage est figé dans une expression d’incompréhension terrible. Il tombe sur le côté. Père est derrière lui, la machette à la main, couvert de sang de la tête aux pieds.
Il hurle quelque chose, mais je n’entends que des sons inarticulés. Il m’attrape par l’épaule et me force à me remettre debout. Il veut que je marche. Devant moi, je vois une lumière orangée.
Père regarde le corps d’Alexander, fixement. Je crois qu’il pleure. Il  s’agenouille à son côté et lui embrasse le front.
Une lueur d’espoir apparaît en moi, alors je fais un pas en avant, puis un autre. Mon salut est au bout de ce couloir.
Quelque chose bute contre mon pieds. Je me sent partir en avant. Une douleur atroce me traverse lorsque ma tête heurte le sol.

***

Cela faisait à présent plusieurs jours qu’ils marchaient. Le ciel c‘était refermé sur eux, et n’avait pas bougé depuis. Ils étaient emprisonnés dans une cage dorée, laide et sublime, immuable pour ceux qui ne l’avaient pas vu naître. Il commençait à avoir du mal à respirer, mais il savait que la suite serait bien pire. De mauvais souvenirs remontaient à la surface de son esprit, des choses qu’il avait tellement voulu oublier que s’en souvenir lui donnait l’impression de les revivre. Il était épuisé et sur les nerfs. La lumière incessant l’empêchait de reprendre des forces, même lorsqu’il dormait. Ses yeux, trop exposés aux ton mordorés qui l’entouraient, ne semblaient plus rien vouloir voir d’autre.
Il marchait, tenant Émilie par la main, et restait plongé dans ses pensées. Il rêvait éveillé, se dirigeant machinalement toujours tout droit, en direction de la Rivière aux Esprits.

***

Quelque chose m’empêche de ramper en avant. Je tourne la tête.
Il n’a presque plus de visage, défiguré par les coups de couteau. Il m’a agrippé la cheville. Il me fixe, ses yeux autrefois si doux rendus fous par la douleur. Il veut vivre, il a peur, il ne me lâche pas la jambe.
Mais moi aussi, j’ai peur, moi aussi, je veux vivre. Je regarde un instant la lueur orangée au fond du couloir. Elle m’appelle, elle tremble.
Père est repartit. J’entends des hurlements qui viennent d’un peu partout. Il ne les laissera pas vivre avec ça. Car l’homme qui m’agrippe la cheville est censé être mort. Il ne tient que par une volonté extraordinaire, une volonté que lui donne maintenant cette innocence qu’il avait avant. Il sait qu’il mérite de vivre.
J’ai envie de courir vers la sortie, j’étouffe, j’ai besoin d’air. Je veux vivre, mais il ne me lâche pas la jambe. Il va mourir, je le sais, mais il ne veut pas me lâcher, dans un effort désespéré. Chaque seconde m’est précieuse. Chaque seconde me retire des chances de sortir, mais je n’arrive pas à prendre la décision. Je tremble de tout mon corps la nausée me prends.
Je ne veux pas revoir ce qu’il reste d’Alexander, je n’en ait pas besoin. Je lance ma jambe, avec le plus de force dont je suis capable.
J’entends un craquement. Mon souffle s’accélère tandis que je sent l’étreinte de sa main se desserrer. Je mords mon bras jusqu’au sang pour étouffer mon chagrin.
Je ne me souviens plus de son nom. Il me l’a dit. Mais je ne m’en souviens plus. Je ne me souviens que du craquement immonde.
Alors je me relève et je me met à courir, de plus en plus vite, mais je n’ai pas l’impression de bouger, c’est la lumière qui avance vers moi à toute vitesse, et les murs rétrécissent pour l’écraser, et les cris sont de plus en plus fort, pardon, je suis désolé pardon pardon pardon, et je cours toujours plus vite…

***

Il se leva avec difficulté. Il avait la nausée.
Le manque de nourriture, sans doute.
Autour de lui, rien n’avait changé depuis qu’il s’était endormi, quel que soit le moment où il s’était endormi. Il attrapa une boîte de conserve, l’ouvrit, et réveilla la petite.
Il se posta à près d’un mètre d’elle, tremblant. Puis il se mit à rire. C’était ridicule de panique comme cela pour un cauchemar. Il empaqueta à nouveau ses affaires et ébouriffa les cheveux de la petite en passant. Tout irait bien, à présent. Il en était certain.
Ils se remirent en route à travers la Lande.
La marche épuisait bien plus le jeune homme qu’elle ne l’aurait dû. Il étouffait dans ce bain de miel, et perdait de ses forces. Il tenait la petite par la main, pour l’obliger à garder le rythme. Ils avancèrent ainsi des heures durant.
Puis il petite s‘arrêta net, s’assit à même le sol et refusa de faire un pas de plus. Sans plus de précautions, sans même installer un camp, il s’allongea à côté d’elle. Leurs ventre criaient famine. Le jeune homme se souvenait, on lui avait dit qu’avant, les hommes n’avaient pas besoin de se nourrir autant, même s’ils le faisait par plaisir. Mais, peu à peu, leurs estomacs s’étaient vidés. Ils étaient devenus insatiables, et au même moment, la nourriture avait commencé à se raréfier. Et ensuite tout c’était accéléré.
Peu pouvait se vanter comme lui d’avoir survécut. Beaucoup était morts, mais lui, oui, lui il était plus fort, et il avait gagné le droit de vivre un peu plus.
La petite blottit contre lui. Il soupira. Il était épuisé, comme si des décennies entières pesaient sur ses épaules, à lui qui n’avait pas quatorze hivers.
Il sentait quelque chose lui toucher la jambe.
Il s’endormit.

***

Père me regarde, debout devant moi. Je tends l’oreille, pour entendre le chant des oiseaux. Je les imagine, pépiant, sautillant de branches et branches, déployant leurs ailes colorées de milliers de teintes, argentées, azurées, rosées… J’écoute le chant des oiseaux pour ne pas entendre le silence des hommes.
Tout, autour de moi, dégage une impression indescriptible, comme si le monde avait décidé de montrer tout ce qu’il y a de sublime dans les pires monstruosités. Le ciel forme une chape cendreuse, presque noire, au dessus de ma tête et pourtant une lumière mordorée inonde chaque objet, chaque plante, chaque chose autour de moi.
Nous sommes dans un grand champ de blé. Les épis m’arrivent presque aux épaules. Au sol, des éclats de verre reflètent la lumière ambiante en une myriade de couleurs qui allaient de l’or sale au pourpre. J’ai l’impression de nager dans cette mer de lumière sale, seul.
Il n’y a pas un souffle de vent. l’air lui même semble inexistant.
Le monde retient son souffle.
Un sentiment de malaise étrange me prends soudain. Tout ce qui m’entoure hurle en silence. Je ne devrais pas être là, je ne suis pas à ma place, je ne devrais pas même exister. Je n’ai pas le droit de voir ce qu’est devenu ce monde. Rien ici n’est pour moi. Tout est en colère.
Père tient un paquet dans ses bras, sale, enroulé, dégoulinant par endroits de sang rouge vermillon. Ses yeux sont rouges, mais secs.   Son visage n’a aucune expression.
Un instant, il me semble qu’il n’en a plus, des yeux, qu’il sont clos par une membrane blanchâtre, que sa bouche est lisse, que ses oreilles n’existent plus. Il ne voit pas le monde, il n’entend pas les cris. Il ne me parle plus.
Je sent qu’il veut me parler, pourtant, avec sa bouche entrouverte, son air perdu. Je n’en ait pas envie. Mais il reste là, immobile, et me fixe avec insistance.
Il n’y a rien à dire. Les autres sont partis. Comme maman. Ils ont perdu la raison. Ils ont dit des choses insensées, que je n’arrive pas à me rappeler.
A quelques mètres.
A quelques mètre, de l’autre côté du champ.
Le bâtiment se dresse, gris, sombre, menaçant. Le béton m’écrase de toute sa masse, malgré la distance. Il se fond dans le ciel livide. Il y a quelque chose de malsain ici. Des fantômes. Un odeur acre s’en échappe, et arrive jusqu’à nous. Parfois, j’entends un grincement venant du plus profond de la terre, sous mes pieds.
Non, des grattements.
Je sais que je sais ce qu’il s’est passé. Mais je n’arrive pas à me souvenir.
Père s’était visiblement essuyé la figure, mais, alors qu’il détourne la tête, je vois des tâches sombres sur son cou et son col. Les visage de la petite fille et son rire insupportable me reviennent en mémoire. Je me dis qu’au fond, tout est pour le mieux.
J’ai envie de rire, alors je le fais. Ce rire là n’a ni but ni raison. Il est vrai. Le monde entier rit avec moi du sort de ces créatures trop faibles pour même mériter de rire, mériter de vivre, pour mon espèce qu’il à condamnée à mort, inutilement, brusquement, sans même y faire attention, comme lorsqu’il lui a offert la vie.
Puis je m’arrête sans plus de raison que lorsque j’avais commencé. Père à détourné les yeux. Quoi, il ne supporte pas de voir un enfant rire? Il n’y a pourtant rien de plus naturel, dans cette situation.
Je passe ma main dans mes cheveux.
Père me tends le paquet, toujours sans me regarder. Il semble bouger seul. Un vagissement s’élève, puis une petite main rose.
Le choc me clou sur place pendant un instant.
Rien n’aurait pu arriver de pire. Et rien n’aurait pu arriver de mieux.
Je tends les bras. j’ai envie de le prendre, de le toucher.
Après un instant d’hésitation, Père me tends l’enfant, le suivant des yeux comme s’il avait peur que je le brise. Lorsque je le prends, il pousse un petit gémissement. Je le prends dans mes bras avec le plus de précautions dont je suis capable, et jette un regard noir à Père.
Puis je tache d’observer le petit. Il est laid, tout fripé, et d’une couleur étrange. Il est minuscule. Ses yeux sont fermés, mais il est éveillé. Cela m’inquiète. Un enfant est un poids que personne ne peut supporter dans ces conditions, mais un enfant aveugle…
L’enfant ouvre les yeux.
Un bruit me fait sursauter.
Je prends soudain conscience que sans la silence ambiant, je ne les auraient jamais entendus.
Des grattements
J’ai peur.
Je ne me suis pas rendu compte que je me suis mis à courir. Mes jambes se déplacent par leur propre volonté. Seule mes cheveux plaqués en arrière par la vitesse et mes vêtements qui claques me l’indiquent. Et pourtant je cours, à une vitesse folle, serrant le bébé si léger, cette petite étincelle de vie dans mes bras. Je ne suis plus, je disparais, je ne suis plus, plus qu’une idée.
Protéger l’enfant.
Alors je cours, et mes pieds ne touchent plus le sol, et je cours, et je cours, libéré du poids de ma peur, de mes muscles, de ma chair, de mes rêves, de mes cauchemars, de mes doutes, de tout ce qui fait de moi Moi, de son nom, de ses souvenirs, c’est un nuage de fumée enroulé autour de cette petite chose si précieuse…

***

Il fut ramené à la réalité. Émilie lui secouait le bras et pointait quelque chose à l’horizon. Elle était là, ligne ondulante dans l’or, scintillant et fraîche.
Il se mit à rire, pris la petite sur son dos et se mit à courir. Elle étendait les bras et criait “Je vole, je vole!”. Elle criait de joie, riait aux éclats tandis qu’il prenait de la vitesse. La joie et le soulagement leur donnait des forces inespérées, venues des tréfonds de tout ce qu’il leur restait dans ce monde. La force d’être joyeux, même, un instant, même sans réelle raison, juste parce qu’ils n’avaient pas assez de savoir pour devenir fous, pas la volonté de mourir. Alors ils jouèrent.
Elle était là, elle les attendait, eux qui ne l’avaient jamais vue, eux qui n’avaient fait que lire son nom sur une carte vieille et déchirée, et qui pourtant l’espéraient tant.
La Rivière aux esprits.

Chapitre 4

Il leur fallu deux jours pour atteindre le point d’eau, et ce laps de temps fut suffisant pour que les températures chutent. Le jeune homme tremblait de tout son corps, malgré les différentes couches de vêtement qu’il portait à présent. Chaque pas lui donnait l’impression de toucher du métal gelé a main nue. L’air lui donnait l’impression d’être opaque, consistant. Il nageait dans de l’or glacé.
Il ne pensais plus à se destination. Tout ce qu’il voulait, c’était mettre un pas devant l’autre, même avec difficulté, même au prix d’un effort considérable.
Son crâne lui faisait atrocement mal. Il devait lutter pour garder sa tête droite sur ses épaules. Dans ce froid, il avait oublié de dormir, de manger, de penser. La Rivière lui semblait s’éloigner, mais tout était si lointain de lui, à présent. Il avançait au hasard dans le brouillard de son esprit.
Seul le son de l’eau qui coulait à torrent à travers la glace, ce sont à la fois mélodieux et métallique, le guidait.
Et il avançait. Il portait la petite dans ses bras. Elle ne pouvait plus marcher, tant elle était épuisée. La présence de l’enfant le rassurait.  Et puis, il n’en eut plus la force, et il la déposa à terre, la traînant derrière lui plus que marchant à ses côtés.
Quelque chose de froid toucha ses pieds. Humide. Il baissa les yeux.
De l’eau.
Ils y étaient arrivés.
Le jeune homme s’assit sur la berge, épuisé.
Il ne se rendit compte que la lumière avait baissé que lorsqu’il ne put presque plus rien distinguer.
La Rivière seule reflétait une source de lumière dont il ne connaissait pas la provenance. Des lignes argentées se formaient à sa surface et s’entrelaçaient, emportées au fil du courant. Elles semblaient former des silhouettes qui s’éloignaient, se disloquaient et se reconstituaient. Il n’avait jamais rien vu d’aussi beau. Cela ressemblait aux lignes que la petite avait tracées dans sa chambre, au cabanon, mais des lignes qui auraient pris vie, qui auraient emprunter une âme.
Un visage se forma juste à côté de ses pieds. Les étoiles se reflétaient dans l’eau, lui formant des yeux, monstrueux et magnifiques. Mais le firmament ne pouvait se refléter, car il était occulté par les voûtes nuageuses… Le jeune homme ne se posait plus de questions de puis longtemps sur la logique distordue des choses de ce monde. Il était seulement absorbé par la beauté de ce qu’il voyait.
Il sorti doucement ses pieds de l’eau, de peur de le troubler. Il se penche pour l’observer de plus près. Il était émerveillé.
Le visage lui souriait. Il n’en avait jamais vu d’aussi beau, d’aussi lumineux. Sa bouche s’ouvrait et se refermait, proférant une inaudible litanie.
Le jeune homme voulait l’entendre, il demanda au visage de répéter. Il pouvait distinguer sa voix. Un son ténu, indistinct. Il disait quelque chose, il le criait dans un effort désespéré pour que le jeune homme comprenne.
Il voulait entendre. Il le voulait mais il ne percevait que le son aqueux du courant. Il était en colère. Il avait besoin de savoir ce que ce si beau visage savait. Il se pencha vers la surface de l’eau. Ce que le visage disait était vital. Ce devait être beau aussi. Chantant , peut-être. Il pouvait en distinguer la mélodie.
“Mais parle!”
Sa propre voix le fit sursauter. Il recula, horrifié. Le visage avait disparut, emporté. Le jeune homme repris son souffle avec difficulté. Un mouvement dans le coin de sa vision attira son attention.
Émilie étai penchée a dessus de l’eau, le visage à quelques centimètres de la surface aqueuse, les mains enfoncées dans la glaise molle de la berge, ses doigts griffant compulsivement le sol.
Le jeune homme leva ses mains devant son visage. Elles étaient maculées de boue et bleuies par le froid. La température n’avait pas augmenté. Il avait juste oublié d’avoir froid.
Il se releva et se mit à courir vers la petite. Il la tira en arrière. Elle se débâtait dans ses bras, donnait des coups, gémissait. Ils finirent par tomber en arrière, se contorsionnant à même le sol. Il lui fallu plusieurs minutes pour retrouver son calme.
Le jeune homme et la petite restèrent dans cette position pendant un temps. Chaque souffle formait un nuage de brume au dessus d’eux. Ils frissonnèrent. Le jeune homme aurait voulu rester là éternellement. Il avait froid, mais il se sentait en vie. Il ferme les yeux et versa sa tête en arrière.
Tout ce chemin pour ça. Pour se laisser entraîner par des tourbillons. Ils avaient survécus aux pire horreurs que le monde avait créé, pour finir par se faire avaler par de simples illusions. Il rit.   Quelle ironie. Tout son corps se secouait, et il lui semblait qu’il riait  comme il n’avait jamais rit.  Il en avait les larmes aux yeux, et son ventre lui faisait mal à force de contractions. Il se sentait léger. Son rire résonnait dans la plaine. La Rivière continuait de couler tranquillement.
Une violente douleur lui traversa le crâne. Il se redressa. Des tâches de sang maculaient ses vêtements et le sol entre ses jambes.   Il sentait son goût métallique dans sa bouche. Il essuya son visage d’un revers de manche, puis se leva et pris son sac  qui était resté près de la berge, prenant soin de ne pas regarder les eaux. Il s’arrêta au milieu de son mouvement.
Son cœur battait à tout rompre. Il tourna sur lui même, fouillant du regard chaque chose qui l’entourait.
Elle n’était plus là.
Elle n’était plus là, elle était parti, il était seul, seul, il entendait le silence qu’elle avait laissé derrière elle, il sentait le vide là où elle aurait dû être.
Un étrange sentiment de trop réel l’envahit.
Il se mit à courir droit devant lui, appelant Émilie avec toute la puissance vocale dont il était capable.
Bientôt, ses pas l’entraînèrent loin de la berge, vers l’intérieur des terres. Il ne savait pas depuis combien de temps sa voix s’était brisée, il ne sait pas depuis combien de temps il avait arrêté de courir. La nuit ne tombait pas, le jour ne se levait pas, et il continuait de marcher. La masse nuageuse se déplaçait en elle même, s’amoncelait, pesante au dessus de sa tête. Ses cheveux collaient à son crâne sous l’effet de la sueur et gelaient presque immédiatement.
Il ne marchait plus.
Il était allongé, face contre terre, le souffle rauque.

***

J’ai peur. Je suis assis dans l’obscurité. Je serre la paquet contre moi, pour qu’elle ne fasse pas de bruit. Devant moi, Père est accroupis contre le mur. Il épie chaque mouvement, pas pas comme il le devrait…
Il les attends.
Il respire lentement, trop lentement, se fondant dans l’ombre du mur. Tout autour de nous, l’entrepôt est silencieux, à tel point que l’on peu entendre les poutres de métal grincer sous l’effet du vent.
Ils arrivent.
Je sais que nous sommes bien cachés, qu’ils ne peuvent pas nous voir, mais j’ai envie de courir, de grimper, de hurler ma peur.
Je sent la panique monter. Je me recroqueville dans un coin.
Je vois les mains de Père trembler. Il est épuisé. Il n’a pas mangé depuis des jours. Le regard qu’il porte sur moi est de plus en plus lourd. La faim l’a rendu fous, comme beaucoup d’homme avant et après lui, mais il y a autre chose. La faim seule n’est pas responsable de son état.
Ma poitrine me fait mal, compressée par la peur. Il sait des choses qui sont dangereuses pour moi. Il les a devinées.
Je respire trop fort.
Il se retourne vers moi.
Ses pupilles sont dilatées à l’extrême, dévorant l’iris autrefois verte de ses yeux. Il me fixe, mais ne semble pas me voir, comme s’il observait quelque chose à travers mon crâne. Il le semble sentir l’odeur métallique du sang dans ses yeux. Et la douleur il y en a tellement en lui de la douleur qu’elle déborde de ses yeux comme un sorte de mélasse noire, inonde tout autour de lui, suffocante, tachant le sol, les murs.
Je me dis qu’il n’est plus humain, non, aucun humain ne ressemble à ça.
Je suis en colère. Je ne voulais pas ça, je ne voulais pas qu’il soit faible. Au fond,je sent que c’est de ma faute, mais je n’arrive pas à trouver en quoi. Je sent le feu de la haine monter en moi, courir dans mes veines, électrifier mes muscles, éclaircir mes idées. Je me dis que ma survie est entre les mains de cet homme, à la fois si proche et étranger de ma nature même, comme ces miroirs brisés dans lesquels on se devine sans se reconnaître. Un miroir barbouillé de crasse, de sang, de froid, de faim, de désespoir. Je n’ai jamais rien eut, mais lui, lui il a tout perdu.
J’en suis certain à présent. Je la vois, cette étincelle au fond de ses yeux. Il me tuera. Il en a envie, seule ce qui reste de sa conscience l’en empêche. Il détruira tout pour se sauvegarder lui même, pour se venger. Puis il tuera a petite. Car je la connais cette étincelle dans ses yeux: c’est la vie. Tout ce qu’il veux, c’est vivre.
Je baisse les yeux. Au sol, la petite dort contre le mur, enroulée dans ses langes. Père a détourné la tête, pour observer l’entrée.
Ma respiration est calme à présent. Je l’ai déjà fait. Je suis serein, je ne fais que ce qui est juste après tout, car je suis raisonnable, et ce que je m’apprête à faire est tout aussi juste, oui, parce que je veux vivre, parce que j’ai un destin, j’en suis sûr, Il me le répétait sans cesse, même si j’ai oublié son nom. N’est-ce pas la volonté de tous?      Oui, si les autres étaient encore là, ils approuveraient, ils me féliciteraient, car ce que je fais est bien.
Je me sent presque heureux de cette résolution lorsque je sort mon couteau de ma botte. Délicatement, je retire l’étui. J’observe la lame. Elle est belle et émet une lueur bleutée dans le clair-obscur de l’entrepôt. J’avance vers Père. Je penses qu’il ne se doute de rien, et c’est pour le mieux. Je suis né dans ce monde, pour ce monde. Je lui appartient. Lui, il appartient à une époque révolue. Il souffre. C’est pour le mieux. Tout ira mieux maintenant. Je protégerais la petite, et tout ira bien.
D’un geste rapide, je lui plante mon couteau sous les côtes.
Je fais en sorte que le coup soit mortel. J’enfonce la lame jusqu’à la garde, me collant contre le dos de Père, dans une dernière étreinte.
Dans une soudaine convulsion de dégoût, je m’écarte de lui. Je ris et je pleure tout à la fois. Je n’ai pas le courage de reprendre l’arme, je ne veux pas l’approcher.
Je prends la petite dans mes bras et le serre contre moi. Mes mains pleines de sang salissent ses langes.
Père est à genoux. Il crache du sang qui dégouline sur son menton, sa barbe, ses vêtements. Dans un effort monstrueux, il se retourne. Il me regarde. Je vois l’incompréhension dans ses yeux. Il tend la main vers moi.
Je recule, mais il réussit à m’attraper le bras. Je ne me débat pas. Son contact a empoisonné ma chair, pourris quelque chose en moi.      Celui-ci ou un autre. Peu importe.
Au bout de quelques secondes, son bras retombe. Nous restons l’un face à l’autre. Il regarde le sol à présent. Je recule, lentement, pas après pas, et je sort du bâtiment. Un hurlement m’arrête. Il contient tout ce que Père a toujours voulu hurler, sans en avoir la voix: la haine des hommes, l’incompréhension face au monde. Le regret aussi, celui de ne pas être mort aux côtés de celui qui lui importait le plus. Il est joyeux, ce cris, au fond. Après toutes ces années, il était enfin libéré. Lui qui était muet, c’est maintenant toute sa vie, tout son souffle, tout son être qui fait vibrer ses cordes vocales. Et le monde hurle de joie avec lui. Enfin, c’est fini! Après ces âges, ses siècles, après tant d’attente, la paix, enfin, la paix!  Le long mécanisme à enfin  fini sa tâche ici, et il peut partir. Tout est à sa place.
Et Père à retrouvé Alexander.
Je me remet en marche. Je ne cours pas. Je n’ai plus de raison de fuir. Je ris. La petite gigote dan mes bras. Une petite main sort des langes. La petite pleure, et soudain, je pleure aussi. Je tombe à genoux, au beau milieux de la route bétonnée, recroquevillé autour du bébé.
J’avais tord. Ce n’est pas fini, elle est encore en vie elle. Elle ne l’a pas voulu.
Ce n’est pas fini.
Pas encore.

Chapitre 5

A peine ouvert les yeux, il vomit sur le sol gelé. Il ne savait pas combien de temps il s’était évanoui.
Sale.
Il se précipita sur son sac. Ses mains tremblaient. Il lui fallu s’y reprendre à deux fois pour l’ouvrir. Il sortit la bouteille d’eau et versa le contenu sur ses mains, qui bleuirent aussitôt. Il poussa un gémissement de douleur et les essuya immédiatement, souffla dessus pour les réchauffer.
Il resta là un long moment. Il avait l’impression de déjà avoir vécu cette situation. Il haïssait ces rêves qu’il faisait de plus en plus souvent. Il ignorait combien de temps il avait ces cauchemars, mais il aurait souhait que tout cela resta dans le néant. Quelque chose de bien plus terrible était en train de le rattraper. Il le savait, mais il ne savait pas ce que c’était. Un moment, il se demanda ce qu’un enfant comme lui avait pu avoir fait au monde pour mériter ça, puis il sourit. La question était idiote, et la réponse trop simple.
Il leva les yeux et regarda tout autour de lui. Il n’y avait rien dans la pleine, rien sauf un arbre mort dont les branches veineuses aspiraient goulûment l’énergie céleste. Elles pulsaient, agrippées au ciel comme des ventouses noires, majestueuses dans leur dépouillement.
Il savait où était la petite. Il le savait à chaque instant. Il se remit à courir. Il aurait aimé dire qu’il n’avait jamais couru aussi vite, mais il l’ignorait. Il se rendait compte en courant qu’il y avait beaucoup de choses qu’il ne savait plus. Mais la petite, oui la petite il savait où elle était, il en était sûr.
Il entendit un grondement, un éclat de tonnerre soudain et puissant. Le dôme s’était fendu, et le monde s’écroulait sur lui-même.
Mais il ne s’en occupait pas. Il l’avait vu, à quelques dizaines de mètres de lui. L’entrée de ce bunker, qu’il avaient surnommée avec ironie “cabanon”. Il voulait donner l’impression à la petite qu’elle pouvait vivre dans un arbre, dans une cabane de bois en toute sécurité. C’était une forme de jeu cruel mais nécessaire pour elle.
Le ciel vomissait des trombes d’eau. En quelques secondes, le jeune homme évoluait dans un clair-obscur crépusculaire, trempé. L’eau gelait sur ses vêtements. Les vêtements collaient sur sa peau.
Il continua à avancer, tant bien que mal. Il était condamné s’il restait là.

***
Ça fait longtemps que je marche. Trop longtemps peut-être. les autres disaient que si on restait dehors trop longtemps, on finissait par se perdre…
Et se sont eux qui se sont perdus, perdus dedans.
Alors je continue d’avancer, tant que je le peux encore. La petite gigote dans mes bras. Elle a faim, elle a tout le temps faim. C’est un petit estomac sans fond, cette petite. Je l’ai appelée Émilie. Je ne sais pas trop pourquoi. Je crois que c’était le nom de l’autre. J’espère qu’elle aura un rire plus supportable.
Cela me fait rire.
Je dois atteindre la bunker. Nous l’avons vu lorsque nous étions passés, quelques moi plus tôt, avec… j’ai oublié son nom, mais peu importe. Depuis je ne sais combien de temps, j’ai trouvé un genre d’enregistreur dans ce qui a été une habitation, alors je m’enregistre. Comme ça, la petite aura des souvenirs de ses premières années quand elle saura comprendre les mots.
Moi je ne les aient jamais bien compris, les mots.
Mais pour cela, il faut qu’elle survive. Cette idée frappe à nouveau mon esprit. Vivre, vivre, c’est une tâche si complexe.
Et puis il faut trouver à manger, c’est important. Il faut trouver de quoi nourrir ce petit estomac, et l’autre estomac. L’autre est plus exigeant.

***

Il se précipita sur l’ouverture du cabanon.
“J’ai froid”
Il avait eut raison. Elle était là, les lèvres bleues, emmitouflée dans ce manteau beaucoup trop grand pour elle. Elle grelottait.
Ses yeux, ses yeux ne voyaient pas, ils étaient blanc, comme le gel dans ses cheveux, comme sa peau laiteuse là où le gel ne l’a pas mordue. Il se jeta sur elle et la serra dans ses bras, la consolant tant qu’il le pouvait. Elle devait vivre, elle devait continuer à être heureuse, comme avant, l’hiver, dans le cabanon.

***

La douce chaleur envahit mon corps. Il n’y a décidément rien de mieux que le chocolat pour passer l’hiver. Le visage de la petite avait été envahi de joie lorsque nous l’avons trouvé au fond des cartons de réserve. Au fond. Nous avions eut si peu de difficultés pour atteindre le fond de la pièce. Depuis combien d’années ces réserves nous avaient sauvés?
Elle m’a demandé de sortir, au printemps prochain. De sortir, plus loin. Je ne sais pas trop quoi en penser. Nous ne pouvons pas rester enfermés ici indéfiniment. Les murs commencent à être menaçants. Ils en savent trop. Et elle a besoin de voir ce qu’il y a dehors.
Mais elle ne sait pas. Elle ne peut pas s’imaginer. Même devant les faits, même devant le monde, même en plein hiver, elle ne pourra pas s’imaginer. J’y veillerait.
Je soupire. Je dois la protéger. Il se l’est promis il y a des années de cela.
Il?
Cette enfant doit rester en vie. Pour cela, il doit préparer des vivres, il doit trouver de la nourriture, et préparer leur retour. Il lui faudra faire attention au gel, pour rentrer avant l’hiver, pour ne pas être pigé, piégé piégé dans la neige comme ils l’étaient dans cet endroit, avec ces murs qui écoutent depuis longtemps, trop longtemps.
Il?
Je me lève et prends un vinyle. Nous auront juste assez de vivres pour tenir jusque là. Je le pose dans le vieux tourne disque. Une douce mélodie s’élève, joyeuse, dansante. Il n’y a pas beaucoup d’instruments. Elle est légère…
Juste assez.

***

Les doigts de la petite étaient dans un sale état. Un instant, il crut même qu’ils étaient morts. Mais il n’avait pas le temps de les réchauffer, il n’avait pas le temps de s’attarder près de la petite. Ton son être voulait rester après d’elle. Mais elle devait vivre, elle devait vivre et pour cela il devait la sauver.
Un vacarme infernal les entourait.
Il ne pouvait pas ouvrir. Le clé n’était plus à son cou depuis longtemps, perdue lors de leur première fuite. Perdue à cause des Sans-Âmes.
Il se mit à frapper les loquet. Il sentait ses membres s’engourdir, mais il ne devait pas s’arrêter, il continuait à frapper avec son pied pour briser la glace luisante. Chaque coup était plus douloureux que le précédent.
Il frappait et frappait encore dans le froid glacial, le bruit de ses coups et de sa fureur mêlés se fondant dans le concert céleste. Il lui semblait donner des coups de titans, mais la glace restait insensible. Des trombes d’eau tombaient sur se tête, martelaient ses membre. Et cette eau se transformait elle aussi en glace. Il n’avait aucun répit. IL ne voyait plus la petite, assise pourtant à moins de deux mètres de  lui.
Elle ne bougeait pas, elle ne bougeait plus, il le savait.
Il ne pouvait pas la perdre.
Ses coups redoublèrent. Il frappait comme la grêle le frappait, il frappait comme l’éclair frappait la terre, la déchirant dans un hurlement, il frappait, il heurtait, il hurlait, se déchaînait contre cette porte glacée. Le sol trempé se transformait en boue sous ses pieds, le faisait glisser, tomber, mais il se relevait et frappait, frappait encore avec tout son corps, avec tout ce qui lui restait de muscles, de nerfs, de tendons, d’âme.
Il frappait à présent avec son couteau, ce couteau qui transperçait si bien les chairs n’égratignait pas même la glace. Alors il prit une pierre, qui se brisa, mais lui se se brisait pas.
Au dessus de lui, le dôme monstrueux continuait à vomir des flots sans fin. Le monde crachait à travers cette plaie béante, et déversait son horreur gelée sur lui, sur la petite, sur tout ce qui vivait encore.

***

« Dis, c’est bientôt le solstice! »
Je souris. La musique rythme mes gestes alors que je cuisine. La petite, entrée en trombe, sautillait sur place.
« Dis-moi, combien de fois t’ais-je dit de ne pas courir dans ce couloir? »
La petite était toujours excitée pour le solstice d’hiver. Cette fête avait survécut à la Chute. Ils se souvenait de l’avoir faite avec… Le vieilles habitudes… Quoiqu’un instant d’espoir ne fait de mal à personne, surtout quand il n’y a plus personne à qui faire ce mal.
La joie de la petite était communicative.
Je lâche mes instruments, m’essuie les mains et me dirige vers un carton que j’ai caché sous la table basse de la pièce principale. Je tends la boîte à la petite.
Le sourire étincelant qui se peint sur son visage me réchauffe le cœur. Ses yeux scintillent. Elle ne sait pas a quel point elle est loin d’être celle de nous deux à être la plus soulagée par ce moment.
Elle sort avec précaution les pots de peinture, les pinceaux, et les pose en cercle autour d’elle, avec des gestes lents et minutieux.
« Tu pourras dessiner des oiseaux, en attendant de les voir. »
Elle lève la tête, surprise, puis bondit et me serre dans ses bras. Je n’aime pas vraiment ça. Je ris.
« Nous sortirons! »
Elle répète cette phrase en boucle, tournant dans tout les sens, sautillant un peu partout, éclatant de rire. Ce rire là est doux à mes oreilles.
Je me dis pour la première fois, pour la toute première fois, que nous avons peut-être une chance.

***

Dans un bruit tranchant, la glace éclata enfin en morceaux, libérant le loquet.
Il sentit quelque chose le piquer sous l’œil.
D’un geste puissant, il ouvrit la trappe.
Il lança son sac au bas de l’échelle, se retourna et pris la petite dans ses bras. Elle était froide. Il la cala sur son dos. Elle ne bougeait plus, elle était molle comme un pantin abandonné, aussi légère qu’une plume. Depuis quand était-elle si légère?

Chapitre 6

La petite est malade.
Je suis inquiet. Je ne sais pas comment l’aider. Je ne peux pas me battre contre sa maladie. Je ne peux pas lui mettre un couverture sur les épaules et la prendre dans mes bras pour tout arranger. Je ne peux pas courir. Elle est tombée, et elle est tombée malade. J’aurais dû faire plus attention. Ma vigilance a faibli.
Il y a encore un petite tâche de sang là où elle est tombée.
L’écran en face de moi reflète mon visage. Il ne fonctionne plus depuis des années, mais avant on pouvait voir tout le bunker et même l’extérieur ici. Les lecteurs fonctionnent encore, eux.
Je soupire et m’enfonce dans le dossier du fauteuil. La pièce est sombre, uniquement éclairée par le faible halo d’une veilleuse. Je n’ai pas dormis depuis des jours. Ce n’est pas que je ne veux pas dormir. C’est les murs. Ils se resserrent un peu. Et la petite, je dois la surveiller. Je ne sait pas comment la soigner, mais je ne peux pas me résoudre à la laisser seule.
Elle dort dans la pièce à côté.
Nous commençons à manquer de vivres. Je n’ose pas aller vérifier les réserves.
Elle ne doit pas savoir. Elle va guérir, elle ira peindre des oiseaux chatoyants sur les murs, elle mettra cette belle robe que je lui ait offerte pour le solstice. Et elle viendra dehors avec moi. J’ai hâte de na plus avoir à arpenter le monde seul.
Mon esprit tourne trop, lorsque je suis seul.

***

Il s’engouffra dans le trou de l’entrée, et referma la trappe dans un classement sec. En un instant, le silence se fit.
Il tremblait de tout son corps, penché en avant pour que la petite ne tombe pas au bas de l’échelle. Il descendit prudemment, échelon après échelon. Il était déséquilibré. Il avait l’impression que le vent le poussait toujours, que la grêle frappait encore sur ses membres.
Mais il n’était plus là, ce vent.
Il était à l’abri à présent.
Il crut plusieurs fois que ses mains allaient lâcher. Du sang gouttait depuis les barreaux, mais il tenait bon.
La petite ne bougeait toujours pas.
Il serra les dents et de cramponna du mieux qu’il pu. Plus qu’un. Il aurait voulu se laisser tomber sur le sol d’épuisement, mais il ne le pouvait pas. Il se mit à avancer comme il le pouvait, la petite dans les bras, à travers les couloirs dont les murs d’un gris si froid à l’origine étaient bariolés de peintures multicolores.
Il déboucha enfin dans la pièce principale, le souffle court. La petite était molle dans ses bras, la tête renversée en arrière.
Il la déposa sur la couchette qui servait de canapé à la pièce principale, et, les mains tremblantes lui retira son manteau qui était trempé et enroula la petite dans des serviettes.
Bien qu’il fut lui même habitué aux douleurs de l’hiver, son esprit refusait de comprendre ce qui était en train d’arriver à la petite. Elle respirait, mais ces doigts avaient pris une couleur légèrement bleutée.
Elle devait vivre.

***
Je m’ennuie, définitivement. Je n’arrive à rien faire. L’idée obsédante de la petite blessée, souffrant dans son petit lit, m’empêche de réfléchir. Je tourne comme un lion en cage, de la pièce principale à sa chambre, de sa chambre à la réserve. Je passe des heures à regarder cette tâche de sang, là où elle est tombée. J’ai l’impression d’avoir échouer.
Il va lui falloir des médicaments. Il va lui falloir des soins. Je ne sais pas où en trouver, je ne sais pas même quoi trouver.
J’ai eut beau cherche dans tout le cabanon, parmi tout les livres, je n’ai rien trouvé qui puisse m’aider. Aucun médicament, aucune information. Je me sent perdu, mais je dois faire quelque chose parce que sinon, a quoi bon ?
J’ai le tourni. Mais mon corps a besoin de marcher. Il a besoin de courir. Mon souffle s’accélère sans même que j’accélère, alors je me met à courir, sans but, d’un bout à l’autre du bunker, elle n’a pas le droit de mourir, je ne peux pas la laisse mourir, non, non, pourquoi ma tête tourne, pourquoi est-elle tombée, elle ne devait pas tomber, tout allait si bien et j’avais eut raison, oui bien sûr moi seul pouvait m’occuper d’elle, la protéger, oui mais de quoi ? Ha oui, des Sans-Âmes, c’est cela, oui,mais elle ne devait pas se faire mal…
Elle est si fragile, enfoncée dans ses couvertures. Ses bras ressemblent à de la dentelle. Ici, dans sa chambre, ça sent l’immobile. Je n’aime pas cela, parce que mon corps veut courir. Mais ma tête, elle, elle veut reste et regarder ces membres de diaphane, vérifier s’ils bougent encore, si leur délicatesse ne les a pas brisés.
Son souffle est régulier. Ses cheveux, étalés en auréole autour de sa tête, en désordre, ne m’ont jamais semblé aussi sombres, presque bleus.
Je reste là, indécis.
Je reste là.

 

***

 

Elle a de plus en plus mal, il le sait
Il avait eut raison, non? Il avait eut raison et elle se réveillerait , et tout serait bien.
Il frottait frénétiquement les cheveux de l petite avec un linge, et ses doigts aussi.
Tout ça pour finir ainsi, non, non, il ne pouvait pas le permettre, c’était injuste, c’était mauvais et les autres ne seraient pas contents, et il aurait tord.
Il courut allumer les chauffage, le mit au maximum qu’il pouvait oser sans risquer de consommer tout l’énergie en stock ou de le faire exploser.
Il se précipita vers la pièce principale. Laisser la petite seule même un instant l’angoissait. Mais elle était là sur la couchette, elle n’avait pas bougé.
Il s’assit à ses côtés, ferme les yeux et soupira. Il pouvait voir le mouvement de sa respiration. Elle était endormie. Ils n’auraient jamais dû sortir. Elle n’était pas prête pour cela… Mais elle avait vu, elle avait senti ce qu’était le monde. Il ne savait plus quoi penser.   Mais un jour, lui aussi allait disparaître, alors il fallait qu’elle sache où trouver de la nourriture, où trouver de quoi vivre et surtout quand sortir.
Il frissonna. Il n’était pas sûr que dans quelques années, quiconque puisse vivre au dehors, même pour peu de temps. Il n’avait jamais été autant poursuivis par les Sans-Âmes. Mais peut-être que c’était parce que la petite l’accompagnait. Il avait pu être moins prudent.
Alors, la petite devrait rester ici. Ce n’était pas plus mal. Elle n’avait pas encore tout vu, et il y a des choses qu’elle ne devait pas savoir. Il avait pris soin de ne pas l’emmener trop loin à l’Est. Il y avait là bas des fantômes qu’il ne voulait pas même imaginer.
Mais de quoi avait-il peur? Il avait eut raison, il le savait, et si elle savait ce qu’il avait fait, elle en serait heureuse et elle sautillerait partout en le félicitant de sa bravoure. Mais il ne voulait pas lui en parler… trop jeune, oui, c’était cela. Elle était encore trop jeune. Un jour elle pourrait comprendre, mais maintenant, elle devait rêver, rester une enfant tant qu’il pouvait le permettre. Et puis, ils avaient le temps.
Sur le mur en face de lui il y avait un des oiseaux qu’avait peint la petite. Il n’était pas fini. Il se souvenait pourtant qu’elle l’avait fini juste avant de partir au début de l’été dernier. Les ailes manquaient, et le tête n’était pas finie…
Il entendit le générateur s’éteindre dans un grondement sourd, plongeant tout la pièce dans une obscurité opaque.
Il ferma les yeux.
L’hiver allait être long.
Trop long.

Chapitre 7

J’entends la petite tousser, alors je ferme la porte de la salle de surveillance. Je n’ai pas dormis depuis au moins deux nuits. Ma tête tourne. Je m’affale dans le fauteuil et ferme les yeux.
Un cris strident résonne dans les couloirs.
Je sursaute. Mon cœur bat la chamade. Je sais que personne n’a crié, mais je n’arrive pas à me résonner. Tout est silencieux autour de moi, et ce silence est plus oppressant que tout ce qui aurait pu pousser ce cris.
Un cauchemars. Je me suis simplement endormis, et j’ai fait un cauchemars, ce n’est que cela. Pathétique. Je me sent faible. Je me sais tremblant.
Il faut que je m’occupe l’esprit.
Je regarde autour de moi. Je me dis que je n’ai jamais tenté d’écouter une des cassettes conservées sur les étagères. Père refusait de me parler de ce qui c’était passé avait ma naissance. Il y avait trop perdu. Je crois que même s’il l’avait voulu, il en aurait été incapable. Je me demande ce qu’il devient, là dehors. Je ne me souviens même plus de comment nous en sommes venus à nous séparer, mais il devait y avoir une raison logique…
J’attrape un des cartons, en prenant soin de choisir celui qui est annoté comme étant le plus ancien. Le prends une des cassettes et la met dans le lecteur.
D’une main tremblante, j’appuie sur le bouton de lecture.
Le lecteur émet un chuintement, puis j’entends un voix. C’est celle d’une femme, grave, presque rauque, très calme. Je me rassoit, met les pieds sur la table et écoute.
Après tout ces cassettes ont été stockées ici pour une raison.
Après tout j’ai bien le droit de savoir.

“Mon nom est Harmenn Maria. Je suis la scientifique en charge de cette unité. Mon groupe est arrivé ici il y a moins d’une semaine, à l’approche des phénomènes climatiques que nous appelons la Grande Gelée. Nous sommes partis de la capitale, à l’Est, qui est donc maintenant totalement déserte. Les phénomènes qui nous ont mis dans cette situation ont commencé à être enregistrés il y a un peu moins d’un siècle de cela, et ont pris de l’ampleur dans les dernières années. D’après mes calculs, aujourd’hui seul un quart de la population reste en mouvement, un tiers seulement à survécut. On peut noter en parallèle des changements environnementaux une métamorphose drastique des comportements humains, en parallèle avec le déclin de la masse démographique…”
Le jeune homme sentit ses yeux se fermer lentement. Ces paroles n’avaient pas de sens à ses oreilles. Il n’entendait que de vagues échos, des modulations derrière ses paupières.
“… un membre du groupe, m’a dit se sentir mal. Il dit se sentir poursuivi. On peut supposer que cela est dû au danger constant et aux différents traumatismes qu’il a subis. Hormis ce symptôme particulier, il ne présente aucun signe de maladie physique ou mental. Elle est toujours sociable, du moins autant qu’il l’a toujours été. Ce petit parle eu, et quand il le veut, semble en être incapable, ou en est empêché par ceux qui s’occupent de lui…”
La voix de la femme résonnait contre les murs, jusque derrière lui, se répercutant contre le mur, de plus en plus déformée, jusqu’à produit des sons indistincts, plus graves, comme si le bâtiment lui même grinçait, murmurait.
Je n’écoute plus depuis longtemps. Je tente de réfléchir. Quelque chose me gêne. Un bourdonnement dans mes tempes, un son aigu au fond de mes oreilles, une douleur à la poitrine, une sensation derrière mes paupières.
Mon souffle s’accélère. Je n’ose pas ouvrir les yeux. Je sais que c’est faux, mais devant moi je sens quelqu’un. C’est là, j’en suis sûr, et il faut que j’ouvre les yeux pour le voir, mais alors il me verra, oui il ne peut me voir que si j’ouvre les yeux, c’est cela, je le sais. Je sent mon cœur battre dans ma poitrine, me remonter dans la gorge. Je ralenti ma respiration. Il ne doit pas savoir que je suis éveillé. S’il le voit, alors…

***
Il réchauffait la petite depuis des heures maintenant, mais elle semblait aller mieux. Ses doigts n’avaient pas été atteints en profondeur. Elle vivrait, et elle vivrait entière.
Rien n’aurait pu plus le soulager. Ils étaient à l’abri à présents, dans le bunker. Les lieux étaient confortables: ils avaient mis des années à l’aménager. Un lieu de protection transformé en vrai nid douillet.
Il savait qu’il lui faudrait ressortir, il lui faudrait rechercher de la nourriture. Mais pour l’instant, ils étaient sauf.
Une fois qu’il fût sûr que la petite pouvait se débrouiller par elle-même, près du chauffage et enveloppée dans tellement de couvertures que seul le bout de son petit nez d’enfant en dépassait,    Il partit vers la réserve, pour inspecter les stocks.
La réserve était tout au bout  du couloir central qui menait, depuis la pièce principale, à toutes les autres salles du bunker. Les murs, autrefois gris, étaient peinturlurés de couleurs vives et éclairés par des guirlandes qui diffusaient une lumière tamisée, plus douce que les néons puissants au plafond. C’était chez eux. La petite avait dessiné de petits oiseaux un peu partout. Il ne savait pas pourquoi, mais ces petits animaux avaient été sa passion avant même qu’elle n’en voit en réalité. Elle avait dû en observer dans un livre d’images, et elle les avaient reproduits. Elle avait un certain talent, et ces peintures éclairaient les murs de joie. Elle avait fait entrer les beautés du printemps dans le lieu de l’hiver.
Il prit une grande inspiration. Il aimait l’odeur du bunker, c’était l’odeur de la sécurité. Ils n’avaient pas assez de vivres. Mais ils y arriveraient.
Il commença à compter mais un bourdonnement dans son oreille l’empêchait de se concentrer. Il se prit la tête dans les mains, et se colla contre un mur, roulé en boulé. Quelque chose frappait dans sa tête.
Le bourdonnement devint très aiguë, distinct, comme un voix. Il se releva en panique, et couru jusqu’à la pièce principale.
Le tas de couvertures était toujours devant le chauffage, immobile. Le jeune homme s’en approcha lentement. Ce tas de couverture lui semblait être un danger. Il avait à la fois peur de ce qu’il trouverait dessous, et de ce qu’il ne trouverait pas.
Il tira la couverture d’un coup sec, angoissé, et se trouva nez à nez avec la petite, qui le regardait avec curiosité. Il remit la couverture. Il se sentait idiot. Il se rassit sur la banquette tremblant.
Juste une migraine. C’était juste une migraine, de celles qui provoquent tant de douleur qu’elles font  trouver n’importe quel leurre à celui qui en souffre. Il n’y avait rien à craindre, et la petite était sauve. Peut-être qu’un tuyau avait grincer, provoquant cette impression.
Il soupira. Il n’y avait rien à craindre, oui, vraiment, rien ne pouvait arriver ici. Il était en sécurité, et la petite était là, et elle le serait toujours. Après tout, il l’avait bien élevée, il l’avait protégée. Même lorsqu’elle était tombée malade, il l’avait sauvée, il avait trouvé des médicaments, des couvertures, il avait fait ce qu’il fallait. Cette maladie avait été terrible, et il en avait lui-même ressenti les symptômes. Il ne savait pas ce que c’était. Mais il l’avait vaincue.
Il retourna dans la réserve, y prit des friandises, et les donna à la petite. Ensuite, il se dirigea à la salle de bain. Elle était grande, froide: c’était le seul endroit que l’on ne pouvait peindre. Le miroir était recouvert d’un tissu noir, opaque, depuis qu’il avait été brisé, bien des années auparavant. Il retira ses couches d’habits sales, trempés, rigidifiés par le gel à certain endroits, et alluma l’eau. Il ne pourrait plus les porter, ils étaient trop abîmés. Ils ne le protégeraient plus du gel, les années suivantes. Il était étonné. Ces vêtements n’auraient pas dû s’abîmer si vite, même sous la force des accidents qui lui étaient arrivés.
L’hiver était tombé très vite, et avec une grande puissance cette année. Il avait eut de la chance de s’en sortir. Il avait eut de la chance que la petite s’en sorte.
Il avait maigri. Lorsqu’il bougeait, il pouvait sentir ses membres frôler ses côtes, beaucoup trop visible sous sa peau. Le carrelage avait une sensation agréable sous ses pieds, engoncés pendant des jours, des semaines, de mois dans de vieilles chaussures de cuir déformées.
L’eau ruisselant sur son visage lui faisait un bien fou. Il commençait à se sentir propre, et réchauffé.
Mais le bourdonnement ne voulait pas partir. Il l’entendait même par dessus le bruit de l’eau. Il lui semblait que l’eau claquait, dans un bruit métallique sur le carrelage.
Le froid avait dû endommager ses oreilles.

***
La petite est toujours dans son lit. Mes yeux sont fixés sur elle. Elle est si belle. Elle dort toujours. Elle ne bouge, très lentement. Ella a eut mal toute la nuit. J’ignore quand elle sera guérie, mais au moins elle est en vie, et c’est ce qui importe. Bientôt, elle se lèvera et elle pourra remarcher.
Je n’ai pas envie de la quitter des yeux. J’ai peur qu’elle disparaisse, si je ne la regarde plus. C’est puéril, mais elle est la dernière chose qui me reste, la dernière chose à laquelle je peux me raccrocher. Sans elle, je ne pourrais pas continuer, je le sais, et je penses qu’au fond elle le sait aussi. Sans cela, elle aurait déjà abandonner. Au fond, si l’un de nous partait, il emporterait l’autre avec lui. Quelle ironie, puisque nous ne sommes plus que deux !   J’aime à croire qu’il reste encore d’autres gens, là dehors, qui attendent, qui marchent, qui sait, peut être même qu’ils ont un abris durable, une communauté, une ville.
Je sais que cette simple idée aurait dû e faire rêver, que j’aurais dû tout faire pour les rejoindre. Mais je ne veux pas, je ne peux pas. J’ai peur, au fond. Ils ne sont pas comme nous. Ils ne comprendraient pas, j’en suis sûr. Ils n’avaient jamais compris.
La petite se retourne et me fixe de ses grands yeux noirs. Ses pupilles sont dilatées. Elle en dit rien. Elle a mal. Moi aussi, j’ai mal, mais pas dans mon corps.Je ne peux rien faire pour elle, rien faire du tout. Je lui ait donné tout les médicaments qu’elle pouvait prendre, fait tout ce que je connaissais pour apaiser la douleur. Je ne peux rien faire, et elle me supplie du regard.
Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression que ce n’est pas tout à fait moi qu’elle regarde.

Chapitre 8

Il préparait la chambre de la petite. Il étendit le drap blanc sur le vieux matelas gris et délavé.
La chambre de la petite était probablement la pièce la plus joyeuse de tout le bâtiment. Des veines de couleur couraient le long des murs, sur les tuyaux, en arabesques lumineuses, coupées à certains endroits d’oiseaux qui semblaient s’envoler de ces fils tressés. Il lui semblait que leurs ailes battaient. Il lui semblait entendre leurs piaillements. Il lui semblait entendre leurs petites pattes toquer contre le bois de la table de nuit, de l’étagère, contre le métal des canalisations, de ce son tintinnabulant des petites cloches que l’ont met au vent.
Il sourit. Oui, c’était ce genre de talent qu’avait la petite. Il pensait que ce n’était pas qu’un talent. Elle était cet été qu’elle dessinait partout, elle était solaire. Si l’humanité devait renaître un jour, il voulait qu’elle soir comme elle.
Il soupira. Cela n’arriverait jamais. Il ne le voulait pas même. Il n’était pas assez arrogant pour croire qu’il avait ce droit là.
Il posa la couverture de laine sur le matelas.
Quelque chose attira son regard.
Il s’était trompé de drap : celui-là était sale. Il avait une grosse tâche sale au niveau de sa tête. Elle s’étendait, cette tâche. Elle était sombre, presque noire. Il ne savait pas comment il avait fait pour ne pas la voir. Il arrache le drap. La tâche risquait de détremper le matelas.
Il étendit le drap devant lui. Il était propre.
Il ferma les yeux un instant.
Une fois le drap remis, il alla se passer de l’eau sur la figure. Il retourna dans la pièce principale.
La petite était sortie de ses couvertures, et avait enfilé ses vêtements d’intérieur. Elle jouait avec une petite poupée qu’il avait rapporter, peu de temps après avoir trouvé cet endroit, lors de l’une de ses premières excursions. A cette époque, il y avait encore de nombreuses maisons d’avant la Chute qui étaient restées à peu près intactes. Il y a des années qu’il n’en avait plus vu.
La petite poupée virevoltait dans les mains de l’enfant. Elle était encore en bon état, sa petite robe bleue n’était ni abîmée ni salie, et les petits fils qui constituaient sa chevelure rousse n’étaient pas emmêlés. La petite prenait un soin tout particulier à ce que ses jouets soient toujours beaux et bien traités, comme si elle avait dans sa chambre un troupeau de petits animaux fragiles qui n’attendaient que de tomber malade.
Elle riait.
Maintenant qu’il y réfléchissait, il n’avait jamais vu la petit pleurer, il en était presque sûr. Elle riait sans cesse, même maintenant qu’elle avait vu le dehors, elle continuait de jouer, de danser avec cette grâce qui laissait penser au jeune homme que dans un autre vie elle avait dû avoir des ailes.
Il avait cessé de compter les années, il n’en avait plus besoin. Elles n’avaient plus lieu d’être, mais il regrettait de ne plus pouvoir fêter d’anniversaires : c’était de ces occasions spéciales de faire plaisir à l’enfant qui lui manquaient. Il se dit qu’il faillait réinstaurer des jours dédiés à la fête, à la joie, où il ne penserait à rien d’autre.
Il sortit les plats et le réchaud, et commença à préparer le repas. Il devait faire attention aux quantités, alors il décida de séparer les portions par deux. De toute manière, il ne fallait pas qu’ils mangent beaucoup après des mois de régime frugal.
Ils s’assirent tout deux, l’un face à l’autre. Le jeune homme se mit à manger goulûment. Malgré ses propres recommandations, il ne pouvait s’empêcher de vouloir remplir son estomac resté trop longtemps vide.
Lorsqu’il releva la tête , il vit que la petite n’avait pas touché à son assiette. Elle restait assise à le regarder.
« -Mange ! »
Elle fit non de la tête.
Elle devait encore se sentir mal, se dit-il. Il ne pouvait jeter ce que la petite avait laissé, et s’il la remettait dans sa boîte elle pourrirait très vite, alors il prit son assiette et la dévora presque aussi vite que la sienne.
Il se leva en silence, et parti laver les plats.
La petite se remit à jouer sur le sol, près du chauffage.

 

***

 

J’ai essayé de laver la tâche de sang sur le mur, mais je n’ai réussit  qu’à l’étaler un peu plus. J’entends la petite gémir dans sa chambre, à quelques mètres seulement de moi. Je ferme les yeux, j’essaie de na pas l’entendre. Elle va de plus en plus mal.
Je frotte le mur depuis des heures, mais le rouge sombre y reste imprégné. Je n’arrive pas à l’effacer. J’ai utilisé tout les produits que j’ai trouvé dans le bâtiment, mais il n’y a rien à faire.
Les gémissements de la petite me font frissonner.
Je continue à frotter, avec plus d’ardeur. Mon éponge est filée, détruite par les frottements.
« S’il te plaît… j’ai mal … »
J’ai envie de hurler. Je ne peut rien faire pour elle. Je ne peux rien faire pour elle. Elle le sait, mais elle ne peut pas s’empêcher de supplier. Pourquoi ? Je n’ai rien, je ne peut rien faire…
Et puis, elle ira mieux. J’ai lu quelque part que les symptômes des maladies n’étaient jamais si fort que lorsqu’elle s’apprêtait à disparaître.  Ça ne pouvait être que ça…
Je n’en peut plus. Je vais m’enfermer dans le bureau. Dans la petite pièce, toutes les cassettes sont éparpillées sur la table devant la machine, sur le sol, sur les étagères. Je n’en ait écouté aucune. Je voulais savoir, mais je n’arrive pas à trouver le sens des mots sur ces cassettes.
Je ferme la porte et m’enfonce dans le grand fauteuil. Ici, la voix de l’enfant est  atténuée.
Je ne sait même pas comment elle a fait pour glisser. j’avais pourtant tout sécurisé depuis des années. Cela n’aurait pas dû arriver. Je suis le seul à pouvoir s’occuper d’elle. Et je n’ai rien pu faire.
Mais elle irait mieux, oui, c’était obligé.
Elle se met à hurler.
Ses cris résonnent dans le couloir, contre les murs, dans ma tête.
Mon cœur se met à battre si fort que mes mains tremblent.
Je me précipite dans sa chambre.

***
Il lui dit d’aller prendre un douche. Elle n’y va jamais par elle même.
Elle soupire, mais obéit.
Lui, il reste dans la pièce principale, sur la banquette, à côté de la porte qui mène au couloir.. Il tient un livre à la main mais ne le lit pas. Les mots glissent sur ses yeux.
Les tuyaux émettent un son grave, régulier. Elle est bien dans la salle de bain. Il ne sait pas pourquoi, mais cela l’angoisse.
Il y a quelque chose dans le coin de son œil. Il n’ose pas tourner la tête. Il le voit, il le sent. Une silhouette.
Ses oreilles bourdonnent.
Le son sourd des tuyaux lui semble insupportable. Il ne peut pas tourner la tête. La peur le paralyse. Ses yeux restent fixés sur les pages, sa vision se trouble.
Il a mal dans tout son corps. Il lui prend l’envie irrépressible de bouger. Chacun de ses muscles est tendu, mais il reste immobile. Il a peur.

Chapitre 9

La petite ne cesse de hurler. Elle se plie dans son lit, tenant sa blessure, agrippant les draps. Elle hurle si fort que des larmes me montent aux yeux. Le la pend dans mes bras, je tente de la calmer. Elle est en sueur. Ce n’est pas possible, non, non , elle doit vivre. Ses cheveux sont collés sur son front. Elle est bouillante.
Elle hurle, elle hurle si fort.

***
Il entend la petite courir dans le couloir. Il a envie de se lever, de hurler qu’elle ne doit pas s’approcher, qu’il y a quelque chose là, mais il ne le peut pas. Il ne peut pas bouger. Il entend ses pas rapides dans le couloir, il sent leurs vibration. Puis un cri, et un choc.
Il se lève d’un bon.

***

Je ne comprends pas, pourquoi, pourquoi est-ce qu’on en est arrivé là, elle doit vivre, enfin. Comment une chose si belle, si petite, si douce peut-elle souffrir autant ?
Je tente de la maintenir sur le matelas, mais elle se débat, elle hurle, elle convulse. Je cours chercher tout les remèdes que j’ai, dans la réserve. Les mains tremblantes, j’ouvre les boîtes, tente de lire les notices. La faim, la panique me troublent la vue. Je fais tomber plusieurs bouteilles qui se brisent sur le sol. Le bruit du verre me coupe les tympans.

***
Il n’y a rien à côté de lui, mais il entend la petite pleurer de douleur. Il s’élance dans le couloir. La petite n’est pas là. Il y a une grand tâche rouge sur le mur. Il entend ses cris, pourtant, qui résonnent dans sa tête, sans cesse, sans fin.
Il ne peut s’empêcher de toucher le rouge sur le mur. Mais ce n’est pas rouge. Ça l’a été, un jour oui, mais il y a bien longtemps.
Tout les bruits du bâtiment lui font tourner la tête. Il a l’impression d’être à l’intérieur d’un être vivant qui grogne, qui frappe.
La silhouette. Il la sent derrière lui.
Il court jusqu’à la chambre de la petite. Elle a dû se réfugier là, oui, il n’y a pas d’autre explication. La chose lui a fait mal et elle s’est cachée dans sa chambre.
Ses jambes tremblent mais il marche vers son but.

***
Je cours en sens inverse, pose en vrac sur le sol tout les médicaments, tente de trouver des anti douleur, des remèdes, des plantes que je sais guérisseuses. Il doit y avoir une solution, la petite ne va pas mourir, parce que j’ai eut raison, parce que moi seul peut la protéger. Je connais le remède, c’est là, dans ma tête, forcément, je vais le lui donner et dans quelques jours elle ira mieux, elle me remerciera, évidemment.
Alexander m’avait appris à soigner pourtant.
Alexander ?
Je ne sais ni qui est cette personne, ni pourquoi j’ai pensé à elle à cet instant précis. Je secoue la tête pour clarifier mais esprits, et je continue à chercher. Je tente de donner de l’eau à la petite, pour la rafraîchir, mais elle n’arrive pas à boire, elle refuse d’ouvrir la bouche, elle ne cesse de crier.
Tant qu’elle hurle, elle vit. Ses poumons peuvent encore se remplir d’air pour l’expulser ainsi, son corps à encore la puissance de produire ce vacarme.
Je continue à chercher.

***
Il ouvre la porte de la chambre à la volée. La petite n’est pas là non plus. Mais ses yeux se fixent sur le matelas.
La tâche est revenue.
Il se précipite dessus, la frotte de ses mains, non, non c’est impossible.
Il y a un son aiguë dans ses oreilles.
Il ne s’arrête pas, il s’amplifie. Il a l’impression que sa tête va exploser tant ses sons résonnent et se répercutent  en tout sens, chacun d’entre eux se mêlant au sifflement, le bruit de l’eau dans les conduits, du métal qui grince, du sang dans ses veines, du froissement des draps, du frottement de ses habits, de ses mains dans ses cheveux, des larmes coulant sur ses joues.
Un hurlement.

***
J’ai trouvé quelque chose, et je tente de la faire prendre à la petite, mais elle refuse encore d’ouvrir la bouche, et je n’ai pas assez de force pour l’y contraindre. Ses larmes se mêlent à sa sueur. Elle se redresse et se recouchent violemment, ses muscles convulsent. Ses mains grattent atrocement le bois du lit, encore et encore, brisant ses ongles, laissant de profondes marques.
Je la prend dans mes bras et la sert contre moi, la paquet, ce tout petit paquet, je lui murmure que tout va bien se passer, qu’elle va guérir, qu’elle ira dehors comme je le lui ait promis, qu’elle verra les oiseaux, que la douleur va partir dans pas longtemps, mais qu’il faut qu’elle prenne son médicament, mais elle ne m’écoute pas, ses yeux roulent dans leurs orbites, elle ne voit plus le monde, elle n’entend plus ma voix, mais moi j’entends ses cris, ils me font mal, si mal, et le plafond semble vouloir m’écraser, et je veux tant partir d’ici, loin, mais je la serre dans mes bras, tout contre moi…

***
Il se recroqueville au pied du lit, en position fœtale, il lui semble qu’il y a quelque chose de monstrueux ici, et la silhouette est là juste dans l’entrebâillement de la porte, elle le fixe, elle attend, grande et sombre, et il a mal, ce cris lui fait mal et il ne peut plus bouger, il sent le verre briser des petite bouteilles sous ses pieds, perçant ses genoux, et il gémit, il crie, il demande que ça s’arrête. Le bruit devient insoutenable. Il résonne dans son crâne, encore et encore, allant crescendo, emplissant l’air, faisant vibrer le sol, résonnant à travers ses os comme autant de coups de marteau. Il a mal.

***
Soudain elle cesse de crier, elle devient molle dans mes bras, sa tête retombe sur mon épaule. Non, ce n’est as possible, pas comme ça, j’ai eut raison, il n’y avait pas d’autre moyen, non, pardon pardon. Je glisse sur le sol, je pleure, je la serre dans mes bras, je la secoue, il faut qu’elle se réveille, et son corps glisse avec moi. Les petites bouteilles des médicaments se brisent sous moi mais je ne le sent pas, je la berce toujours, je veut qu’elle crie, mais tout est silencieux, et ce silence me brise, me brise les tympans, me brise l’esprit, il résonne à travers les couloirs, il résonne dans les pièce.
Le silence.
Le silence-mort.
***
Le silence me coupe le souffle, je me souviens, la petite n’est pas là, elle n’est plus là non, non, et la silhouette me regarde, alors je me lève, et ma tête me semble vide, et mes yeux pleurent, mais se ne sont pas mes yeux n’est-ce pas ? Non, si c’était moi elle aurait vécu, alors je vais dans la salle de bain, et je retire le drap sur le miroir, et il est là.
Son visage maigre, sa barbe longue, ses cheveux striés de blanc, ses rides creusées par tant de choses, ses yeux qui ressemblent tant à ceux de Père, qui ont maintenant le même reflet.
Ça, ce n’est pas moi, c’est impossible, c’est un mensonge, et ses yeux se voilent et mon esprit devient flou. Il tombe à genoux, et je pleure. Il ne veut pas être seul.
Elle ne peut pas être morte, non, tout mais pas ça, je donnerais tout pour qu’elle soit encore en vie, même un instant, et je sent son corps tomber contre le carrelage, et le silence, ce silence je veux le briser, il est comme une lame qui me perce, et je sais, pendant un instant, je sais qu’il est moi, que j’ai eut tord, que je ne pouvais pas la sauver,  je me souviens des autres, je sais qu’il n’y a rien dehors, rien que moi. J’ai si mal, mal partout, et il n’y a que le silence, et elle n’est pas là, et elle n’est plus là, elle n’est jamais sorti de ce bunker, je n’ai pas tenu ma promesse, elle n’a pas vu les oiseaux, pardon pardon, et ma tête cogne contre le carrelage, et tout devient noir.

Chapitre 10

Il ouvrit la trappe en souriant. Il faisait si beau dehors. L’herbe était verte, ondulante, l’air du printemps encore frais.
« Vient ! » dit-il à la petite. Il l’entendit courir jusqu’à lui, monter l’échelle à tout vitesse. Aujourd’hui était la première sortie à l’extérieur. Il savait qu’ils aurait quelques problèmes pour les vivres à la fin du voyage, vu qu’il avait l’habitude de ne prévoir que pour lui, mais il était confiant. Enfin, il allait parcourir le monde et il ne serait pas seul. La petite émergea de la trappe et regarda tout autour d’elle, émerveillée.
Il se demanda où était Père. Il aurait bien voulu qu’il voit ça, il aurait été si fière.
Il se sentait léger, malgré une petite bosse sur son front qui lui faisait mal. Il ne savait pas bien comment il se l’était faite, peut être en faisant les préparatifs du voyage. La petite le pris dans ses bras.
 » Merci ! » Dit-elle de sa voix d’ange.
Elle se mit à courir, à tournoyer en tout sens, à se rouler dans l’herbe. Il faudrait lui apprendre la prudence, car il avait l’intuition que plus il reviendrait vers le bunker, une fois la saison froide venue, plus ils seraient en danger.
Mais au moins, il avait eut raison.
Tout était calme autour de lui. La petite pouvait enfin entendre le pépiement des oiseaux, dans les arbres.
Et il était heureux, enfin il allait voyager avec quelqu’un. Enfin il ne serait plus seul à parcourir ces étendues sauvages. Il n’était pas le dernier homme à être vivant, il y a avait ce petit être qui courait partout, sautillait, plein de joie, plein d’énergie, plein de vie.
Elle resterait avec lui pour toujours.
Autour de lui, il n’entendit que le silence.

FIN

Ascendieu- LIVRE I- Chapitre 6

ASCENDIEU, CHAPITRE VI :

Trafic illicite et fantastique de produits merveilleux, drama et choux de bruxelles

 

L’inspecteur sorti de l’hôpital arborant un air troublé. Il monta dans ce qui ressemblait de manière générale à une voiture, mais qui aurait tout aussi bien pu être un amas de métaux hétéroclites, et, laissant par distraction son acolyte sur le trottoir, parti en direction du laboratoire pour faire analyser ce fameux dragibus rose, qu’il avait enveloppé dans un mouchoir de soi sur lequel était brodé les initiales du docteur.

Malheureusement, les scientifiques de la police ne réussirent pas à analyser la substance du mystérieux dragibus, décrétant que vu sa couleur rose, il devait provenir de quelque pet de licorne.

Désespéré, l’inspecteur s’assit sur les marches de manière mélancolique et pris un air tellement sombre, que la scène passa en noir et blanc et qu’on entendit un petit air de violon triste se jouer au loin. Il vit alors passer une personne. Il se redressa, voulut parler, mais aucun son ne sortit de sa bouche vu que la scène était toujours en noir et blanc. À la place, ce qu’il dit s’afficha en une sublime ligne de police Georgia :

 

Eh vous là vous traversez en dehors des clous !

 

Soudain, son acolyte surgit de nulle part, courut d’un air paniqué dans sa direction, poussa la petite mémé à qui s’était adressé la ligne de police Georgia, qui se fit percuter par un camion qui passait par là dans l’indifférence générale, on a pas idée de faire sortir les vieux pendant les saisons des amours des camions aussi, et, une fois arrivé près de lui, lui dit, entre deux halètements :

– Le magicien…. de l’Immeuble… il saura peut-être.

 

L’inspecteur fit mine de ne pas l’écouter, puis se leva soudain avec fougue, sur fond de coucher de soleil et de musique épique

   

*les membres de l’orchestre, qui se sentent surexploités, soupirent de concert*

*le staff applaudit ce jeu de mot de toute beauté*

*le patron agite des feuilles de licenciement aussi la musique reprend-elle*

 

et s’écria:

– Mais c’est bien sûr ! Nous devons aller voir le magicien, Johnson !

 

Et sur ces paroles d’une grande sagesse, il reprit sa voiture et laissa une nouvelle fois Johnson sur le carreau. Ce dernier fronça les sourcils et partit de son côté, ayant en tête des desseins d’importance… (On le retrouvera une demi-heure plus tard faire se combattre deux Playmobils aux effigies de gens de l’Immeuble avec un air boudeur)

 

Sur ces entrefaites, la caméra amorce un plan de malade sur la route, avec musique cool, lunettes de soleil toussa, tandis que la voiture de police de Fléau longe la mer, ses sirènes hurlant et assourdissant les mouettes.

   

*L’association de défense et de protection des mouettes s’insurge contre ces mauvais traitements*

 

Un petit porte-clés à l’effigie du docteur Pontidiscaffol dont on ne veut pas connaître l’origine s’agite sous le rétroviseur.

 

Il arrive finalement devant l’immeuble, sortit de la voiture au ralentit, remit une deuxième paire de lunettes sur ses lunettes tel un flic à Miami, et se dirigea tout droit ver la petite cour arrière où l’on pouvait voir un homme à quatre pattes, farfouillant avec… sa tête… dans la caillasse.

– Marcoius, je présume ? Inspecteur Fléau, de la police nationale. J’ai quelques questions à vous poser.

– BAWFRS POAJ ! (il avala sa bouchée de graviers) Vous marchez sur ma fluorite là.

– Oh pardon.

– Non, l’autre pied.

– Désolé.

– C’est rien, mais bon je les mâche ces trucs-là après, vous pourriez faire attention. Non mais vous vous rendez compte ? J’ai déjà voulu faire signer une pétition pour qu’on arrête de piétiner ma bouff… mon centre de recherches, mais personne ne l’a signé. Scandaleux, n’est-ce pas ?

– Mhmm oui effectivement. Dites-moi, j’aurais des question à vous poser à propos de… ceci, dit l’inspecteur en sortant le dragibus de son mouchoir d’un air dramatique, j’ai pensé que vous sauriez d’où il peut provenir.

 

Marcoius se jeta sur le “bonbon”, émerveillé par cette énième opportunité de faire  reconnaître ses talents. Il l’observa quelques secondes, yeux plissés, en marmonnant “Eh bien eh bien… un dragibus de couleur quartz rose… parfumé à la fraise. OH MON ASCENDIEU !…”

Soudain son visage avait pâli, il recula d’un air paniqué, se prit les pieds dans sa robe et tomba dans les graviers.

– Je… je ne peux pas vous aider, Monsieur, dit il en se relevant avec difficulté, je ne peu pas…

– Attendez…

 

Le magicien n’attendit pas et partit en courant vers l’immeuble, se jeta dans l’Ascendieu, bousculant ainsi le démon qui y fumait tranquillement un joint sur fond de musique méconnue à juste titre. Il appuya sur tout les boutons, et se rendit compte de son erreur, que bien trop tard : sous les coups répétés d’accords surentendus, sortis tout les étés par les mêmes groupes que personne n’aimait suivis des deux mots constituants à eux seuls l’ensemble des paroles, tels en fin de compte la meilleur playlist de l’été 2002, ses oreilles se mirent à saigner. Il y porta la main avec une grimace, et ne vit ainsi pas Fléau s’approcher, vivement mais silencieusement, de l’Ascendieu. Cependant, ce dernier ne se fit pas prier, et ses portes volumineuses claquèrent au nez du policier. Lequel des deux était le plus infortuné, difficile à dire. En tout cas, Marcoius était dans le pétrin, pour ne pas changer, et Fléau était coincé. Son regard se posa tout naturellement sur la porte des escaliers. Notre cher inspecteur n’avait connu que son bureau et son monte-charge. Il ne soupçonnait pas la vraie nature des escaliers. Mais à ce moment-là, Pontidiscafoll entra dans le hall de l’immeuble en boitant et lui cria de s’arrêter.

Le hall était particulièrement vaste, à tel point que les grooms invitaient parfois leurs cousins à venir y camper les soirs d’étés un peu trop chauds. Les murs d’un marbre blanc pâle, que les ans avaient épargné pour une raison inconnue, scintillaient sous le soleil de mars (ouais on est en mars (le vingt, pour être précis (il est 19h26, l’échéance APB est passée il y a une heure, les bacheliers pleurent, dehors c’est le printemps, les animaux les fleurs, dans les bois de Clamart on entend les clameurs des enfants qui se marient, etc), tandis que nos deux nouveaux protagonistes se contemplaient de part et d’autre de la salle.

Fléau se précipita pour rattraper le doc, qui avait utilisé toutes ses forces pour arriver dans le hall et s’effondrait. Il y arriva, juste à temps, le souleva et alla le déposer sur l’une des banquettes en cuir (le cuir, toujours le cuir) installées par le cousin au troisième degré du groom qui servait le café au 12è étage, et se mit à genoux à ses côtés. Tout en lui prenant les mains pour vérifier qu’il n’avait pas de fièvre, il observa le visage de son nouvel ami qui reprenait peu à peu confiance. Il était mince, d’un teint si pâle qu’il aurait fait la jalousie d’un cul de laitier, avec d’adorables yeux noirs en amande, cachés derrière ses petites lunettes rondes et les rides que lui apportait sa trentaine bien avancée. Ses cheveux mi-longs striés de fils argent s’étalaient sur les coussins avec plus d volupté qu’une courtisane de Louis XIV. Les mains du docteur étaient fines, et douce grâce à la non-utilisation de ses scalpels, faute de patient.

Le doc rouvrit les yeux, et Fléau se rendit compte que son visage était un peu trop près du sien, aussi il recula brutalement, se retourna pour cacher sa rougeur et toussota.

 

– Kessispace ? marmonna Pontidiscaffol, sonné.

– Vous vous êtes êtes évanoui, doc, dit Fléau d’une voix grave, ayant repris contenance.

– Et… vous m’avez sauvé ?

 

Il ne manquait que le “senpai” à sa phrase. Avant que Fléau n’ait pu répondre au doc, qui avait pourtant tout l’espoir du monde dans les yeux, deux hommes s’approchèrent d’eux. Leurs qualification d’”hommes” ne leur est par ailleurs donnée que par facilité, étant donné, qu’ils rassemblaient à peu près les proportions et les formes demandées, mais rien d’autre n’indiquait la présence d’une intelligence, ou même d’une âme.

 

– L’patron l’a entendu dire qu’tu fait des r’cherches alors y veut t’voir, dit l’un d’une voix qu’on pourrait facilement apparenter à celle de la dame de google traduction.

– Oui tu dois viendre avec nous, dit l’autre d’un ton tout aussi expressif.

– Venir.

– Pardon ?

– On dit “Venir”, pas “viendre”. “Viendre”, ça n’existe pas, je suppose d’ailleurs que c’est encore une de ces inventions du démon du wsh. Par ailleurs, je suis policier, je vous conseille donc de ne pas prendre ce ton là avec moi.

 

*Le staff tient à préciser qu’il n’est aucunement raciste envers la voix de google traduction, ni les wsh*

 

– Ouais bah hein hé.

 

Marek, qui crut que cet… énergumène… avait appelé Fléau bae, lui jeta un regard plus glacial qu’un… un congélateur. Froid.  Très beaucoup. A tel point qu’on entendit l’Ascendieu grincer.

Ouais le doc était très jaloux.  C’était pas un problème d’habitude,  vu que les seuls objets de sa possessivité étaient ses corbeaux.  Mais en l’occurrence c’était kk.

 

– Kestu mate toi ? demanda le premier google, qui avait remarqué le regard du doc (exercice assez aisé, puisque de ses seuls globes oculaires il avait fait baisser la température du hall d’une vingtaine de degrés).

– Laissez-le, ordonna Fléau d’une voix tendue. C’est à moi que vous en voulez, non ?

 

L’illettré eut un sourire mauvais.

 

– Maintenant suis-nous ou on va se nerver.

– S’énerv… oh et puis merde. Docteur, prenez soin de vous, lança-t-il par-dessus son épaule, comme à regret, je demanderai à un groom de vous raccompagner à votre appart…

 

 

En se retournant, il fut surpris de voir que le docteur avait sorti sa flûte (on sait à quoi vous pensez mais non hein (bande de sales)). Le regard de Pontidiscaffol était deter. En fait l’homme tout entier était déter, mais au vu de ses capacités, cela ne présageait littéralement rien pour la suite. Il colla ses lèvres contre le trou (BANDE DE DÉGUEULASSES JE VOUS VOIS RIRE JE VOUS ASSURE QUE SI VOUS CONTINUEZ, C’EST LE BONNET D’ÂNE ET AU COIN) et entama, sous l’air ébahi des deux lascars et le regard séduit de Fléau, “La lettre à Elise”. Le morceau même qui lui avait valu son bac mention flûte. Que voulez-vous, on avait déjà des profs aussi compétents que Gouniafié à l’époque. Seulement voilà: le temps du lycée était déjà bien loin et l’ex-femme de Pontidiscaffol avait épuisé ses muscles vocaux et respiratoires à force de disputes en tout genre, aussi, après quelques notes à peu près juste, sa flûte sortit un son, tel que l’un des illettrés se dit que la dernière fois qu’il avait entendu un tel bruit, cela venait d’un animal, et que lorsqu’on l’avait retourné il était mort.

 

Mais non Germaine, on a pas vraiment tuer un animal pour l’histoire ! Quoi patron ? non non tout va bien. Germaine, vite, il est retourné, venez à la réunion de comité ce soir, c’est important. Ha, et, amenez des piolets. Vous comprendrez, Germaine…

 

Tout cela étant, les corbeaux, forts déçus de la prestation de leur maître (enfin, “maître”… du gars qui les appelait avec une flûte et changeait leurs cages de temps en temps), ne daignèrent pointer le bout de leur bec. Le doc aborda une magnifique poker face puis poussa un cri et jeta sa flûte au visage d’un des google, mû sans doute par un profond sentiment de dépit.

Saisissant cette occasion, Fléau lui fit un signe de tête et ils s’enfuirent tout deux par l’Ascendieu qui venait de redescendre après sans doute d’innombrables aventures à l’étage, faisant un bon pour éviter le corps inanimé de Marcoius, toujours évanoui. Le hippie à la mauvaise musique s’étonna du nombre de gens décidés à venir faire la fête avec lui, et augmenta le volume, tant et si bien que l’Ascendieu s’énerva et fit péter les mégaphones.

La caméra observait toujours le bouton, qui malgré le chahut ne perdait pas sa couleur rouge pimpante. Il était si rond, si métallique ! Bon en fait ils étaient tous ronds et métalliques mais lui était différent. Il était rond comme aucun autre. Ses copines vidéosurveillance passaient leur temps à lui dire qu’elle ne le connaissait pas, mais elle avait enregistré beaucoup de livres, et les péripéties des habitants de l’Immeuble ne l’avaient pas désenchanté : ce bouton ferait son bonheur.

Le peu de place dans Ascendieu (sauf le respect de notre cher divin, mais on peut dire de toute manière que ce qui est rare est précieux) donna tout le loisir à Fléau et Pondiscaffol de faire plus ample connaissance. Chose que nous ne vous raconterons pas, pour la simple et bonne raison que nous avons cette semaine dépassé les heures de travail OUI MONSIEUR LE PATRON JE M’INSURGE !!! ET VOTRE CEINTURE N’Y CHANGERA RIEN, QUEL QUE SOIT LE NOMBRE DE TROUS QUE VOUS Y AVEZ FAIT. ON NE METTRA MÊME PAS LE MESSAGE DE G-ZU, NAN ON VOUS LE DIT C’EST LA GUERRE!

 

ALLEZ-Y SAMANTHA, IL NE MÉRITE RIEN D’AUTRE !

AAAAARGH

biiiiiiiiiiiip

    biiiiip

    biiiiiiiiiiiiiiip

*nous avons perdu la liaison avec l’Entreprise.*

*du coup c’est la fin du chapitre on suppose*
fin

ASCENDIEU- LIVRE I- Chapitre 5

CHAPITRE V :Les dragibus du démon du chaos de l’infini de la mort du respect qui tue de manière vachement mortelle quand même

 

Je vais vous raconter une histoire, à présent. Oui non je vous entends déjà “nyanyanya il nous racontait déjà une histoire nyanyanya…” Alors de un je fais ce que je veux, oui je vous vois patron pardon je fais ce que vous voulez (c’est malsain mais voilà), et de deux tout ceci est scripté ET JE NE PEUX PAS VOUS ENTENDRE MOUAHAHAHA. Par contre je vous vois vous curer le nez, veuillez vous arrêter s’il vous plaît c’est désagréable. Et dégoûtant.

C’est l’histoire d’un homme. Un homme fort, courageux, un homme bafoué par la vie et qui a cru sa fin venir lorsque son pire employé s’était mis dans la tête de se battre contre des Ascenseurs. Oui, lui. Le bureaucrate random du chapitre trois. Même les bureaucrates ont leurs histoires. Non ce ‘est pa que nous commençons à manquer de personnages principaux, vous nous connaissez voyons… on avait tout prévu depuis le début héhéhé… non…

Cet homme avait sans doute un nom. Probablement. GERMAIIIINE ? UN NOM POUR LE MONSIEUR DU QUINZIÈME ? LE PETIT LÀ. QUOI ON A DÉJÀ FAIT LA BLAGUE DU NOM DU PERSO PRINCIPAL ? LES GENS CROIENT VRAIMENT QUE C’EST DE L’HUMOUR, ILS SAVENT PAS QUE… non mais faut pas croire c’est grave dur de trouver un nom. Un vrai fléau moderne. Justement on va dire que le gars avait pour nom de code Fléau. Et qu’il n’avait pas de vrai nom car c’était un…. ninja… policier… de l’espace… communiste. Voilà.

Fléau, comme tout bon ninja policier de l’espace communiste le sait, était fort occupé par la collectivisation des shurikens lazers, ainsi accessoirement que par la crise ascensorale. C’est pourquoi il avait choisi pour lieu de résidence le seul endroit au monde contenant ces deux éléments : l’Immeuble d’Ascendieu.

Fléau était un ninja policier de l’espace communiste très particulier. Là où ses collègues tout à fait incompétents se chargeaient, sous couvert de bien connaître leur boulot, des cas les plus difficiles, comme les meurtres en série galactiques, la protection de protagonistes de film d’horreur (opération que tout un chacun sait très efficace (notez l’ironie)) et la conjugaison des verbes au plus que parfait en latin, notre très cher Fléau avait décidé de s’occuper d’un cas étrange qui avait eut lieu un étage au dessus de son appartement : un meurtre qu’on lui avait décrit comme d’une horreur sans nom. HEY C’EST PAS TRÈS GENTIL C’EST PAS LA FAUTE DE LA VICTIME SI ELLE ÉTAIT MOCHE ! LA POLITESSE NOM D’ASCENDIEU !!

Il passa donc sous le ruban jaune, le visage illuminé par les sirènes des voitures de police qui étaient montées on ne sait comment au 16è étage, montrant son badge au policier de garde, et se posta pour étudier le corps de la victime.

Le corps était… en PLS. Il s’en doutait. Il avait déjà vu cela. Plusieurs cas, déjà. Le genre de vue qui faisait murmurer à tout bon flic des paroles dignes d’une série américaine. En l’occurrence :“Une sale affaire, Johnson, un sale boulot aussi…

–  Ces meurtres sont un véritable fléau… lui dit le sous officier d’un air dramatique.

– OUI? demanda Fléau, pensant qu’on l’interpellait.

–  Vous êtes pas drôle chef.

–  On fait c’qu’on peut Johnson…”

Johnson, qui s’appelait en fait Bénédicte et travaillait dans une usine à jouets avant, (Mais bon, on manque aussi de figurants. Ne nous jugez pas.), haussa les épaules et porta son attention à Pontidiscaffol.

Le médecin de l’immeuble, qui était également médecin légiste, jouait aux échecs, parlait au téléphone à sa mère qui était partie avec son amant de vingt ans au Brésil, cuisinait des boulettes pour son repas du soir, et étudiait le corps. Il leva enfin la tête, et dit d’un air dramatique:

–  Il est bel et bien mort de… PLS

*musique de New York Police Judiciaire*

La foule des spectateurs choquée poussa un cri, et le mec musclé du fond qui faisait du patinage artistique en tutu loupa son salto, de surprise, ce qui fit pousser un autre cri outré à la foule. Au loin, on entendait des travaux et les sifflotements de Ned, et plus près les grincements des dents de Pontidiscaffol face au tintamarre de son ennemi juré.

–  Ouais mais on savait déjà ça, dit Fléau en haussant les sourcils

*musique de New York Police Judiciaire quand même*

A l’arrière plan, des rhinocéros s’accouplaient sur un air délicat de DUBSTEP.

–  C’est étrange, ajoutait cependant sombrement le docteur alors que ses corbeaux se cachaient les yeux des ailes face à ce spectacle outrancier. Je… Je crois reconnaître cette méthode d’assassinat.

–  Dites-m’en plus, Johnson, vous m’intéressez

(Le docteur Pontidiscaffol avait pour prénom Marek, mais pour une cause évidente de traumatisme post-nonnommage, Fléau était incapable de retenir les noms d’autrui, et les appelait donc tous Johnson, plus précisément camarade Johnson, sa marque de céréales favorite.)

–  Eh bien je… je crois qu’on a affaire à… à…

Un tel nombre de points de suspension dans une seule phrase inquiéta grandement la foule, les rhinocéros, le patineur, G ZU qui suivait la scène avec attention et la notait sur un de ses papiers, et les corbeaux, qui ragequitèrent de concert comme ils savaient si bien le faire. Pontidiscaffol finit par se retrouver dans ses marmonnements :

–  Le tueur du PLS.

*cris surpris des spectateurs restants* *c’est-à-dire l’équivalent d’une classe de Gouniafié aux mauvais jours*

–  Non ! Comment est-ce possible ???, s’écria Bénédicte

–  Bah.. heu.. vous connaissez beaucoup de malades qui arrivent à tuer en mettant les gens en PLS? (on entendait les majuscules dans sa voix).

–  Euh.

– Précisément. D’accord, vos pouvoirs de déduction volent plus bas qu’un derrière de cochon…

–  Monsieur, stop, vous vous transformez en personnage Disney, c’est de très mauvais goût.

Lorsque leur attention revint au docteur (et un peu au cadavre aussi, pardonnez-les, le docteur était très bien fait de sa personne), ils furent choqués de voir un ninja habillé tout de noir en train de le mettre en PLS. Immédiatement, l’inspecteur Fléau poussa son sous-lieutenant (qui se prit un mur) et sortit son arme, mais le temps qu’il vise, il était trop tard, et le ninja s’était enfui. Pontidiscaffol gémissait, au sol. Il était dans un état très avancé de PLS. Quelques secondes de plus, et c’était fini. L’inspecteur appela les urgences avec calme, puis repartit dans son appartement, suivi de son sous-lieutenant qui avait le nez cassé. Les murs de son appartement étaient bardés de fils rouges, piqués sur des articles, des schémas et des photos représentant sa maman, kim-jong-un, un chien, une plante verte, un chaton unijambiste, un paquet de haribos, un sachet de drogue, des images pornographiques…détériorées, un présentateur météo, une image de Lénine chevauchant fièrement une licorne, Mr Gouniafié, Hector, une mamie et enfin une bombe nucléaire à l’effigie d’Hello Kitty.

–  Les temps sont bien plus troublés qu’on l’escomptait, Johnson…

–  Z’est zûr

–  Hmmm…mm…mmmmmmmmmmm… un ninja, la PLS.. Et maintenant Pontidiscaffol. Qu’est-ce qui se trame dans cet Immeuble… (ici aussi, on sentait la majuscule)

–  Je dirais le drain drain guodidien… On debrait pas inderroger le dog ?

–  Le dogue ?

–  Le doGUEUH. Bardon, z’est bon dez… oh berde.

–  Johnson, qu’est-ce c’est que quoi. (on sentait la détermination de cette phrase, mais après des semaines de débat parmi le staff, nous en sommes venus à la conclusion que nous ne savons pas du tout ce qu’elle signifie)

Le gardien de l’immeuble, sur le pas de la porte pour une raison inconnue (sans doute avait-il senti le potentiel de réflexion de cet endroit), les regarda d’un air profond, un demi sourire au visage, et murmura: “mais qu’est-ce que le qu’est-ce que quoi?”, et sur ce le sous-lieutenant s’évanouit.

Quoi Germaine ? Oui, c’est de la fumée qui sort des oreilles du Monsieur, mais ne m’interrompt pas s’il te plaît. Psst, en passant, pendant que le boss est pas là, y a une réunion de comité ce soir, on fera des BOULETTES HAHA PATRON JE ON VOUS AVAIT PAS VU…

hum hum

Du coup Bénédicte ne dit jamais sa phrase, mais Fléau finit par avoir une idée géniale : et s’il allait interroger le doc, qui semblait en savoir plus qu’il ne voulait bien le montrer ? Ah, qu’est-ce qu’il était brillant. Ouais il s’était presque fait PLSer le gars mais bon il allait bien collaborer. Sinon panpan cucul. Avec un colt.

Il retrouva Pontidiscaffol sur son lit d’hôpital, dans un plan digne des plus gros dramas (spécialité de la maison). Le docteur n’était pas complètement remis de sa PLS, si bien que son corps était encore à moitié figé dans une posture en angle droit semi rigide.

Le docteur le regarda arriver avec, vous savez, ce regard que vous lancent les chiots à la SPA.

Ce regard frappa l’inspecteur. De toutes les galaxies collectivisées qu’il avait visitées, il n’en avait jamais vu de pareil.  “Cet homme est bae, un peu.” se dit-il à brûle pourpoint (cette expression n’a jamais été aussi juste, vu que sa température corporelle avait drastiquement augmenté, provoquant des flammèches sur les franges de sa chemise.)

Il faut dire que l’effet était partagé, car l’inspecteur dégageait un certaine forme d’assurance, qui n’était pas pour déplaire à notre pauvre docteur, qui n’avait pour le moment rien d’autre à faire que de le contempler. Et essayer de respirer correctement aussi, autant à cause de la PLS que du charme à couper le souffle du policier. Ah, le prestige de l’uniforme…

Les gars d’Ascendieu se faisaient vachement d’effet les uns aux autres. Il faut dire que l’Ascendieu lui-même faisait flotter dans tout l’immeuble une aura de perfection qui rendait beaucoup de choses irrésistibles.

Bref, Pontidiscaffol et Fléau se fixaient avec des yeux de merlan frit dignes des plus grandes comédies romantiques. Celles où on se demande si à la fin cet idiot de Joshué remarquera enfin les efforts de Priscillia pour lui plaire.

–  Hum hum , fit le sous-lieutenant qui avait repris connaissance, était arrivé en catimini et n’avait rien remarqué comme tout bon sous-lieutenant de ce qui se jouait sous ses yeux, docteur, nous avons quelques questions à vous poser..

–  Vous avez des informations sur l’homme qui vous a fait ça, doc ? demanda Fléau d’une voix suave.

– Rien, il était… tout noir…

–  C’est raciste ! s’exclama le sous-lieutenant d’une voix blanche.

–  Mais non… il portait une combinaison noire…

–  Ho pardon, veuillez continuer.

–  Il a fait tomber ça…

Le doc ouvrit le poing , et découvrit sur fond de musique de coffre dans zelda, un…

Dragibus?

 

Pardon patron, mais c’est vraiment un dragibus que je vois là ? On avait rien de plus épique ? non ? comment ça je serais viré si…? oh… bien.

Un dragibus, donc. Mais un dragibus DRAMATIQUE. Avec un zoom caméra du plus bel effet. Et attention : un dragibus ROSE.

Le regard de Fléau se dilata. Maintenant, un dragibus. Il se détourna, sa main se porta machinalement au flingue, à sa ceinture. Il devait précipiter l’enquête. Il n’en aurait eu que faire dans d’autres circonstances… Mais il s’agissait du docteur. Rien ne lui permettait de négliger une enquête qui le mettrait en danger.

–  Inspecteur, non… !

Marek lui attrapa le bras.

– Vous ne pouvez pas vous mettre ainsi en péril pour moi !

Fléau voulait répondre, d’une voix grave et virile, quand un caillou lui percuta la tempe. Enrobé, comme vous vous le doutez, d’un papier. Collé avec des larmes.

 

Vou zaitt trau kioutes vou mavé fé pleuray bros

-G zu

 

FIN

Amours Inutiles

A travers les os noirs de la terre

Je marche et cherche le sens de mes mots

Qui, comme des boutons écarlates

Éclatent sur la neige de ta poitrine

 

Je ne sais ce que je suis

Je ne suis que les mots

Que les couleurs et les sens

Qui restent quand je me tais

Nos muscles se tendent

Ton souffle s’accélère

Et la parole reprend

Elle est tellement inutile

Je sens que mes veines

Éclatent dans mes lèvres

Milles ampoules de verre

S’écrasent dans ma tête

On prend sans se toucher

On pense sans y songer

Je sens le vent de ton regard

Scrutant toutes mes secondes

Tu le sais, oui, que je t’attends

Ce temps de papier que tu feuillète

Je m’en empare, il est à moi

Je le serre contre mes cuisses

Tu pousses entre mes doigts

Tu fonds et tu grandis

Le tempo clair de la nuit

Réchauffe nos instants

Mes caresses arachnéïdes

Fatiguent ton âme et tu esprit

Courent sur ton amour

Grouillent sur ta volonté

Nous ne sommes pas un

Pourquoi le serions-nous?

Nous sommes deux ce soir

Et nous sommes deux ensemble

Je sais que tu es autre

Je veux que tu sois moi

Que tu sois cette torche

Qui brûle mes entrailles

Nous savons toutes deux

Que tu ne veux que toi

Tu n’admire que le vide

Qui se creuse dans tes yeux.

Ascendieu- LIVRE I- Chapitre 4

ASCENDIEU, CHAPITRE IV : Respect et tartes aux pommes

 

Frédéric rentra chez lui quelque peu décontenancé de sa rencontre avec… un peu tout le monde en fait. Il s’assit sur son canapé, mangea une cigarette puis fuma un boeuf bourguignon, tout en buvant une substance qui était licite, ce pour la simple et bonne raison que personne n’avait jamais eu à l’idée qu’on puisse boire une telle mixture hormis pour se suicider. Mais il semblerait que cet être navrant ne pourrait jamais aller en enfer auquel il appartenait. Satan s’interdisait d’accueillir un tel fiasco.

C’est alors que dans un rayon lumineux suivi d’un coeur de jeunes femmes et de colombes qui s’écrasèrent sur les vitres de ses fenêtres, il eut une illumination.

Il y avait un docteur, au premier étage de l’Immeuble.

Et le seul moyen de l’atteindre était de prendre l’ascenseur.

Il lui suffisait donc de se blesser au rez-de-chaussée.

Pour ceux d’entre vous qui commenceraient déjà à voir la faille du plan de Mr Gouniafié (même si à ce point c’est plus un trou noir qu’une faille), nous vous prierons de laisser les professionnels faire leur travail en bons français, c’est-à-dire faire la grève, s’indigner sur à peu près tout sauf sur leur hygiène et ne pas prévenir le personnage principal d’un tel fiasco. Y avait des merguez à la manif, merde quoi enfin. Leur sauce était fabuleuse.

Le lendemain, après une nuit aussi mouvementée que sa vie, qu’il passa  à fomenter ses plans en ricanant et se frottant les mains tel un acolyte de super méchant (mais si vous savez celui qui meurt au bout de dix minutes de film parce qu’il est retourné dans la tour rechercher l’argent, le con. Du coup à cause de lui le méchant doit se démerder tout seul (bon en l’occurrence y a pas de vrai méchant pour rattraper ses nullités et il meurt pas donc bon hein oh hé ih)), Gouniafié décida de mettre son plan, qui n’avait pas évolué d’un parsec, en action.

Il se rendit donc devant l’immeuble, et alla voir son nouvel ami, le magicien Marcoius. Il s’avança vers lui avec le visage le moins dégoûté possible étant donné que le magicien fouillait dans ses propres excréments, qui contenaient un taux incroyable de cailloux, à la recherche de son trésor perdu qu’il ne retrouvera jamais.

Gouniafié resta quelques secondes immobile, à contempler ce désastre, c’est dire vu que le jugement venait de Gouniafié, puis il prit une lente inspiration, remit sa cravate correctement, eut un regard droit et déterminé digne des plus grands shonens et fit un pas.

Ce pas était le cœur de son plan machiavélique.

Les corbeaux, qui s’étaient déjà tus devant le malaise de la veille, fermèrent encore leurs becs et contemplèrent, impressionnés par tant de gêne ambiante, ce petit homme trébucher et s’étaler sur les gravats retournés. Quoi que “trébucher et s’étaler”, c’est faire un bien grand euphémisme à ses talents d’acteurs, étant donné qu’un enfant de cinq ans faisant le mort après s’être pris un balle en caoutchouc aurait été plus crédible.

Les corbeaux décidèrent de ragequit, prévoyant le drame que cette performance absolument honteuse ferait inéluctablement advenir. Ils firent donc de magnifiques fliptables dignes des plus grandes compétitions avant de s’envoler avec un croassement indigné. Ou désespéré, allez savoir. Je ne parle pas le corbeau, moi. On me fait signe que c’est du racisme de corbeau que tout cela, mais bon ils nous volent notre travail, c’est….

Oui, bon bon. On me fait des doigts d’honneur et des signes vers la porte, je m’en vais donc raconter la suite de l’histoire.

Marcoius, tout à sa recherche, mit vingt bonnes minutes à remarquer le corps flasque et étendu de Frédéric, et encore, seulement parce que ce dernier s’était étalé sur ses cailloux préférés,Georgina et Luciferaptor.

La position était rudement inconfortable pour Frédéric, et ce principalement dû au fait que ce n’était plus de la terre sous les cailloux depuis des années, mais bel et bien les excréments du magicien. De toute façon il est nul en plus c’est un connard donc c’est bien fait pour lui na, de toute manière il écoute même pas 1D je suis sûre le boloss mdr.

 

*tou dou doooooou*

Le staff vous informe que l’adolescente qui s’est introduit dans notre bureau pendant qu’on faisait des doigts au narrateur a été éliminée efficacement et froidement, le tout sur un petit air de Jimmy Hendrix pour lui apprendre ce qu’est la musique 5 secondes avnt sa mort. L’histoire peut continuer.

*tou dou dooooooou*

 

Marcoius tenta de pousser Frédéric pour au moins récupérer Georgina, il avait galéré à la faire celle-là, mais voyant que ses bras maigres ne suffiraient pas à déplacer cette montagne de graisse, il alla crier rustine chez le docteur sa voisine… Ah bah merde ça marche pas. Il alla crier “Voisin !” au docteur son cher cousin. On invente des liens de parenté quand on veut dans notre histoire nous tu veux quoi toi. un jour on sortira un arbre généalogique votre cerveaul va fondre, même Game Of Thrones est plus moral et compréhensible que ce truc en scrèd.

Le docteur Pontidiscaffol sortit donc. C’était un homme extrêmement compétent (il n’avait redoublé sa première année que 12 fois et tué à peine trois quart de ses patients (une enquête est toujours en cours mais les commissaires en viennent vite à la conclusion qu’on homme si bête ne pouvait faire de mal à personne)), mais particulièrement quand il s’agissait de jouer de la flûte à corbeaux, domaine dans lequel il avait accumulé un certain nombre de doctorat. Il s’assit à côté de son patient, sortit une flûte et se mit à jouer un magnifique air de à la claire fontaine.

 

*Le staff a les larmes aux yeux devant tant de beauté.*

    *Le staff reste encore sous le charme.*

*Le staff se fait menacer par le directeur armé d’une ceinture, le staff se remet donc à écrire.*

 

Agressé de toutes parts et complètement insensible à la musique pour la simple et bonne raison qu’il était allongé dans la merde (il en avait même une coincée dans le nez (il mettra quelques semaines à s’en délivrer)), Gouniafié se relève et tenta de partir (ce qui vaudra au docteur Pontidiscaffol une place de chirurgien renommé et un article dans le journal local pour ce miracle), mais il fut vite arrêté par le magicien qui décidé de le garder sous surveillance. Notre cher Gouniafié dut donc le regarder manger des cailloux en plein air 12 heures durant avant de pouvoir rentrer chez lui.

Il passa la journée suivante assis à la table de sa cuisine, la tête entre les mains, dans une atmosphère en noir et blanc, à boire un verre de jus de pomme (vu que c’est en noir et blanc on peut confondre avec du whisky baleks on a pas le budget) qui s’auto-remplissait dès qu’il l’avait terminé, ce grâce au fait qu’il versait un peu de liquide de la bouteille vers son vers par la magie de la gravité, et à se lamenter sur son sort.

Il avait échoué.

Pour changer.

 

*le staff remarque que ça pourrait être le début d’une chanson*

*le staff envisage de sortir un album pour gagner de la thune et étendre sa popularité*

*le directeur armé d’une ceinture remet le staff à sa place*

*le staff commence à lire Marx en scrèd*

 

Il réfléchit donc à un autre plan. Il DEVAIT détruire le Syndicat Des Ascenseurs D’Immeubles Radicaux . Il en allait de la survie de l’humanité, la vraie, celle qui prenait les escaliers sans craintes, le dos droit et les talonnettes claquantes.

Gouniafié avait un lourd passé concernant les ascenseurs, qui expliquait sa haine profonde envers eux. Un peu du même genre que Freud et les fougères. Ça lui arrivait de l’évoquer en face d’eux d’ailleurs, à coups de “Vous savez très bien pourquoi je fais ça” “Je vous avais dit que vous me le paierez”. Paroles creuses, vu qu’il parlait à des machines. Les voisins de ses anciennes résidences avaient signé une pétition pour qu’il parte, le prenant pour un cinglé. Sa haine pour les ascenseurs n’a depuis fait que croître. cmb. Non monsieur le directeur me tapez pas.

 

*the staff is reading a revolutionnary book intensivly*

 

ACÉTILTOUTÉTANT que notre pauvre Gouniafié se trouvait bloqué, non seulement par les événement mais aussi par son manque d’intelligence. Alors il se dit qu’il était temps de consulter le Gardien. Car cela ne pouvait plus durer. A une époque, il aurait préféré mourir plutôt que de réquisitionner l’aide d’un allié, ou même d’un être fréquentant de près ou de loin ces vermines (donc une bonne grosse partie de la population mondiale) , mais s’il devait parvenir à ces extrémités, il le ferait. Pour l’humanité. Pour ses élèves inexistants. Pour… le respect, tout aussi présent que ses élèves.

Il se représenta donc devant l’immeuble, passa à côté du magicien sans baisser les yeux vers lui, hautain, et entra dans le hall. Il baissa les yeux devant les vikings à l’entrée de l’Ascenseur (faut pas déconner ils font peur les gars (120 kilos de muscles et de poils quand même)) et se dirigea vers la loge du gardien. Ce dernier était occupé à son activité préférée : déblatérer des trucs plus ou moins profonds et concrets en se resservant du café entre deux inspirations :

_ …mais la question qui reste de manière transcendantale, quel que soit l’angle sous lequel on pose le problème, c’est la cristallisation de savoir relatif et absolu dans le cadre de la réalisation quantique d’une tarte aux pommes. Car en effet, si la pomme pousse du pommier, le pommier pousse à partir de ses pépins, on est donc ici en face du problème de la poule ou de l’oeuf, qui me pousse à la réflexion : je me ferais bien une omelette là maintenant, cela pose un problème que nous pourrions tenter de résoudre en trois parties : thèse, antithèse et malàl’aise, sous le signe de la problématique suivante: si l’on considère qu’une pomme est infinie de par le rapprochement avec l’œuf, peut-on donc dire que la tarte aux pommes correspond à l’univers dans sa globalité cosmique ? Et quelles répercussions cet état de fait pourrait-il avoir sur les fonctionnements psychologiques, psychopathologiques et névrotiques qui caractérisent la dualité humaine? On en revient donc à cette réponse: si la tarte aux pommes est l’univers, admettons car c’est la solution la plus plausible pour l’instant, si l’on retire l’hypothèse qui explicite que nous sommes tous nous mêmes des morceaux de tarte aux pommes,  mais quel est donc l’ingrédient du respect ? Car il semble que ce problème soit le coeur qui permet de répondre à tout le reste….

_ … Mais oui c’est clair !

_Mais qu’est-ce qui est clair, qu’est-ce que le clair ? est-ce l’opposé du sombre, ou bien une notion en elle-même, indépendante de toute influence, et qui êtes vous ? Mais qu’est-ce que l’identité ?….

Gouniafié était bouche bée. Le Gardien, non, l’Oracle, était en train d’atteindre un point probablement jamais effleuré par les plus grands, ou même par les Vrais, ces gens dont il avait tant entendu parler. Il se tut pour le laisser s’exprimer, craignant qu’une intervention supplémentaire de sa part ne perde cette merveilleuse réflexion.

_ … car nous pouvons en effet considérer que dans la paradigme précédemment évoque, vous soyez un morceau de tarte aux pommes plus ou moins agressif, avec pour seul but de s’emboîter à d’autres parts de la tarte pour reformer le cercle originel. Et que ce cercle serait donc la réponse à la grande question, que tout humain censé s’est déjà posé au moins une fois dans sa vie: mais où est donc parti le respect?

 

    *les cerveaux de différents membres du staff et du narrateur commençant à fumer, nous ne pouvons vous retransmettre la suite du fameux monologue, qui révolutionna la philosophie quantique de la théorie de la tarte aux pommes*

 

Lorsqu’il sortit de cette pièce sombre qui sentait le tabac et le café froid, Gouniafié était persuadé d’une chose: pour réussir à faire tomber le Syndicat Des Ascenseurs D’Immeubles Radicaux, il devait se mettre à la recherche du respect. Il devait se tenir à cette quête quoi qu’il arrive.

Il rentra chez lui, pris un manteau, un sac à dos Pokémon™, une barre chocolatée et se mit en route vers de grandes aventures, compagnons, il est parti vers l’horizon.

Pendant ce temps, dans l’immeuble, le bruit de perceuse insupportable repris. Les deux voisins lambdas qui existent seulement pour refléter les réactions de tous les gens de l’immeuble échangèrent un regard las et s’en furent se retrancher dans leurs appartements respectifs. C’est qu’au quarante deuxième étage vivait Ned. Ned avait travaillé pendant des années dans divers chantiers de construction, tels que l’arche de Noé ou le Donut Géant de Melun. Aujourd’hui à la retraite, il avait décidé de mettre à profit son talent pour lui-même et de refaire enfin son appartement: mais il y avait un problème : son but n’était pas de finir les travaux mais bel et bien de les faire. Ainsi, lui qui possédait le plus bel et grand appartement de l’Immeuble, celui qu’Ascendieu avait façonné une demie journée entière (rien que ça), il l’avait transformé en chantier. Peu à peu il avait acheté un certain nombre d’outils, qu’il classait par ordre de décibels dégagées. Car son plus grand plaisir, après la sensation de la vibration des machines entre ses mains, était d’entendre le bruit assourdissant qu’elles émettaient, et de le faire partager à ceux qu’il aimait le plus: ses voisins. Car en effet, Ned était un homme d’amour et de compassion, comme le disait son amant, notre bien connu Alfred, qui se délectait de cette symphonie de parpaings et d’amour. Les voisins ne s’y étaient jamais habitués, bien que Ned soit là depuis toujours, mais ils n’avaient pas la délicatesse d’Alfred. Certains avaient bien réussi à mettre ce tintamarre à profit pour leurs propres activités quotidiennes, mais certains, comme le docteur Pontidiscaffol, étaient devenus les rivaux jurés du cher Ned, et s’appliquaient à rivaliser de sonorité avec lui, notamment grâce à des flûtes et des scies à os électriques pour notre cher docteur. Ce qui n’arrangeait en rien la situation de l’Immeuble, en fait.

En dehors d’Alfred qui entretenait sa relation avec Ned par le biais de ces ébats, la seule personne qui semblait réellement apprécier ces bruits était G ZU, et effet, sous l’effet des psychotropes, ils lui donnaient l’inspiration pour la poésie de ses messages.

Il (ou elle, le staff se refuse de déterminer le sexe d’un personnage aussi 42esque que G ZU) était d’ailleurs en train d’écrire un de ses messages. Grâce à un magnifique travelling de caméra de toute beauté par dessus son épaule, voiiiiilà, vous pourrez voir cher lecteur, ce magnifique cliffhanger amené si subtilement.

 

ON A ANCAUR FÉ DISSPARETR LE PAIRSO PRAINCIPÂLE VOU ZAITE BÉSAIS MDR

 

*Le staff était en train de fomenter une grève bien méritée après ces 3 heures de travail, le chapitre va se conclure ici.*

*Vive nos transitions. On les a mit dans le même dossier de recherche que les qualifications du docteur Pontidiscaffol, le respect et les élèves de Gouniafié.*

 

FIN

Ascendieu- LIVRE I- Chapitre 3

CHAPITE 3 : De la beauté d’être un fantôme et de la difficulté évidente de ne pas en être un, en quatre parties, thèse antithèse synthèse prothèse, par Monsieur Frédéric Gouniafié, professeur plus ou moins renommé à l’institut qui a plus ou moins un nom.

 

Frédéric Gouniafié sortit de sa salle de cours sûr de lui : cette fois-ci ses élèves avaient enfin compris son cours. Non pas que ses enseignements soient ennuyeux : ils avaient toujours été d’excellente qualité, et intéressaient beaucoup de monde (du moins d’après lui). Il se retourna pour saluer ses élèves sans vraiment regarder avant de partir.

*Le narrateur se permet de préciser que la salle était vide.*

Il venait de recevoir une lettre, arrivée depuis le Bureau Des Trucs Étranges Et Mystérieux Que Le Gouvernement Veut Voir Disparaître, bureau très officiel où il avait ses entrées depuis qu’il avait réussi à y amener du café buvable, brisant ainsi une malédiction qui durant depuis plus de trois siècles et qui sévit malheureusement encore et toujours dans bien des établissements publics.

Il se dirigea donc au 42 Rue Street et entra dans un immeuble ? Je crois ? *regarde le script*

“L’immeuble” donc possédait un nombre d’étage hallucinant, presque un record du monde, donc au nombre de 1,5, et d’un luxe qui faisait pleurer, principalement à cause du goût des habitants pour les tissus en léopard rose bonbon, et pour les rideaux en pelures d’oignon. Il salua le gardien au passage, qui n’existait pas, et prit l’ascenseur, qu’ici le Dieu Suprême avait divisé en quartiers pour s’adapter à l’architecture des lieux. Oui, en bref, c’était un monte-charge. Un très joli monte-charge cela dit. Avec des autocollants et tout. Et même l’autographe de Chuck Norris, avec qui il avait eu une liaison torride dans sa jeunesse. En effet, un jour, dans la jungle tropicale,

Ouais mais on doit continuer l’histoire donc non allez bon donc le monte-charge oui *regarde ses notes* le conduisit au septième demi de l’étage, et tomba en panne, parce que voilà.

Cette panne demande toute fois une petite explication: en effet, Frédéric Gouniafié écrivait une thèse, le travail de toute une vie. Cette thèse portait sur la dangerosité des ascenseurs et comment ils veulent prendre le contrôle et dominer l’espèce humaine, avec les preuves de leurs forfait et un schéma de leur plan pour dominer le monde. Thèse qui, évidemment, n’avait pas plu au Syndicat Des Ascenseurs D’immeubles Radicaux qui en avait informé l’Ascendieu. Celui-ci avait pris le parti de ne pas prendre de mesures, mais la plupart des ascenseurs gardaient un grief assez prononcé contre ce gouniafié de Gouniafié. Et ce grief se manifestait très régulièrement. A chaque fois qu’il s’approchait de l’un d’eux, en fait. Chaque fermeture au nez, chaque déréglage d’ascenseur, quand il n’est pas provoqué par le réparateur, (NESSEPA) est fait parce qu’un Frédéric Gouniafié traîne aux environs. Vous pouvez lui envoyer des lettres de réclamation, évidemment.

Le monte-charge dans lequel il était a souhaité garder l’anonymat. Nous l’appelleront ainsi Bernard. C’était le dernier descendant d’un grande et riche famille d’Ascenseurs aristocrates, il mettait donc un point d’orgue à garder son honneur et à protester contre la présence de l’infâme. Ainsi, quand l’occasion s’est présentée de faire valoir son patronyme, il n’a pas hésité. Il est un modèle pour les ascenseurs, monte-charge, nacelles, et autres appareils menant aux autres étages. Il recevra d’ailleurs le Bouton d’Honneur des mains mêmes de l’Ascendieu dans peu de temps, et nous lui enjoignons nos félicitations.

Cela étant, après être resté coincé avec notre ami Bernard, qui ne pouvant plus supporter sa présence avait fini par céder au bout de deux bonnes heures de lutte, il débarqua dans le bureau du maître du bureau, c’est dire à quel point ces bureaucrates aiment les bureaux, bureauception en quelque sorte, et déposa devant lui un papier, avec un air fier et vainqueur, avant de s’incliner dans une courbette cérémonieuse (il était comme ça, Frédéric, toujours à en faire des caisses (et à en lâcher à l’occasion (mais cela ne nous regarde pas))). Le directeur leva les yeux d’un air fatigué. Il était à présent 23h et c’était la troisième visite de Gouniafié de la journée. Par ailleurs, il avait des ascenseurs dans sa famille et supportait mal l’ascenscophobie de cet homme. Malheureusement il était difficile de faire face à une telle médiocrité. Il prit donc le papier d’un air résigné, et le lut. Il y avait marqué:

 

bjr c un mésage ainphiltré de G zu, gesa V pa coman aparètre den se chapitr autremen. bisoo.

      -G zu.

 

 

Tandis que le directeur levait un regard dubitatif sur Gouniafié, celui-ci ce lança dans un discours avec tout l’éloquence dont il était capable, c’est à dire aussi clairement qu’une petite vieille sans dentier:

– J’ai fait des recherches ! L’adresse d’où vient cette lettre n’existe pas, et pourtant l’immeuble est bien présent, je l’ai vu sur gogole map. Et il y a eut des morts. Tous retrouvés dans… L’ESCALIER. C’est un complot de l’Ascenseur. J’en suis certain, il y a des choses qui se trament, des choses peu nettes et pas très catholiques. Je sens que chaque brique, chaque poulie, chaque miroir, chaque bout de plastique, chaque porte, chaque sachet de thé Amparon™, chaque tarte qui sent bon tout juste sortie du four par le gardien de l’immeuble délicieusement enrobée de caramel fondant, EST MÔÔÔDIT !!! VOUS M’ENTENDEZ, MAUDIT !

A ces mots, il se redressa, frappa le bureau, le rata, se prit les pieds dans le tapis, trébucha et se releva tout de suite après avec la vivacité d’un personnage de cartoon, mais sans sa dignité. Le directeur haussa un sourcil, avant de laisser échapper un grognement de douleur et frotter le sourcil en question. Frédéric avait toujours mis son arcade sourcilière à l’épreuve.

– OUI je vous entends, je penses même que l’intégralité de l’étage de cet immeuble vous a entendu.

En effet tout les fonctionnaires s’étaient retourné et observaient la scène avec attention, certains avaient même sorti leurs smartphones et filmaient la scène espérant pouvoir la vendre aux Russes, car qui sait ce qui intéresse les Russes.

– Je ne peux pas vous donner d’allocation, repris t il, et le budget qui vous sera alloué est de 100 euros…

On entendit un grincement au niveau du monte-charge.

– 10 euros, donc. Je ne vous dis pas bonne chance, il paraît que ça porte malheur aux comédiens. Remettez le tapis en sortant s’il vous plaît.

Frédéric prit son argent, partit avec une démarche de canard très… voilà… et s’apprêta à monter sur le monte-charge, il vit alors qu’il s’était entretemps fabriqué un système de paiement qui exigeait 10 euros pour chaque descente ou montée. Il pleura longtemps. Puis il se rappela l’horreur de cette engeance, et décida de prendre l’escalier, beaucoup plus sûr. Il avait en effet toujours avec lui un petit escabeau de sac qui l’empêchait d’être frappé par la malédiction des escaliers. Mais il se rappela qu’il n’y avait pas d’escalier, alors il se résolut à SAUTER PAR LA FENÊTRE (EH OUAIS MA COUILLE (ON EST DES GENS VIOLENTS NOUS)).

Le narrateur précise que la dite couille n’a jamais répondu à cette altercation de plus en plus profonde, insoutenable et injustifiée de violence, déclarant qu’il fallait parler à son avocat ou à son agent, et qu’elle engagerait des poursuites judiciaires contre X.

 

Après un atterrissage très maîtrisé, parce qu’il se trouve qu’un gars passait par là pour aller prendre du pain (nos condoléances à la famille), Frédéric s’en alla affronter le mal avec sa petite redingote et ses dix euros. Il était métal, Frédéric.

Il arriva donc devant l’immense et majestueux immeuble de l’Ascendieu en ce 16 janvier ma foi fort grêleux (ouais le temps passe vite dans cette histoire). Sans se dégonfler face à l’aura qui entourait ce HLM hors du commun, il en poussa les portes et se dirigea d’un pas assuré et couinant en direction de Ses portes. Étrangement, nulle réaction ne vint de la part de l’Ascendieu. Frédéric inspira, et eut un sourire satisfait, se sentant pousser un orgueil triomphant face à ce qu’il prenait pour une victoire sur Lui. C’est dire s’il était con le mec.

Il poussa donc le bouton étrangement rouge, et attendit. Quelque chose clochait. La musique… Elle était insupportable.

– Cool n’est-ce pas?

Il sursauta. A côté de lui se tenait un hippie qui fumait quelque chose de probablement fortement illégal, en souriant d’un air satisfait, presque béat. Il augmenta le volume.

 

Aime moi hé hé

Pourquoi tu m’aime paaaaas? Hohhoooo haaa muuuhhhh

M’aimer c’est bien aahahahah

Je regarde mon téléphohohoooone et tu ne m’appèle paaaaaaahhhAAAAAHHHHHH

je trouve ça triste

alors je pleure des larrrrrrmes

et c’est triiiisteuuuuuh…

 

Ne pouvant plus supporter ces paroles d’une profondeur aussi abyssale que son propre cerveau, il se mit à hurler, bourrina tous les boutons, pour enfin sortir en trombe de l’Ascenceur, qui était finalement redescendu sans lui demander son avis.

Le hippie fit un check à l’Ascendieu, puis réappuya sur le bouton. Les portes se refermèrent enfin sur cette musique terrible que même le démon a banni de ses appartements de la région ouest des enfers, près de la mer des suppliciés, avec vue sur le Grand Barbecue.

Frédéric sortit en trombe de l’immeuble, paniqué, et fini par entrer dans quelqu’un (sans sous entendus évidemment). En tombant, cette personne fit un bruit de… cailloux. En baissant les yeux, notre cher professeur thèseux constata qu’en effet quelques graviers s’étaient échappés des poches de la personne au cours de sa chute. Sans prêter attention à lui, le gars aux cailloux ramassa son lot et jeta un regard qui traversa les murs jusqu’à la porte d’Ascendieu. Elle était close. Ce constat le fit se mordre les lèvres.

– Mince, je l’ai loupé… Vous pourriez faire attention, mince !

Puis Marcoius le détailla (le caillouteux s’appelait en effet Marco, et rajoutait -ius à cause de sa profession), et constata qu’il ne le connaissait pas.

– Ooooooh, un spectateur !

Car pour tout bon intermittent du spectacle, un gars random croisé dans la rue était un spectateur.

 

*Le narrateur vous prie d’excuser cette insulte, Marcoius état en effet un véritable mage, et renommé par dessus le marché. Enfin, d’une renommée qui allait de l’immeuble à la cuisine de sa très chère mère. Mais il en était très fier, ainsi éviterons-nous de piquer son ego. On a besoin de lui pour le scénario. Et puis sa maman n’était pas une personne qui avait l’admiration facile, après tout. Elle ne l’avait jusque là accordée qu’à Michèle Drucner et l’Ascendieu, évidemment.*

 

Les capacités de Marcoius étaient tout à fait admirables, du moins de son point de vue. Il était capable de mettre un grand nombre d’objets dans ses manches pour ses tours de magie. Si ses tours étaient tous lamentables, on pouvait néanmoins saluer le gabarit de ses vêtements. C’est ce que ses professeurs de magie mettaient comme appréciation sur ses bulletins scolaires.

Mais il avait maintenant un nouveau but, comme il l’indiquait effectivement à notre pauvre Gouniafié, qui restait de marbre, la bouche grande ouverte, tel un homme lambda devant un buffet. Son but, sa quête, son objectif, que dis-je son Graal, était à ce moment-là d’improviser un spectacle pour Frédéric. Il l’avait cherché, aussi, en lui demandant son son identité. Il y a des choses à ne pas faire avec les mages, c’est de connaissance commune:

– Je suis Marcius Lardanum Archnamargandirium, Archimage des Secteurs Éthérés, Maîtres des Potions de soûlerie, Grand Inventeur de l’eau iofilisée, et surtout alchimiste de mon métier. Je suis présentement en plein travail sur ma nouvelle découverte (il lui montra une sacoche pleine de cailloux.) La Pierre Phi-Lo-So-Phale. (on sentait les majuscules dans sa voix.)

– Oui oui mais…

– Surtout, ne vous méprenez pas, ce n’est pas un secteur facile, que la recherche de pierres magiques. En effet, voilà bien dix ans que je la cherche, et je n’ai toujours pas trouvé une piste !

– Mais.. où la cherchez vous exactement?

Le mage fit une grand geste du bras et désigna l’esplanade, où on avait visiblement retourné une grande partie du sol de graviers. Gouniafié resta un instant sans comprendre, ce qui instaura un silence gênant où aucun des deux protagonistes ne bougea, tout deux contemplant d’un air passionné les graviers, tandis que des passant effectuaient leur métier, c’est-à-dire de passer tout en jugeant à grands coups de regards furtifs tout ce qui les entourait. On entendit un corbeau croasser, le pauvre animal étant interrompu dans son repas par la gêne ambiante, littéralement palpable.

– Ah eh bien très bien. C’est rès bien ttout cela. Très très… bien. Je suis moi-même dans une quête, dit-il en reprenant son éloquence habituelle, aussi maîtrisée qu’une acrobatie sur le point de faire valoir un Darwin award amplement mérité. Voyez-vous, je dirais même que je suis absorbé dans une lutte exceptionnelle contre toute une génération !

– Et donc, repris le mage qui ne l’avait pas écouté une seule seconde, je viens de trouver une technique révolutionnaire pour chercher la Pierre : le tamis. Seulement voilà, je n’en ai pas, alors je dois faire avec les moyens du bord. Je mets les cailloux dans ma bouche et je recrache tout, d’abord que les plus petits, puis les plus gros, qui sont beaucoup plus susceptibles d’être la Pierre…

Devant eux, un chien urina sur les graviers. Un nouveau silence gêné s’installa.

– Certes certes…

– Voilà…

– C’est à dire que…

–Oui tout à fait…

– N’est-ce pas.

– Umhuh.

– mmmh.

-Bien bien bien.

– Bon je vous laisse je, j’ai piscine.

Et sur ces paroles profondes, les deux hommes se séparèrent sans un regard.

Le narrateur tient à vous préciser, si ça peut vous rassurer, que Marcoius n’était pas si loin du but, qu’il n’atteindrait jamais par ailleurs, étant donné que la pierre était sa molaire du fond depuis le premier jour de ses recherches, à gauche. L’intégralité de ses dents étaient en effet devenues des cailloux depuis qu’il avait entrepris sa quête, étant donné que les aliments qu’il consommait s’étaient eux-mêmes réduits en divers types de gravats, qui feraient la plus grande joie d’un géologue..

Pendant ce temps, Alfred faisait des trucs de dandy dark et séduisant. C’est -à-dire lire sensuellement des romans du dix neuvième siècle tout en buvant du thé de manière mystérieuse.

 

Pendant ce temps, dans l’Ascendieu, on pouvait entendre les derniers succès français.

Pendant ce temps, le bouton du dernier étage continuait de rougir.

Pendant ce temps, le gardien des caméras continuait à s’interroger sur le tableau de commandes, qui contenait 42 boutons en fonction, et dont l’un des écrans ne cessait d’afficher “et c’est pour cela qu’il faut détruire Carthage”. Le gardien supposait qu’il s’agissait d’une private joke entre le tableau de commandes et l’Ascendieu. C’était extrêmement frustrant d’être confronté aux private jokes. Il se mit à s’interroger sur les private jokes, puis sur le sens de ce qui est privé, sur la légitimité de la propriété privée et des restrictions en général, surtout en ce qui concerne la mémoire et les blagues, parce que ce n’est quand même pas gentil de priver ses petits camarades de blagues après tout, puis il se demanda à quoi servent les petits camarades et questionna la justification du terme “petits” devant “petits camarades”, et ça dura des plombes.

Pendant ce temps, le temps passait.

Pendant ce temps, G ZU fumait un pétard au dernier étage, tout  en écrivant sur des petits bouts de papiers et en les lançant plus ou moins aléatoirement sur les différents habitants de l’immeuble, tel un ninja.

Pendant ce temps, moi-même, narrateur, me demandait si ma femme avait fait des boulettes de viande ce soir, et si le nouveau stagiaire n’avait pas le plus beau postérieur que j’aie jamais vu de ma vie.

FIN