Ascendieu- LIVRE I- Chapitre 3

CHAPITE 3 : De la beauté d’être un fantôme et de la difficulté évidente de ne pas en être un, en quatre parties, thèse antithèse synthèse prothèse, par Monsieur Frédéric Gouniafié, professeur plus ou moins renommé à l’institut qui a plus ou moins un nom.

 

Frédéric Gouniafié sortit de sa salle de cours sûr de lui : cette fois-ci ses élèves avaient enfin compris son cours. Non pas que ses enseignements soient ennuyeux : ils avaient toujours été d’excellente qualité, et intéressaient beaucoup de monde (du moins d’après lui). Il se retourna pour saluer ses élèves sans vraiment regarder avant de partir.

*Le narrateur se permet de préciser que la salle était vide.*

Il venait de recevoir une lettre, arrivée depuis le Bureau Des Trucs Étranges Et Mystérieux Que Le Gouvernement Veut Voir Disparaître, bureau très officiel où il avait ses entrées depuis qu’il avait réussi à y amener du café buvable, brisant ainsi une malédiction qui durant depuis plus de trois siècles et qui sévit malheureusement encore et toujours dans bien des établissements publics.

Il se dirigea donc au 42 Rue Street et entra dans un immeuble ? Je crois ? *regarde le script*

“L’immeuble” donc possédait un nombre d’étage hallucinant, presque un record du monde, donc au nombre de 1,5, et d’un luxe qui faisait pleurer, principalement à cause du goût des habitants pour les tissus en léopard rose bonbon, et pour les rideaux en pelures d’oignon. Il salua le gardien au passage, qui n’existait pas, et prit l’ascenseur, qu’ici le Dieu Suprême avait divisé en quartiers pour s’adapter à l’architecture des lieux. Oui, en bref, c’était un monte-charge. Un très joli monte-charge cela dit. Avec des autocollants et tout. Et même l’autographe de Chuck Norris, avec qui il avait eu une liaison torride dans sa jeunesse. En effet, un jour, dans la jungle tropicale,

Ouais mais on doit continuer l’histoire donc non allez bon donc le monte-charge oui *regarde ses notes* le conduisit au septième demi de l’étage, et tomba en panne, parce que voilà.

Cette panne demande toute fois une petite explication: en effet, Frédéric Gouniafié écrivait une thèse, le travail de toute une vie. Cette thèse portait sur la dangerosité des ascenseurs et comment ils veulent prendre le contrôle et dominer l’espèce humaine, avec les preuves de leurs forfait et un schéma de leur plan pour dominer le monde. Thèse qui, évidemment, n’avait pas plu au Syndicat Des Ascenseurs D’immeubles Radicaux qui en avait informé l’Ascendieu. Celui-ci avait pris le parti de ne pas prendre de mesures, mais la plupart des ascenseurs gardaient un grief assez prononcé contre ce gouniafié de Gouniafié. Et ce grief se manifestait très régulièrement. A chaque fois qu’il s’approchait de l’un d’eux, en fait. Chaque fermeture au nez, chaque déréglage d’ascenseur, quand il n’est pas provoqué par le réparateur, (NESSEPA) est fait parce qu’un Frédéric Gouniafié traîne aux environs. Vous pouvez lui envoyer des lettres de réclamation, évidemment.

Le monte-charge dans lequel il était a souhaité garder l’anonymat. Nous l’appelleront ainsi Bernard. C’était le dernier descendant d’un grande et riche famille d’Ascenseurs aristocrates, il mettait donc un point d’orgue à garder son honneur et à protester contre la présence de l’infâme. Ainsi, quand l’occasion s’est présentée de faire valoir son patronyme, il n’a pas hésité. Il est un modèle pour les ascenseurs, monte-charge, nacelles, et autres appareils menant aux autres étages. Il recevra d’ailleurs le Bouton d’Honneur des mains mêmes de l’Ascendieu dans peu de temps, et nous lui enjoignons nos félicitations.

Cela étant, après être resté coincé avec notre ami Bernard, qui ne pouvant plus supporter sa présence avait fini par céder au bout de deux bonnes heures de lutte, il débarqua dans le bureau du maître du bureau, c’est dire à quel point ces bureaucrates aiment les bureaux, bureauception en quelque sorte, et déposa devant lui un papier, avec un air fier et vainqueur, avant de s’incliner dans une courbette cérémonieuse (il était comme ça, Frédéric, toujours à en faire des caisses (et à en lâcher à l’occasion (mais cela ne nous regarde pas))). Le directeur leva les yeux d’un air fatigué. Il était à présent 23h et c’était la troisième visite de Gouniafié de la journée. Par ailleurs, il avait des ascenseurs dans sa famille et supportait mal l’ascenscophobie de cet homme. Malheureusement il était difficile de faire face à une telle médiocrité. Il prit donc le papier d’un air résigné, et le lut. Il y avait marqué:

 

bjr c un mésage ainphiltré de G zu, gesa V pa coman aparètre den se chapitr autremen. bisoo.

      -G zu.

 

 

Tandis que le directeur levait un regard dubitatif sur Gouniafié, celui-ci ce lança dans un discours avec tout l’éloquence dont il était capable, c’est à dire aussi clairement qu’une petite vieille sans dentier:

– J’ai fait des recherches ! L’adresse d’où vient cette lettre n’existe pas, et pourtant l’immeuble est bien présent, je l’ai vu sur gogole map. Et il y a eut des morts. Tous retrouvés dans… L’ESCALIER. C’est un complot de l’Ascenseur. J’en suis certain, il y a des choses qui se trament, des choses peu nettes et pas très catholiques. Je sens que chaque brique, chaque poulie, chaque miroir, chaque bout de plastique, chaque porte, chaque sachet de thé Amparon™, chaque tarte qui sent bon tout juste sortie du four par le gardien de l’immeuble délicieusement enrobée de caramel fondant, EST MÔÔÔDIT !!! VOUS M’ENTENDEZ, MAUDIT !

A ces mots, il se redressa, frappa le bureau, le rata, se prit les pieds dans le tapis, trébucha et se releva tout de suite après avec la vivacité d’un personnage de cartoon, mais sans sa dignité. Le directeur haussa un sourcil, avant de laisser échapper un grognement de douleur et frotter le sourcil en question. Frédéric avait toujours mis son arcade sourcilière à l’épreuve.

– OUI je vous entends, je penses même que l’intégralité de l’étage de cet immeuble vous a entendu.

En effet tout les fonctionnaires s’étaient retourné et observaient la scène avec attention, certains avaient même sorti leurs smartphones et filmaient la scène espérant pouvoir la vendre aux Russes, car qui sait ce qui intéresse les Russes.

– Je ne peux pas vous donner d’allocation, repris t il, et le budget qui vous sera alloué est de 100 euros…

On entendit un grincement au niveau du monte-charge.

– 10 euros, donc. Je ne vous dis pas bonne chance, il paraît que ça porte malheur aux comédiens. Remettez le tapis en sortant s’il vous plaît.

Frédéric prit son argent, partit avec une démarche de canard très… voilà… et s’apprêta à monter sur le monte-charge, il vit alors qu’il s’était entretemps fabriqué un système de paiement qui exigeait 10 euros pour chaque descente ou montée. Il pleura longtemps. Puis il se rappela l’horreur de cette engeance, et décida de prendre l’escalier, beaucoup plus sûr. Il avait en effet toujours avec lui un petit escabeau de sac qui l’empêchait d’être frappé par la malédiction des escaliers. Mais il se rappela qu’il n’y avait pas d’escalier, alors il se résolut à SAUTER PAR LA FENÊTRE (EH OUAIS MA COUILLE (ON EST DES GENS VIOLENTS NOUS)).

Le narrateur précise que la dite couille n’a jamais répondu à cette altercation de plus en plus profonde, insoutenable et injustifiée de violence, déclarant qu’il fallait parler à son avocat ou à son agent, et qu’elle engagerait des poursuites judiciaires contre X.

 

Après un atterrissage très maîtrisé, parce qu’il se trouve qu’un gars passait par là pour aller prendre du pain (nos condoléances à la famille), Frédéric s’en alla affronter le mal avec sa petite redingote et ses dix euros. Il était métal, Frédéric.

Il arriva donc devant l’immense et majestueux immeuble de l’Ascendieu en ce 16 janvier ma foi fort grêleux (ouais le temps passe vite dans cette histoire). Sans se dégonfler face à l’aura qui entourait ce HLM hors du commun, il en poussa les portes et se dirigea d’un pas assuré et couinant en direction de Ses portes. Étrangement, nulle réaction ne vint de la part de l’Ascendieu. Frédéric inspira, et eut un sourire satisfait, se sentant pousser un orgueil triomphant face à ce qu’il prenait pour une victoire sur Lui. C’est dire s’il était con le mec.

Il poussa donc le bouton étrangement rouge, et attendit. Quelque chose clochait. La musique… Elle était insupportable.

– Cool n’est-ce pas?

Il sursauta. A côté de lui se tenait un hippie qui fumait quelque chose de probablement fortement illégal, en souriant d’un air satisfait, presque béat. Il augmenta le volume.

 

Aime moi hé hé

Pourquoi tu m’aime paaaaas? Hohhoooo haaa muuuhhhh

M’aimer c’est bien aahahahah

Je regarde mon téléphohohoooone et tu ne m’appèle paaaaaaahhhAAAAAHHHHHH

je trouve ça triste

alors je pleure des larrrrrrmes

et c’est triiiisteuuuuuh…

 

Ne pouvant plus supporter ces paroles d’une profondeur aussi abyssale que son propre cerveau, il se mit à hurler, bourrina tous les boutons, pour enfin sortir en trombe de l’Ascenceur, qui était finalement redescendu sans lui demander son avis.

Le hippie fit un check à l’Ascendieu, puis réappuya sur le bouton. Les portes se refermèrent enfin sur cette musique terrible que même le démon a banni de ses appartements de la région ouest des enfers, près de la mer des suppliciés, avec vue sur le Grand Barbecue.

Frédéric sortit en trombe de l’immeuble, paniqué, et fini par entrer dans quelqu’un (sans sous entendus évidemment). En tombant, cette personne fit un bruit de… cailloux. En baissant les yeux, notre cher professeur thèseux constata qu’en effet quelques graviers s’étaient échappés des poches de la personne au cours de sa chute. Sans prêter attention à lui, le gars aux cailloux ramassa son lot et jeta un regard qui traversa les murs jusqu’à la porte d’Ascendieu. Elle était close. Ce constat le fit se mordre les lèvres.

– Mince, je l’ai loupé… Vous pourriez faire attention, mince !

Puis Marcoius le détailla (le caillouteux s’appelait en effet Marco, et rajoutait -ius à cause de sa profession), et constata qu’il ne le connaissait pas.

– Ooooooh, un spectateur !

Car pour tout bon intermittent du spectacle, un gars random croisé dans la rue était un spectateur.

 

*Le narrateur vous prie d’excuser cette insulte, Marcoius état en effet un véritable mage, et renommé par dessus le marché. Enfin, d’une renommée qui allait de l’immeuble à la cuisine de sa très chère mère. Mais il en était très fier, ainsi éviterons-nous de piquer son ego. On a besoin de lui pour le scénario. Et puis sa maman n’était pas une personne qui avait l’admiration facile, après tout. Elle ne l’avait jusque là accordée qu’à Michèle Drucner et l’Ascendieu, évidemment.*

 

Les capacités de Marcoius étaient tout à fait admirables, du moins de son point de vue. Il était capable de mettre un grand nombre d’objets dans ses manches pour ses tours de magie. Si ses tours étaient tous lamentables, on pouvait néanmoins saluer le gabarit de ses vêtements. C’est ce que ses professeurs de magie mettaient comme appréciation sur ses bulletins scolaires.

Mais il avait maintenant un nouveau but, comme il l’indiquait effectivement à notre pauvre Gouniafié, qui restait de marbre, la bouche grande ouverte, tel un homme lambda devant un buffet. Son but, sa quête, son objectif, que dis-je son Graal, était à ce moment-là d’improviser un spectacle pour Frédéric. Il l’avait cherché, aussi, en lui demandant son son identité. Il y a des choses à ne pas faire avec les mages, c’est de connaissance commune:

– Je suis Marcius Lardanum Archnamargandirium, Archimage des Secteurs Éthérés, Maîtres des Potions de soûlerie, Grand Inventeur de l’eau iofilisée, et surtout alchimiste de mon métier. Je suis présentement en plein travail sur ma nouvelle découverte (il lui montra une sacoche pleine de cailloux.) La Pierre Phi-Lo-So-Phale. (on sentait les majuscules dans sa voix.)

– Oui oui mais…

– Surtout, ne vous méprenez pas, ce n’est pas un secteur facile, que la recherche de pierres magiques. En effet, voilà bien dix ans que je la cherche, et je n’ai toujours pas trouvé une piste !

– Mais.. où la cherchez vous exactement?

Le mage fit une grand geste du bras et désigna l’esplanade, où on avait visiblement retourné une grande partie du sol de graviers. Gouniafié resta un instant sans comprendre, ce qui instaura un silence gênant où aucun des deux protagonistes ne bougea, tout deux contemplant d’un air passionné les graviers, tandis que des passant effectuaient leur métier, c’est-à-dire de passer tout en jugeant à grands coups de regards furtifs tout ce qui les entourait. On entendit un corbeau croasser, le pauvre animal étant interrompu dans son repas par la gêne ambiante, littéralement palpable.

– Ah eh bien très bien. C’est rès bien ttout cela. Très très… bien. Je suis moi-même dans une quête, dit-il en reprenant son éloquence habituelle, aussi maîtrisée qu’une acrobatie sur le point de faire valoir un Darwin award amplement mérité. Voyez-vous, je dirais même que je suis absorbé dans une lutte exceptionnelle contre toute une génération !

– Et donc, repris le mage qui ne l’avait pas écouté une seule seconde, je viens de trouver une technique révolutionnaire pour chercher la Pierre : le tamis. Seulement voilà, je n’en ai pas, alors je dois faire avec les moyens du bord. Je mets les cailloux dans ma bouche et je recrache tout, d’abord que les plus petits, puis les plus gros, qui sont beaucoup plus susceptibles d’être la Pierre…

Devant eux, un chien urina sur les graviers. Un nouveau silence gêné s’installa.

– Certes certes…

– Voilà…

– C’est à dire que…

–Oui tout à fait…

– N’est-ce pas.

– Umhuh.

– mmmh.

-Bien bien bien.

– Bon je vous laisse je, j’ai piscine.

Et sur ces paroles profondes, les deux hommes se séparèrent sans un regard.

Le narrateur tient à vous préciser, si ça peut vous rassurer, que Marcoius n’était pas si loin du but, qu’il n’atteindrait jamais par ailleurs, étant donné que la pierre était sa molaire du fond depuis le premier jour de ses recherches, à gauche. L’intégralité de ses dents étaient en effet devenues des cailloux depuis qu’il avait entrepris sa quête, étant donné que les aliments qu’il consommait s’étaient eux-mêmes réduits en divers types de gravats, qui feraient la plus grande joie d’un géologue..

Pendant ce temps, Alfred faisait des trucs de dandy dark et séduisant. C’est -à-dire lire sensuellement des romans du dix neuvième siècle tout en buvant du thé de manière mystérieuse.

 

Pendant ce temps, dans l’Ascendieu, on pouvait entendre les derniers succès français.

Pendant ce temps, le bouton du dernier étage continuait de rougir.

Pendant ce temps, le gardien des caméras continuait à s’interroger sur le tableau de commandes, qui contenait 42 boutons en fonction, et dont l’un des écrans ne cessait d’afficher “et c’est pour cela qu’il faut détruire Carthage”. Le gardien supposait qu’il s’agissait d’une private joke entre le tableau de commandes et l’Ascendieu. C’était extrêmement frustrant d’être confronté aux private jokes. Il se mit à s’interroger sur les private jokes, puis sur le sens de ce qui est privé, sur la légitimité de la propriété privée et des restrictions en général, surtout en ce qui concerne la mémoire et les blagues, parce que ce n’est quand même pas gentil de priver ses petits camarades de blagues après tout, puis il se demanda à quoi servent les petits camarades et questionna la justification du terme “petits” devant “petits camarades”, et ça dura des plombes.

Pendant ce temps, le temps passait.

Pendant ce temps, G ZU fumait un pétard au dernier étage, tout  en écrivant sur des petits bouts de papiers et en les lançant plus ou moins aléatoirement sur les différents habitants de l’immeuble, tel un ninja.

Pendant ce temps, moi-même, narrateur, me demandait si ma femme avait fait des boulettes de viande ce soir, et si le nouveau stagiaire n’avait pas le plus beau postérieur que j’aie jamais vu de ma vie.

FIN

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